LES BLOGS
17/10/2015 03h:44 CET | Actualisé 16/10/2016 06h:12 CET

"Indéfendable Europe"

DR

Triste ce jour du 17 octobre 1961.

Le 17 octobre 1961 alors que la guerre d'Algérie touche à sa fin, le FLN( Front de Libération National) appelle à une manifestation pacifique dans les rues de Paris pour dénoncer le couvre-feu raciste imposé quelques jours plus tôt aux Algériens et par extension à tous les Maghrébins (obligation d'être sans cesse isolé, et interdiction aux travailleurs algériens de sortir de 20h30 à 5h30, les cafés tenus par des musulmans doivent fermer à 19H ... ).

Cette manifestation rassemble environ 30.000 personnes.

Ce jour, il y a 54 ans à Paris, la tragédie: sous la direction du préfet de police Maurice Papon, les policiers et CNS parisiens se livrèrent une nuit et un jour durant à des ratonnades. Des dizaines de travailleurs algériens furent jetés dans la Seine. Des dizaines d'autres eurent la tête fracassée sous les matraques. D'autres périrent sous les tortures dans les lieux de détention.

Il a fallu attendre l'année 2012 pour qu'un président de la République française reconnaisse, pour la première fois, la répression de la manifestation pacifique d'Algériens à Paris, le 17 octobre 1961. "Je rends hommage à la mémoire des victimes", a dit François Hollande, reconnaissant "la sanglante répression" dont ont été victimes "des Algériens qui manifestaient pour le droit à l'indépendance".

Gageons que cela passera encore inaperçu à l'Hexagone et en Europe dans l'ignorance des grands médias. "L'occident civilisateur ", "générateur de démocratie" refuse encore aujourd'hui de regarder dans le rétroviseur pour rester dans l'ignorance des crimes passés. Inimaginable.

N'avait-il pas fallu pour le gouvernement français plus de 25 ans pour parvenir à parler de "guerre d'Algérie". Jusqu'à la fin des années 1980 la terminologie officielle usait de cette expression : "les événements d'Algérie".

N'y avait il pas eu durant l'année 2005, sous la houlette des députés UMP instrumentalisés par des nostalgiques de l'Algérie française et par divers lobbys de rapatriés et d'anciens harkis l'adoption à l'Assemblée nationale un article de loi affirmant "le rôle positif de la colonisation". L'article avait été retiré sous les protestations d'Alger.

Oui les dérives les crimes de la colonisation doivent être constamment dénoncés et reconnus partout dans le monde. Pour que cela ne se reproduisent jamais.

Ceux qui de l'autre côté de la mer doutent encore aujourd'hui nous ne cesserons pas de leur répéter les mots d'Aimé Césaire, extraits de son discours sur le colonialisme :

"L'essentiel ici est de voir clair, de penser clair, entendre dangereusement, de répondre clair à l'innocente question initiale : qu'est- ce en son principe la colonisation ? De convenir de ce qu'elle n'est point : ni évangélisation, ni entreprise philanthropique, ni volonté de reculer les frontières de l'ignorance, de la maladie de la tyrannie, ni élargissement de Dieu ni extension du Droit ; d'admettre une fois pour toutes [...] que le geste décisif est ici de l'aventurier et du pirate ,de l'épicier en grand et de l'armateur, du chercheur d'or et du marchand de l'appétit et de la force, avec derrière l'ombre portée maléfique d'une forme de civilisation qui, à un moment de son histoire se constate obligée de façon interne, d'étendre à l'échelle mondiale la concurrence de ses économies antagonistes [...] L'Europe est moralement spirituellement indéfendable".

Retrouvez les articles de HuffPost Algérie sur notre page Facebook.


Pour suivre les dernières actualités en direct, cliquez ici.