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23/11/2015 06h:08 CET | Actualisé 23/11/2016 06h:12 CET

"No pasaran"

ATTENTATS DE PARIS - Jean Paul Sartre, le père de "l'existentialisme" ayant refusé le prix Nobel, est aussi connu pour avoir introduit la philosophie dans les cafés, donnant aux terrasses parisiennes la dimension intellectuelle qui caractérise l'espace public français depuis la fin de la seconde guerre mondiale. Faire immersion dans ce domaine de sociabilité permet de comprendre la démocratie française par la protection que lui procure un peuple politisé qui ne jure que par la république, la gauche et la droite, la grève ou l'Europe, dans les échanges discursifs qui forment l'opinion publique.

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ATTENTATS DE PARIS - Jean Paul Sartre, le père de "l'existentialisme" ayant refusé le prix Nobel, est aussi connu pour avoir introduit la philosophie dans les cafés, donnant aux terrasses parisiennes la dimension intellectuelle qui caractérise l'espace public français depuis la fin de la seconde guerre mondiale.

Faire immersion dans ce domaine de sociabilité permet de comprendre la démocratie française par la protection que lui procure un peuple politisé qui ne jure que par la république, la gauche et la droite, la grève ou l'Europe, dans les échanges discursifs qui forment l'opinion publique. Même le rapport au football ou à la musique révèle certaines originalités, celles d'un championnat moins mercantile que ses concurrents ou une tradition permettant aux talents d'offrir leurs performances dans les places publiques aux côtés des icônes internationales.

Ces composantes de la vie moderne, à savoir le sport, la culture et le débat, matérialisant un héritage intellectuel né à Paris, furent agressés par un assassinat collectif perpétré par une organisation para militaire. Les périodes historiques qui cohabitent dans l'harmonie architecturale ou les rives d'un fleuve qui représente une histoire clivant la pensée de générations entières, incarnent ce Paris martyrisé en cette année 2015. L'émotion provoquée par cet acte barbare dépasse le souvenir colonial d'une autre France ou de celle qui participe à la guerre en Irak, en Afghanistan, au Mali, en Libye et en Syrie, car c'est la liberté, matérialisée par un mode de vie, qui est frappée.

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Depuis la première guerre du golfe en 1990, le coût de l'instabilité causé par la politique étrangère américaine amène les USA à se retirer de la poudrière arabe en sous traitant sa régulation aux quatre puissances régionales que sont Israël, la Turquie, l'Arabie Saoudite et l'Iran. Ces acteurs antagonistes agissent sur une complexité politique où les alliances et les enjeux évoluent au fur et à mesure de l'existence, de l'intérêt ou de la domination des uns et des autres, sous des couverts mouvants relatifs à la religion ou à la démocratie. Cet imbroglio, accentué par l'échouement du printemps arabe en Syrie, touche aujourd'hui la France.

A cause de ses interventions militaires, son soutien timide à la Palestine qui irrite Israël, sa réconciliation avec l'Iran ou ses contrats avec l'Arabie Saoudite, la cinquième puissance mondiale est dans la mire de l'"Etat Islamique", rassemblement de groupes djihadistes abandonnés par les USA après le démantèlement de l'URSS.

Occupant des territoires transfrontaliers dotés d'une capacité pétrolière destinée à l'export et bénéficiant de financements provenant de puissances régionales, l'EI est au service d'une politique de paralysie qui touche aujourd'hui l'Europe après le monde arabe, déjà traumatisé par la désagrégation. Confrontée à un voisinage trouble et devenue cible du terrorisme mondial, la France se divise quant à son action extérieure depuis que la Russie démontre empiriquement, de par son action militaire, que l'expansion de l'EI relève de complicités étatiques plutôt que d'une hypothétique force autonome.

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Les musulmans de France, frappés par l'horreur du théâtre syrien et le sentiment d'injustice ancré par l'occupation israélienne, éloignés de l'Histoire de la civilisation arabo-musulmane ou des indépendances, sont accusés de faire écho à Daech. Ce raccourci, terreau d'amalgames médiatiques à des fins de diversions électorales, qui creusent les divisions communautaires, tente de retarder le traitement du mal à la racine: les Etats exportateurs ou complices de l'obscurantisme, l'occupation de la Palestine et l'intégration.

Quand Franco avait renversé la république progressiste d'Espagne pour faire triompher le camp nazi, une solidarité mondiale a fait communion autour du slogan "no pasaran" ("ça ne passera pas") qui inspira Picasso ou Hemingway et mobilisa des dizaines de milliers de jeunes sur le front de la résistance au fascisme. Aujourd'hui, ce slogan célèbre lève la conscience mondiale pour protéger la civilisation commune à l'orient et à l'occident, construite par les monothéismes et la raison, contre le "pétro terrorisme" qui vient blesser un symbole de la liberté et de la vie qu'est la ville de Paris.

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