LES BLOGS
28/02/2018 03h:30 CET | Actualisé 28/02/2018 03h:30 CET

Protection des données & Numérique: Une opportunité sans précédent pour l'économie tunisienne!

DR

À l'aune de l'application du prochain règlement de protection des données, et de sa transition au numérique, la Tunisie n'a pas d'autre choix que de s'y conformer au risque de s'exclure de l'écosystème numérique européen et de se retrouver à nouveau sur la liste noire de l'Union européenne.

À l'heure de sa transition au numérique, la Tunisie ne peut ignorer le prochain Règlement Général de Protection des Données (RGPD), déjà en vigueur depuis avril 2016 et d'application directe aux 28 pays de l'Union le 25 mai prochain.

Ne pas adopter ce projet de loi européen dans les prochains mois sera un pari très risqué pour le gouvernement de Youssef Chaded et pour l'économie tunisienne en particulier car la plupart des établissements tunisiens (banques, sociétés de service, centre d'appels) traitent des données à caractère personnel dans leurs transactions.

Même si la Tunisie a fait un pas considérable en adoptant en novembre 2017 la Convention 108 du Conseil de l'Europe pour la protection des personnes à l'égard du traitement automatisé des données à caractère personnel, le président de l'Instance nationale de protection des données personnelles (INPDP), Chawki Gaddes estime que ce n'est pas suffisant pour éviter à la Tunisie d'être classée une nouvelle fois dans une liste noire par l'Union européenne.

Car le Règlement Général de Protection des Données (RGPD), relatif à la protection des personnes physiques à l'égard du traitement des données à caractère personnel et à la libre circulation de ces données interdit à toute organisation publique ou privée en Europe de transmettre des données personnelles à un État ne garantissant pas le respect de ces données!

Sauf pour les pays reconnus comme "adéquats" (Andorre, Argentine, Canada, Iles Féroé, l'Ile de Man, Guernesey, Jersey, Nouvelle Zélande, Israël, Uruguay, Suisse, les États-Unis d'Amérique (avec le Privacy shield).

Il y aura donc un avantage compétitif sans précédent pour les entreprises tunisiennes à être en conformité avec le RGPD et pour la Tunisie à être reconnu comme "adéquat" pour l'UE en matière de protection des données personnelles.

Depuis la révolution de 2011, la Tunisie a accéléré sa transition au numérique, pour se prévaloir d'être le premier Hub technologique sur la Méditerranée et l'Occident, même si la Stratégie "Tunisie Digitale 2020" (lancée en 2013) peine à atteindre ses objectifs.

Mais l'année 2018 s'annonce sous les meilleurs auspices pour l'économie tunisienne à travers le numérique, avec plusieurs actions en cours:

  • Le label "French Tech Tunis" (en cours d'obtention) afin de booster les startups tunisiennes en dehors de la Tunisie, et profiter d'un rayonnement international à l'aide des outils et mécanismes existants de la French Tech ;

  • Le programme "Smart Tunisia" qui a pour objectif de promouvoir la Tunisie en tant que Hub Technologique à travers des conventions de partenariat public-privé avec pour objectif la création de 10 000 emplois programmées.

  • La prochaine ouverture d'une "école 42" version tunisienne, porté par Badreddine Ouali financée via la "Fondation Tunisie" sur le même modèle innovant que celle de Paris, permettant aux jeunes sans aucun diplôme d'apprendre le codage informatique et d'avoir une promesse d'embauche à coup sûr,

  • enfin l'ouverture d'une "Station T" (comme Tunis) portée par Neila Benzina à l'image de la Station F, le plus grand incubateur de monde basé à Paris.

Devenir une référence numérique internationale pour la Tunisie et faire des TIC un levier important pour le développement socio-économique est donc en bonne voie, grâce à un alignement des planètes sans précédent.

Il sera très difficile à la Tunisie de gagner ces nombreux défis, sans adopter très vite le projet de loi à la protection des données personnelles qui s'impose au monde entier dès lors qu'un traitement cible un résident européen pour une offre de biens ou services ou du profilage.

Cet essor numérique tunisien s'annonce comme un formidable levier de croissance, mais devra se traduire rapidement par du travail pour tous et un recul des inégalités sociales.

Sans oublier d'autres défis prioritaires pour le passage de la Tunisie au Tout numérique : garantir l'inclusion sociale, réduire la fracture numérique, développer la culture numérique, évoluer vers une e-administration, et améliorer la compétitivité des entreprises dans l'économie numérique).

Nous le savons, la marche est haute mais le maintien de la démocratie en Tunisie sera à la hauteur de ces enjeux!

Retrouvez les articles du HuffPost Tunisie sur notre page Facebook.