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08/03/2016 06h:10 CET | Actualisé 08/03/2017 06h:12 CET

"Le droit des étudiants à disposer d'eux-mêmes"

Cet après-midi du 7 mars les forces de l'ordre sont intervenues au sein de la faculté, cette même faculté où du temps de Ben Ali la police n'intervenait pas, cette même faculté qui a lutté contre la dictature. Un Conseil scientifique a eu lieu et a décidé notamment que les étudiants devront assumer les conséquences du boycott des examens.

Facebook/FSJPST

Le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes est un notion qui pourrait sembler insignifiante pour le plus commun des mortels qui n'a jamais franchi la porte d'une faculté de droit, ni lustré les bancs d'une faculté de droit en s'extasiant devant un cours de droit international public, tant la matière est profonde. Inversement, c'est une notion maîtresse pour un jeune juriste en devenir et elle peut, à certains égards, revêtir un caractère sacré.

De facto, la formation reçue par l'étudiant en droit est indissociable du militantisme et de la lutte. La majorité écrasante des militants des droits de l'Homme sont juristes de formation. Plusieurs d'entre eux sont également les professeurs de ces étudiants. Parmi ces professeurs beaucoup ont un passé syndical et politique à une époque où ceci était interdit au sein des universités. Et, ils sont très influents sur les étudiants, qu'on le veuille ou pas. Par dessus tout, ils invitent les étudiants à tenir le gouvernail de l'avenir et leur transmettent un savoir énorme et une volonté de changement sans pareil. Ainsi, l'étudiant en droit se distingue. Du moins, il devrait.

Néanmoins, pour se distinguer, cet étudiant doit bénéficier des meilleures conditions que puissent lui fournir le service public d'enseignement supérieur, car quelques fois, les cours de très haut niveau dispensés par de nombreuses sommités ne sont pas suffisants pour permettre à l'étudiant de réussir et s'armer de savoir alors que cet étudiant est synonyme d'avenir.

Il serait judicieux de définir ces "conditions optimales"; nul doute que la conception sera versatile d'une personne à une autre. C'est indiscutablement une notion à contenu variable, dirait le juriste.

Bien que les dates d'examen aient été affichées depuis le mois de novembre dernier sans la moindre réaction de l'UGET et plus particulièrement des représentants des étudiants au sein du Conseil scientifique de la faculté, ces derniers ont émis une demande à l'administration de la faculté pour qu'il y ait un décalage d'une semaine des devoirs surveillés du second semestre, qui représentent 20% de la moyenne du semestre, prévus pour la semaine du 7 mars. Ils espéraient qu'ils aient lieux la semaine du 14 mars c'est à dire la veille des vacances de mars.

A la suite de la collecte de 352 signatures dans une pétition demandant le report d'une semaine des dates d'examen et aux négociations avec la secrétaire générale et le Doyen de la faculté dans un premier temps, puis avec les membres du Conseil scientifique dans un second temps, la demande dite "légitime" des étudiants a été refusée et justifiée par une "impossibilité" d'accueillir la demande des étudiants par le Conseil scientifique extraordinaire qui s'est tenu vendredi 4 mars 2016.

Les représentants des étudiants ont alors protesté car les notes du premier semestre n'ont pas encore été communiquées dans leur totalité. C'est d'ailleurs un des problèmes que posent les étudiants. Les notes de nombreuses épreuves passées en novembre et décembre 2015 puis en janvier 2016 n'ont pas encore été affichées, en sus de quoi il est demandé aux étudiants de passer les examens du second semestre sans savoir si le premier semestre a été validé. Protester pour connaître ses notes ne semble pas, en soi, être une revendication extravagante.

Les étudiants souhaitent être fixés et savoir si oui ou non ils ont réussi. Ne serait-ce que sur le plan psychique ne pas connaitre leurs résultats ne permettrait pas aux étudiants d'avoir les conditions optimales pour pouvoir passer leurs devoirs surveillés du second semestre.

Pour toute réponse on a "invité" les professeurs à remettre l'ensemble des notes et on a opposé les dispositions d'une circulaire relatives au délai de remise des notes. Cette même circulaire permet de passer les examens la dernière semaine avant les vacances du mois de mars.

Pour certains, cela semblerait être bien capricieux de la part des étudiants de demander le report de quelques jours avant le début des épreuves. Pour d'autres, tant que cela n'est pas contraire à la loi le report semble être légitime et laisserait aux étudiants plus de temps pour préparer leurs examens.

"Le sit-in qui a débuté le 1er mars 2016 continuera jusqu'à ce que l'administration accepte d'accéder à la demande des étudiants. Les militants de l'Union Générale des Etudiants de Tunisie useront de tous les moyens de lutte dont le boycott et la mise à l'index des Devoirs Surveillés prévus pour la semaine du 7 mars 2016", c'est ce qu'affirme le communiqué de l'UGET.

Ce matin, les portes de la faculté ont été fermées et les étudiants ont donc boycotté les premières épreuves qui devaient se tenir aujourd'hui.

Si en apparence la raison pour laquelle les étudiants ont mis à l'index les épreuves pour le puéril caprice de vouloir choisir les dates d'examens et imposer leur volonté, il semble qu'en réalité leurs revendications dépassent de loin un comportement irresponsable.

Ce que les étudiants souhaitent obtenir à l'issu de cette grève, c'est de la considération de la part de l'administration. Indubitablement, ils sont la partie la plus importante de la faculté, ne serait-ce qu'en nombre. S'ils n'ont pas à faire la loi, ils souhaitent mener un quotidien universitaire leur garantissant les conditions les meilleures pour leur réussite.

A l'évidence, quelques "a,b,c" de la vie estudiantine ne sont pas garantis quand la faculté met à la disposition des étudiants un semblant d'espace de révision accessible à horaires semi-administratifs. On ne peut pas demander aux étudiants de quitter l'espace de travail aux alentours de 17 heures ; c'est contre-productif. Osons rappeler que la bibliothèque de la faculté de médecine ferme ses portes à minuit. De plus, un beau nombre de livres sont soit en mauvais état, soit indisponibles. Et, dans un domaine aussi évolutif que celui du droit avoir accès à des manuels, des précis et des livres actualisés, en bon état ne semble ni saugrenu ni incongru. Disposer d'un espace de travail disponible tous les jours de la semaine dix heures par jour non plus.

Ce n'est qu'un petit exemple parmi tant d'autres.

Cet après-midi du 7 mars les forces de l'ordre sont intervenues au sein de la faculté, cette même faculté où du temps de Ben Ali la police n'intervenait pas, cette même faculté qui a lutté contre la dictature. Un Conseil scientifique a eu lieu et a décidé notamment que les étudiants devront assumer les conséquences du boycott des examens.

Camus avait écrit: "Ce n'est pas la révolte elle-même qui est noble, mais ce qu'elle exige".

Les étudiants de la faculté des sciences juridiques se révoltent pour le droit des étudiants à disposer d'eux-mêmes et ainsi pouvoir être considérés en tant qu'entité effective au sein de cette institution où ils sont usagers d'un service public d'enseignement supérieur.

Les étudiants de la faculté des sciences juridiques se révoltent pour le droit des étudiants à disposer d'eux-mêmes et ainsi ne pas laisser des pratiques révolues s'installer au sein de leur faculté,qui ne les avait pas connues avant janvier 2011.

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