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28/02/2018 10h:24 CET | Actualisé 28/02/2018 10h:24 CET

Mais qui gouverne ce pays ?

Voicu Radu / EyeEm via Getty Images

Il est grand temps à ce que l'on ne se cache plus "le soleil par un tamis". On n'y arrivera pas. Il est grand temps aussi que chacun assume ses responsabilités et en premier lieu, les partis politiques et les élus du peuple. Nous en tant que citoyens et société civile, on ne s'empêchera pas de vous le dire et de mener pour cela des campagnes de sensibilisation.

Nos politiques auront quatre choses urgentes à débattre et à réformer. Ce n'est pas les seules. On va s'y suffire, car c'est une urgence puisqu'il en va de la stabilité du pays et de son avenir.

En premier, ils doivent modifier le code électoral en supprimant le mode à la proportionnelle, qui était compréhensible en 2011 afin de permettre à toutes les familles politiques de donner une Constitution au pays. Nul ne peut nier que ce choix a permis à notre pays d'éviter les scénarios libyen, égyptien, yéménite ou syrien.

Mais aujourd'hui, il n'est plus une nécessité car au bout de sept ans et au bout de sept gouvernements, le pays ne cesse de plonger vers une dérive dangereuse. Et cela à cause de l'instabilité créée par ce mode de scrutin à la proportionnelle qui ne permet au final à personne de gouverner à cause d'une majorité forte introuvable.

Il est grand temps à ce que nos élus prennent leur courage à deux mains, adoptent un mode de scrutin majoritaire uninominal à deux tours, en ne pensant qu'à l'intérêt de la patrie, et non à l'intérêt de leurs partis. A ce mode on y viendra, alors il vaut mieux le faire aujourd'hui que demain, et la patrie vous sera reconnaissante car vous aurez ainsi redoré votre blason tant terni.

Deuxième réforme à faire, et là il faudra beaucoup de courage pour d'abord l'accepter et ensuite réformer. Il s'agit de notre Constitution et surtout concernant l'équilibre entre l'exécutif et le législatif. On a cherché l'équilibre entre ces deux pouvoirs, mais finalement on a créé un monstre à béquilles.

A savoir, un pouvoir exécutif plus faible que le pouvoir législatif, et là est toute la tare. Regardons les choses en face et arrêtons de nous mentir. Qu'avons-nous aujourd'hui ? Un régime politique bâtard, compliqué et qui empêche la bonne gouvernance. Tout d'abord, un pouvoir exécutif partagé entre un Président de la République pourtant élu par le peuple et un Président du Gouvernement qui tire sa légitimité de l'Assemblée des Représentant du Peuple et qui peut donc être imposé au Président de la République en cas d'éventuelle et possible cohabitation.

Le Président en cas de mésentente avec son chef du gouvernement, doit se contorsionner et chercher tous les subterfuges, souvent anticonstitutionnels, pour pouvoir se défaire de son chef du gouvernement, car, et c'est là que réside la tare de notre système politique, seule l'ARP, donc le pouvoir législatif, peut démettre par le vote d'une motion de censure, le Président du Gouvernement ou certains ministres à chaque fois qu'elle le juge nécessaire.

Par contre, le Gouvernement ne possède aucun moyen pour contrecarrer le pouvoir finalement absolu de l'A.R.P. La seule chose qu'il peut faire, c'est de demander gentiment, sans rien imposer, que l'ARP ait la gentillesse d'accélérer la discussion de certaines lois.

Le pauvre Gouvernement n'a aucun pouvoir pour imposer à son altesse l'ARP l'ordre du jour, alors que c'est le président du gouvernement qui a déterminé la politique générale du pays. Allez comprendre ! C'est pour cela aussi, que les députés qui eux possèdent l'immunité, peuvent à tout va, et c'est devenu leur sport favori, blesser, maltraiter et rabaisser qui ils veulent, du Président du Gouvernement à son plus simple Secrétaire d'Etat en passant par les Ministres. Et ils le peuvent car il faut savoir que tous les membres du gouvernement, en commençant par leur chef, n'ont eux aucune immunité. Est-ce ça l'équilibre ?

Il faut savoir aussi, et c'est un comble, que sa sérénissime ARP, peut certes, sous conditions et quand elle le désire destituer le Président de la République, alors que ce dernier ne peut dissoudre le Parlement qu'à une seule condition : c'est lorsque le gouvernement nommé n'arrive pas à avoir la confiance de ce même Parlement.

Est-ce normal tout cela ? Est-ce cet Etat de Droit que nous voulons ? On a voulu simplifier l'égal partage entre le pouvoir législatif et le pouvoir exécutif, mais au final on n'a fait que rendre cela inefficace, paralysant et ridicule.

Dernière réforme à faire, voire même la première et la plus importante, car d'elle découle tout changement possible, c'est l'urgente création, avant toute chose, du Conseil Constitutionnel. C'est de lui que découlera tout et c'est à lui que reviendra la lourde tâche de juger tout ce qui est actuellement anticonstitutionnel dans notre Constitution.

Mais tout le monde a pu constater que le parti ennahdha, qui a en quelque sorte perdu les élections de 2014, refuse catégoriquement toutes ces réformes, à commencer par la création de cette Cour Constitutionnelle. C'est pas qu'elle est contre par principe, mais elle ne le fera que le jour où elle le jugera nécessaire et surtout à sa convenance. Mais actuellement, les vents locaux et géopolitiques ne lui sont pas favorables, alors c'est pour cela qu'elle freine tout en faisant le dos rond.

Il suffit que tous les démocrates s'unissent, prennent conscience de tous ces problèmes et c'est la Tunisie qui en sortira grandie... le temps presse.

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