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02/04/2016 18h:43 CET | Actualisé 03/04/2017 06h:12 CET

Travailler, pourquoi faire ? La portée révolutionnaire du travail

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Quotidiennement, nous assistons au défilé vertigineux de millions de voitures. A leur bord, une "armée" de travailleurs et de travailleuses, dont la masse salariale ne représente pas moins de 27 % du PIB, et qui tente péniblement et lamentablement de se convaincre qu'elle contribue à la formation de ce même PIB, alors qu'elle ne contribue dans les faits, qu'à polluer l'atmosphère. Caricatural ? À peine. Se rendre au travail n'est pas travailler.

Il est effarant de constater le désintérêt des Algériens pour le travail. Une valeur autrefois consacrée par la constitution et qui en faisait le fondement de la société tout en condamnant le parasitisme. De facteur d'émancipation et de production, le travail est devenu facteur d'aliénation et de sous développement.

Alors oui, les torts sont partagés. D'un côté, un "management-establishment" incompétent, illégitime, cooptatif et empreint de népotisme. De l'autre, des travailleurs qui ont fini par se complaire dans cette situation car eux même issus de cet Establishment, de manière directe ou indirecte. Le tout aggravé par la nature rentière de l'économie nationale.

"Burn out" Vs "Bore out"

Si une minorité de travailleurs souffre malheureusement de "Burn out", la majorité elle, est atteinte de "bore out". Appelé aussi "Syndrome d'épuisement professionnel par l'ennui", le bore out est un trouble psychologique engendré par le manque de travail et l'ennui, provoquant insatisfaction et frustration. Le travailleur ne sait plus quoi faire de ses 8 heures et moins encore de ses 40 heures par semaine.

Il surfe alors sur le Net, regarde des vidéos "YouTube", actualise compulsivement son fil d'actualité "Facebook", tweet et commente les publications de ses "amis". Lorsqu'il ne se balade pas sur le Net, le travailleur se balade dans les couloirs, rend visite à ses collègues ou discute au téléphone des heures durant. En attendant la pause-déjeuner, qui bien souvent devient une pause-sieste.

Le travail est devenu ce lieu "divertissant" où s'échangent films, séries, recettes, ustensiles de cuisine, vêtements et autre objets en tout genre, entre deux séances de commérages particulièrement futiles et malveillantes. En somme, une foire, une brocante, sorte de "Ouedkniss" ou l'on vient dénicher de bonnes affaires, solutionner ses problèmes et ceux de sa famille au détriment des préoccupations du citoyen.

Qu'on ne s'y trompe pas, ce constat vaut aussi bien pour les "petits salariés" que pour les "hauts cadres".

"N7alal drahmi"

"N7alal drahmi", une expression très en vogue et symptomatique de ce malaise. Mais que suggère cette expression dans le fond ? Il s'agit pour le travailleur de se donner bonne conscience, de se déculpabiliser face à une situation totalement absconse ou l'on perçoit un salaire non négligeable, simplement pour s'être rendu sur le lieu de travail. Le travailleur souhaite alors "halaliser" l'argent perçu au regard de la morale religieuse.

Et pour cela, il lui suffira de contribuer de façon totalement dérisoire et insignifiante. Un acte purement symbolique donc. Car oui, le travailleur se veut "bon musulman" par ailleurs (la bigoterie s'invite partout en Algérie, y compris dans le monde du travail). Mais il ne s'interrogera pas outre mesure sur la manière dont il a été recruté par exemple. Celle-ci ne dérangeant pas sa "morale". Il se contentera même d'un cynique « Dzair ga3 témchi hagda » lorsqu'il se trouve confronté à cette contradiction.

La révolution par le travail

Quid de ces travailleurs engagés et impliqués mais torpillés par un "système" qui broient les compétences, les isolent et les pétrifient ? Un seul mot d'ordre : TRAVAILLER, encore et toujours.

Le travail comme "arme" de combat, de résistance et de libération. Le travail comme acte révolutionnaire. Oui, le "système" est violent. Oui, les "parachutés" tombent comme des bombes assourdissantes. Oui, le "système" s'emploie vigoureusement à promouvoir le pire au détriment du meilleur et tend à écraser toute velléité d'émancipation. Mais nous avons pour nous, l'amour "inconditionnel" du travail.

Le "système" ne travaille pas, n'aime pas travailler et déteste par conséquent les travailleurs acharnés, pugnaces, fougueux, exaltés, impétueux et tous ceux et celles qui portent aux nues cette valeur émancipatrice. Travailler, c'est résister, c'est échapper à la médiocrité que tente de nous imposer le « système » et c'est, in fine, s'en libérer.

Aujourd'hui, la seule révolution souhaitable, est celle du travail. C'est une révolution individuelle, que chacun devra mener à son échelle. Elle n'est certes pas impressionnante dans la forme mais tellement plus puissante dans le fond. Il y a urgence à remettre cette valeur, trop longtemps moquée, méprisée, ridiculisée, ringardisée, sous estimée, au cœur de notre combat et d'en faire le préalable dans la lutte pour la justice, l'égalité et l'édification de l'Etat de droit.

#Make work sexy again

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