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13/08/2015 06h:31 CET | Actualisé 16/10/2016 06h:12 CET

Eolien: Le secret de l'Afrique du Sud pour attirer les investisseurs

NguyenDai/Flickr

ÉNERGIES - L'Afrique, en 2014, totalisait 15,7% de la population mondiale, mais ne générait que 2,3% des émissions de CO2 de la planète. Alors que le continent se trouve à la veille d'une transition démographique sans précédent, puisque la part de l'Afrique dans la population mondiale devrait atteindre les 25% d'ici 2050 et les 40% d'ici la fin du siècle, sa contribution aux émissions de dioxyde de carbone n'a pas forcément vocation à exploser elle aussi.

L'explication tient en deux mots: énergies renouvelables. C'est vers elles qu'a choisi de se tourner le continent, à l'image de l'Afrique du Sud, qui mise avec succès sur l'éolien, tout en faisant en sorte d'en maîtriser les coûts pour la population.

Parler de transition énergétique, pour la plupart des pays d'Afrique subsaharienne, paraît impropre. Avec un taux d'électrification de 31% et 10% seulement des populations rurales ayant accès à l'électricité, la "société de la nuit éternelle" ne va pas passer d'un modèle énergétique à un autre, mais bien se doter d'un réseau qui lui faisait globalement défaut jusqu'à présent. A ce jour, la consommation en électricité de l'Afrique est en effet inférieure à celle de l'Espagne.

Si les gouvernements africains tentent de rattraper leur retard, ayant compris l'intérêt de se doter d'un réseau efficient pour doper la compétitivité de leurs pays sur la scène internationale, les 21 milliards de dollars de subventions qu'ils versent chaque année pour l'amélioration des services publics sont utilisés de façon inefficace, selon l'Africa Progress Panel, think tank de l'ancien Secrétaire général de l'ONU Kofi Annan.

En matière d'énergies renouvelables par exemple, près de 75% des dépenses des gouvernements vont à des opérations d'entretien et de maintenance du réseau, et non pas à son développement.

Pour enrayer cette dynamique, il s'agirait bien sûr de réorienter cette politique de subventions, mais aussi d'encourager les investissements privés. Ce que fait à merveille l'Afrique du Sud par le biais d'Eskom, société publique chargée de l'énergie dans le pays, qui veille à ce que les meilleurs conseillers techniques, juridiques et financiers soient impliqués dans les divers projets et garantit une transparence optimale.

Le soutien du Trésor est également décisif. Ce dernier, par le biais d'une garantie des obligations de l'acheteur public, a su gagner la confiance des investisseurs. Le pays inaugurait en 2008 son premier champ d'éoliennes, le parc de Darling. Il n'a plus cessé depuis de mettre sur pied de nouveaux projets.

En 2010, l'Afrique du Sud lançait ainsi un ambitieux programme visant à ajouter 3 725 MW de capacité au réseau national, d'origine éolienne et photovoltaïque principalement.

Le succès est au rendez-vous. Au terme de la première phase, 28 projets d'EnR sont attribués, d'une capacité totale de 1 416 MW.

La seconde phase, qui s'est achevée en mai 2013, s'est quant à elle soldée par l'attribution de 19 nouveaux projets, pour une capacité de 1 044 MW. En tout, ces deux premières phases ont permis de mobiliser près de 9,5 milliards de dollars d'investissements. Colossal.

Si le gouvernement sud-africain a su attirer les investisseurs privés grâce à une politique énergétique transparente et attrayante, et s'il s'en remet en grande partie à leur savoir-faire technique, il n'en a pas négligé pour autant d'imposer ses conditions, afin d'assurer un approvisionnement en électricité compétitif et abordable.

Concrètement, l'Afrique du Sud, au lieu de pencher pour un tarif de rachat d'électricité garanti auprès des opérateurs privés, a préféré opter pour un processus d'appel d'offres concurrentiel. Des objectifs de développement sociaux et économiques ont ainsi été intégrés, de telle sorte que chaque projet bénéficie aux communautés rurales locales.

Des exigences qui, on le voit, n'ont pas refroidi les investisseurs, qui continuent d'affluer des quatre coins du monde. L'Afrique du Sud compte à ce jour cinq fermes opérationnelles, et plusieurs projets sur les rails.

La France, dont l'excellence en matière de solutions énergétiques n'est plus à prouver, se distingue par l'intermédiaire d'Engie (ex GDF-Suez) dans le pays. Déjà propriétaire du plus gros parc éolien du continent africain (300 MW, au Maroc), le groupe vient en effet de mettre en service une nouvelle ferme de 94 MW en Afrique du Sud, en partenariat avec Investec et Kagiso Tiso Holdings. Baptisé West Coast One, le parc comporte 47 turbines de 2 MW pièce.

Le parc a nécessité 160 millions d'euros d'investissements, et l'électricité qu'il produira sera vendue à Eskom dans le cadre d'un accord de 20 ans. Une bonne opération pour Engie, dont la capacité de production d'EnR se porte désormais à 18 000 MW dans le monde, mais aussi pour l'Afrique du Sud, dont l'économie locale se trouve ainsi boostée et le réseau électrique renforcé et verdi.

Si l'Afrique du Sud fait figure de bonne élève des EnR en Afrique subsaharienne, c'est qu'elle a su trouver le juste équilibre, c'est à dire offrir aux investisseurs privés des conditions suffisamment favorables pour qu'ils souhaitent s'y implanter, tout en s'assurant que l'énergie produite reste abordable. Une stratégie gagnant-gagnant, en somme.

Un numéro d'acrobate impressionnant qui devrait permettre au pays de Jacob Zuma de faire bonne figure lors de la COP 21, qui aura lieu en décembre prochain à Paris, et donner des idées à d'autres pays, africains ou non.