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21/03/2016 12h:21 CET | Actualisé 22/03/2017 06h:12 CET

De la marocanité du Sahara

En visite à Alger du 5 au 7 Mars 2016, le Secrétaire général des Nations unies, M. Ban-Ki Moon, s'est rendu dans les camps de Tindouf. Il a alors qualifié d'"occupation" la présence marocaine dans la région allant de Tarfaya à Lagouira.

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En visite à Alger du 5 au 7 Mars 2016, le Secrétaire général des Nations unies, M. Ban-Ki Moon, s'est rendu dans les camps de Tindouf. Il a alors qualifié d'"occupation" la présence marocaine dans la région allant de Tarfaya à Lagouira.

Sans surprise, cette déclaration a entraîné une réaction immédiate de la diplomatie marocaine, mais aussi des déclarations enflammées de la part de journalistes, d'écrivains engagés, et des masses populaires: une manifestation rassemblant plusieurs centaines de milliers de personnes, selon les estimations les plus modestes, s'est déroulée à Rabat dimanche 13 Mars.

De telles réactions, si elles attestent sans doute de l'attachement des Marocains à l'intégrité territoriale du royaume, restent malgré tout des manifestations passionnées qui avancent peu souvent des arguments factuels de nature à asserter la thèse de la marocanité du Sahara. Et c'est bien dommage, parce que de tels arguments existent en quantité!

Feu Sa Majesté Hassan II commentait la récupération du Sahara par les Marocains en 1975 en ces termes: "Le Maroc ressemble à un arbre dont les racines nourricières plongent profondément dans la terre d'Afrique, et qui respire grâce à son feuillage bruissant au vent de l'Europe [...] en récupérant leur Sahara, les Marocains ne font que renouer avec les hauts lieux qui furent, par le passé, le creuset de leurs dynasties, le point de départ de leur rayonnement au-delà de leurs frontières [...]".

Le caractère lyrique de la formule ne change en rien la véracité des faits qu'elle relate. La revendication du Maroc se fonde en effet sur de nombreux arguments, certains de nature historique, d'autres découlant de déclarations de diplomates étrangers (français ou espagnols pour la plupart) reconnaissant au début du siècle dernier la souveraineté du Maroc sur son Sahara. En voici un florilège non-exhautif tiré de Histoire du Maroc par Bernard Lugan :

  1. Les liens entre le Maroc septentrional et ses provinces sahariennes remontent au XIe siècle, lorsque la dynastie berbère des Almoravides créa le Grand Maroc, aussi connu sous le nom d'Empire des deux rives, qui allait du fleuve Sénégal au centre de l'Espagne.
  2. Plus récemment, au XVIe siècle, sous la dynastie des Saadiens, le Maroc dominait non seulement tout le Sahara occidental, mais s'étendait également jusqu'à la boucle du Niger. A cette époque, la prière était dite au nom du Sultan du Maroc jusqu'à Gao et Tombouctou.
  3. Dans une décision rendue le 16 octobre 1975, la Cour internationale de justice a reconnu que lorsque l'Espagne a commencé à s'intéresser à cette région en 1884, elle n'était pas terra nullus et que les tribus locales prêtaient allégeance au souverain marocain. Les puissances européennes reconnaissaient elles-mêmes cette allégeance puisqu'elles sollicitaient régulièrement l'intervention des autorités marocaines pour faire libérer des marins naufragés ou des voyageurs faits prisonniers par les tribus locales. A titre d'exemple, en 1889, sept explorateurs allemands enlevés dans la région de Saquia al-Hamra ont été libérés suite sous ordre du Sultan du Maroc, ce qui prouve bien que son autorité effective s'exerçait dans la région.
  4. En 1911, soit l'année précédant la signature du traité de Protectorat, la diplomatie française a explicitement admis que le Maroc historique s'étendait jusqu'à la Mauritanie (incluse), et que le Rio de Oro (Oued ed-Dahab) en avait été détaché pour donner une compensation territoriale à l'Espagne. En effet, le 15 Novembre 1911, le ministre des Affaires étrangères français de l'époque, Justin de Selves, déclarait dans une lettre adressée au chargé d'affaires de France à Madrid que "Le Maroc comprend toute la partie de l'Afrique du nord s'étendant entre l'Algérie, l'Afrique occidentale française et la colonie espagnole du Rio de Oro. L'Espagne appréciera le soin mis par nous à exclure sa colonie de Rio de Oro de la région marocaine".
  5. Enfin, et c'est probablement là l'argument à la fois le plus probant et le plus simple : avant les partages coloniaux, la souveraineté marocaine se manifestait par la circulation d'une monnaie unique de Tanger à la vallée du fleuve Sénégal, par la levée intermittente de l'impôt, et par la nomination d'autorités administratives locales (caïds, pachas et gouverneurs) par le Sultan.

