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26/02/2018 07h:32 CET | Actualisé 26/02/2018 07h:32 CET

Municipales de 2018: Une poussière d'individus courbés sous le joug du désespoir?

FETHI BELAID/AFP/Getty Images

L'instance indépendante vient de clôturer la procédure de réception des listes électorales pour les élections municipales de Mai.

L'effervescence des partis politiques (ou ce qu'il en reste) dans la mise en place de leurs listes électorales n'a pas réussi à réveiller un peuple en torpeur.

Rassemblés en masse comme d'habitude autour des réseaux sociaux, les gens ont préféré s'essayer aux nouvelles applications de Facebook leur permettant de "deviner la forme et les contours de leur visage si ils/elles étaient né(e)s du sexe opposé" (!), plutôt que de commenter, réagir, s'associer, ou même vilipender ces partis et "personnalités" indépendantes.

Pauvres de nous, pauvre démocratie, où les citoyens ne daignent même plus avoir pitié de politiciens qui s'agitent, se remuent dans tous les sens, pour attirer l'attention de ceux-là même qu'ils sont censés servir.

Pire, la démobilisation est telle que le pouvoir politique ne fait plus semblant de gouverner et le peuple ne fait même plus semblant de contester.

Il tourne le dos, ou plutôt, détourne le regard pour le porter sur ces nouveautés technologiques, préférant se réfugier dans un monde fait de pixels, et s'enthousiasme pour une vie virtuelle reliée par des câbles à d'autres vies virtuelles...

Il tourne le dos pour s'inventer un bonheur, mille fois recréé par les interactions éphémères avec une multitude d'anonymes qu'on arrive même plus à distinguer, tant leurs visages ont été défigurés par les filtres d'Instagram.

Le peuple préfère rire de lui-même ou de son voisin, il préfère s'indigner sur l'état de délabrement de notre société; comme sur ces enfants autistes victimes de ce monde cruel ; mais il ne daigne même pas lancer un petit regard vers ces gens-là. Ces gens qui se remuent dans tous les sens.

Torpeur: Diminution de la sensibilité, de l'activité, sans perte de conscience

Sommes-nous seulement en torpeur? Gardons-nous encore conscience de ce qui nous entoure, de ce qui va advenir de notre existence?

Pourtant, les gens ont conscience de leur mal être, les partis ont conscience de leur solitude, mais les uns et les autres ont-ils seulement conscience du danger qui nous guette?

Mais qui blâmer? Blâmer le peuple qui se laisse dériver et enivrer par ce nouvel opium 'technologique' du siècle, bien las par tant de promesses non tenues? Ou faut-il blâmer ces partis, leur jeter la pierre, leur cracher à la figure ou seulement continuer à les ignorer?

Ces politiques déambuleront pendant la campagne électorale sans croiser un seul regard approbateur; aucune attention, aucune insulte ; même pas un geste marquant le désintérêt. Ils devront affronter le détachement le plus absolu de ceux qui étaient censés les admirer, les soutenir ou les haïr.

Ce vieux monde politique souffre en silence et voit son fragile édifice s'effondrer

Le monde politique né de la révolution n'existe plus pour ce peuple qui ne désire plus que de vivre librement sa profonde déprime, loin du vacarme d'une réalité bien trop complexe, où le bien et le mal s'entremêlent et s'enchevêtrent, avec un salut qui apparaît bien difficile à appréhender et bien lointain.

En fait, le peuple, en tant que conscience collective, n'existe plus, il ne nous reste que des mécanismes qui rythment notre vie quotidienne, hérités d'un État qui ne dispose plus que de structures reproduisant inlassablement les mêmes mécanismes inappropriés, inefficaces...

Bourguiba, à tort, disait qu'il avait fait "d'une poussière d'individus, d'un magma de tribus et de sous tribus, tous courbés sous le joug de la résignation et du fatalisme, un peuple de citoyens".

Aujourd'hui, plus aucune solidarité ne nous lie, la solidarité tribale remplacée par une solidarité nationale, patiemment développée par une élite intellectuelle au fil des siècles, a été étouffée par 30 ans de Ben Alisme et 7 ans d'amateurisme.

Nous ne représentons même plus un magma de tribus, car nous ne sommes pas plus qu'une somme d'individus qui a consciemment emprisonné sa conscience politique.

Alors, si le peuple n'existe plus, si l'intérêt général se confond avec les intérêts des puissants, si la destinée manifeste ne se manifeste plus, si le destin reste muet, que nous reste il comme alternatives?

La révolution en tant que mouvement de masse a réussi à renverser l'ancien régime, mais a aussi échoué. Conçu autour de slogans simples, il a pu rassembler ; et sans leader, il n'a pu être décapité. Par contre, il a échoué parce que sans contenu profond, laissant la place à un vieux monde, une vieille élite en quelque sorte, qui n'a pu convaincre les masses de leurs (vieilles) idées.

Ce vieux monde a choisi de nous charmer au lieu de gouverner et réaliser les aspirations sous-jacentes de la révolution, mais le charme s'est rapidement estompé.

L'histoire est faite par des changements conçus patiemment par une poignée d'individus se constituant en communauté déterminée rassemblée autour d'un idéal dépassant le peuple, animée par une rage de transformer le réel et créer un Homme nouveau.

Ces municipales nous sauveront elles du désespoir qui nous a pris? Comment agir?

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