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21/01/2016 08h:17 CET | Actualisé 21/01/2017 06h:12 CET

Censure et conservatisme: Jusqu'où ira-t-on?

SOCIÉTÉ - La censure a encore sévi en interdisant la circulation d'un magazine scientifique. Elle avait récemment frappé le dernier film - très maîtrisé - de Nabil Ayouch ("Much Loved"). Jusqu'où ira-t-on? On nous a dit et répété que l'image du Maroc était ternie par cette histoire de corruption et de putains, dont la charge métaphorique n'a échappé à personne.

Une suite d'évènements tragiques, d'une gravité extrême, viennent de tout faire voler en éclats. Le nom du Maroc se voit désormais attaché à des terroristes, des malfrats et des violeurs: à Molenbeek, Cologne, et en d'autres sites peut-être puisque d'autres pays d'Europe ont été touchés par l'ignominie.

L'hospitalité, vertu cardinale des Arabes, a été outragée; l'assistance offerte par celle que le magazine Forbes présente comme la femme la plus puissante du monde, est profanée. Du côté européen, en suivant la même logique qui prend la partie pour le tout, le soupçon au minimum, le dégoût et le rejet ne peuvent qu'advenir face à la cruauté, la bestialité, la misère - sexuelle, en particulier - d'hommes qui tuent et égorgent au nom de Dieu.

Ou qui, en meute, se jettent avec une sauvagerie inqualifiable sur des femmes: toutes des putains, ces Allemandes, ces Finlandaises, ces Autrichiennes, ces Suédoises. Tous des racistes et des islamophobes.

La pathologie et l'horreur ayant été révélées au grand jour, après avoir longtemps été tues (une autre omerta, inverse, qui doit, elle aussi, être interrogée) l'impact des évènements de Cologne est incalculable. Une fois passés les premiers moments de sidération, comment se taire? Comment ne pas soulever la chape de répression, de virilisme ordinaire, d'incivilité profonde et de crapulerie, de mensonge, de bêtise enfin? Comment en arrive-t-on là?

Qu'on ne nous dise pas qu'il s'agit de minorités: l'effet de répétition l'infirme. Qu'on n'avance pas non plus que cela se passe à l'étranger. Des musulmans ont brutalisé et violé les femmes place Tahrir, à l'un des épicentres du printemps arabe. Le thème du harcèlement des femmes et celui du voile ont été commentés ad nauseam. Sur internet, les Arabes consomment de la pornographie comme aucun peuple - virtuellement, à des doses massives, la jouissance! S'il s'agit d'opérations commanditées par des extrémistes ou des mafieux, c'est plus qu'inquiétant; mais si ce n'est pas le cas, pire encore. Faut-il, cette fois encore, regarder ailleurs?

Des questions capitales se posent sur les mentalités et l'état psychique de sociétés qui n'en finissent pas de se taire au nom de l'honneur, la réputation, l'image... et de reproduire les mêmes perversions. La régression générée par les islamistes a encore aggravé le déni, accru la frustration sexuelle et élargi l'écart avec le reste du monde. L'hypocrisie érigée en norme, la misogynie ordinaire instituée, le voile chaque fois plus épais et érigé en bannière, telle serait la solution.

Les Frères conservateurs au pouvoir n'ignorent pas que, pour eux, le danger ne vient pas tant des gauches, que de l'extrême droite, de leurs ennemis intimes: de ceux qui sortis de leurs rangs et d'une idéologie polarisée veulent déchaîner la fitna. Pas seulement la chienlit un mauvais soir de fête, mais la terreur et la guerre. Ils doivent signifier leur maturité politique en prenant leurs responsabilités: il ne suffit plus de condamner.

Le moment est venu pour eux de penser les questions qu'ils ont posées à l'envers, et sur leurs consécutions sans fin: les femmes, le rapport à l'autre et la violence, la censure intime et institutionnelle.

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