De plus, de Fès jusqu'à l'Oued ed-Dahab, les marchandises circulaient sans entraves douanières, comme il se doit s'agissant d'échanges internes pratiqués dans les limites d'un seul et même Etat. Enfin, dernière preuve et non des moindres, la prière était dite au nom du Sultan marocain, en sa qualité de commandeur des croyants.

Ces seuls arguments, et ils ne représentent qu'une part infime de ce qui pourrait être développé sur la question, suffisent à convaincre de la justesse de la revendication marocaine. Toutefois, certains pourraient les considérer (à tort d'ailleurs) comme anachroniques et peu pertinents au XXIe siècle, préférant délaisser la réalité historique pour se focaliser sur une hypothétique volonté d'autodétermination des populations locales. C'est pourquoi il conviendra de dire quelques mots des mouvements de libération du Sahara.

Juste avant l'achèvement de la colonisation, le gouverneur général de l'Afrique occidentale française William Merlaud-Ponty écrivait le 30 mai 1913 au ministre des Colonies Jean Morel: "On peut dire qu'au double point de vue politique et religieux, l'Adrar mauritanien est une sorte de dépendance du sud marocain. Depuis notre arrivée dans cette région, nous n'y avons rencontré que des résistances d'origine marocaine, directe ou indirecte, El-Hiba, après Ma el-Ainin et Moulay Idriss".

En 1968, le 1er mouvement de libération du Sahara, fondé par Moha R'guibi, fut le Front de libération et de l'unité, qui avait pour but le rattachement au Maroc. Changeant de nom, pour devenir le Morehob (Mouvement de résistance des hommes bleus), le mouvement s'est installé à Alger en 1972. Mais au moment où "le fondateur et président de ce mouvement se rendit compte des manœuvres du gouvernement algérien qui voulait l'utiliser dans le but de créer des difficultés au Maroc en s'opposant à ses revendications et en réclamant l'indépendance du Sahara occidental, il quitta Alger, s'installa quelques temps à Bruxelles et à Paris avant de rejoindre Rabat en 1975. Il opta alors définitivement pour le retour du Sahara sous la souveraineté marocaine" (Kabbaj, 1980: 472). Ce n'est qu'alors, voyant ses espoirs dans le Morehob ruinés, qu'Alger a décidé de soutenir le Polisario, créé en Mauritanie le 20 juillet 1973.

Il est clair que l'ingérence de l'Algérie ne se justifie en aucun cas par les arguments "humanistes" d'autodétermination précités, mais bien par une réelle volonté de créer un Etat client sahraoui afin de priver le Maroc d'une partie de sa façade atlantique, tout en créant par là même une ouverture sur l'océan pour l'Algérie, un Etat qui bien que vaste, ne bénéficie en réalité que de possibilités commerciales limitées, de par une façade méditerranéenne relativement étroite par rapport à l'arrière-pays.

La thèse marocaine s'appuie donc sur de solides fondements, à la fois historiques et sociopolitiques, là où la thèse prétendument sahraouie ne se justifie que par les velléités hégémoniques d'un voisin belliqueux.

Quels doutes reste-t-il donc, nous vous le demandons?

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