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24/03/2015 08h:37 CET | Actualisé 24/05/2015 06h:12 CET

Sécurité, gouvernance et développement: Un nouveau paradigme

TERRORISME - Souvent cité en exemple, le Maroc vient de mettre en place le nouveau Bureau central d'investigation judiciaire (BCIJ) en exécution de la volonté royale de renforcer la gouvernance sécuritaire, conformément aux nouvelles dispositions de la Constitution.

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TERRORISME - Souvent cité en exemple, le Maroc vient de mettre en place le nouveau Bureau central d'investigation judiciaire (BCIJ) en exécution de la volonté royale de renforcer la gouvernance sécuritaire, conformément aux nouvelles dispositions de la Constitution.

Cette nouvelle structure intervient dans un contexte marqué par la recrudescence des actes terroristes à travers le monde et émane du souci permanent du royaume de mettre à niveau son dispositif sécuritaire et judiciaire. La finalité est de consolider un climat de confiance propice au développement et à la démocratie.

Des ennemis sans foi ni loi

Compte tenu du fait que les services dédiés au renseignement, à la sécurité et à la justice concourent à la protection des pays et à la sécurisation des citoyens et du processus de développement économique et social, la question est de savoir comment l'ensemble de ces services doivent opérer en synergie pour assurer, chacun dans son domaine et son secteur, la "sécurité humaine" dans le pays.

Les événements récents en Tunisie, Mali et Libye viennent confirmer, s'il en est besoin, que le Sahel et une partie du Sahara sont un sanctuaire pour les réseaux transfrontaliers. Partout dans la région, les services de sécurité font continuellement face à de nouveaux acteurs de l'insécurité.

Cependant, combattre des non-militaires et des criminels constitue une complexité pour les acteurs de la sécurité qui ont à faire à des loups solitaires ou des groupes radicalisés et n'ayant aucune considération des règles de l'art des conflits armés (Al Qaïda, Aqmi, Daesh, Boko Haram et le Mouvement pour l'unicité et le jihad en Afrique de l'Ouest-Mujao).

Qui plus est, les nouvelles facilités offertes par les moyens de transport, la libre circulation des biens et des personnes, les avancées dans les technologies de l'information et de communication, notamment l'internet, ont bouleversé les modes opératoires. Prenons donc conscience de ces nouveaux phénomènes de radicalisation, d'embrigadement, d'endoctrinement permis par la société numérique. Illustrations de la mondialisation, les menaces deviennent globales; celles qui affectent les pays du Moyen-Orient sont autant ressenties en Afrique, au Maghreb qu'en Europe.

Dix défis nouveaux

Les menaces étant globales, les stratégies à adopter par les Etats doivent avoir un caractère international en mettant en place des réponses pertinentes aux menaces et aux causes qui les portent, sur les deux fronts, internes et externes:

1- Il est nécessaire en priorité que les pays doublent leurs efforts dans la voie de la "bonne gouvernance", qui met l'emphase sur l'efficacité des services publics et des institutions de l'Etat, la transparence, la redevabilité, la participation, l'inclusion, les résultats, etc;

2- Dans le même élan, les Etats sont appelés à poursuivre le processus de démocratisation fondé sur la liberté, le respect des droits et de la dignité humaine;

3- L'amélioration des conditions de vie des populations passe par un développement économique fort et soutenu;

4- La gouvernance sécuritaire est primordiale pour sceller une confiance durable. Pour ce faire, elle exige des capacités et des compétences, assurées à travers la formation et le perfectionnement continu dans les nouvelles approches et stratégies de la sécurité, la mise à leur disposition des moyens opérationnels, des structures organisationnelles adéquates et adaptées à leurs missions changeantes et une coordination efficace pour une meilleure performance des services;

5- La révision des missions et des stratégies des services de sécurité, particulièrement celles des forces armées est indispensable afin que les missions des services de sécurité nationale répondent aux besoins actuels des pays;

6- Pour être efficaces, les services de renseignement n'ont d'autre choix que d'œuvrer en étroite collaboration avec les autres services pour prévenir toutes formes d'extrémisme, de trafic d'armes et de stupéfiants;

7- Un certain nombre d'actes de criminalité et surtout de terrorisme se font actuellement à travers les nouvelles technologies. Diverses technologies se sont développées pour mieux contrer les projets d'attentats, d'enlèvements, de contrebande, de contrefaçon de monnaie, de médicaments, etc.;

8- Dans presque tous les pays, un fossé persiste entre les services de sécurité et la population. Les services de renseignement ou de sûreté sont souvent taxés d'intrusivité et de brutalité envers la population. Au lieu d'être perçus comme des services de répression, ils devraient au contraire être connus en tant que services de protection;

9- La lutte contre l'insécurité ne saurait se limiter aux seuls efforts du gouvernement et des services de sécurité. La population, particulièrement les jeunes, devrait être aussi appelée à s'associer à ces efforts. Cette sensibilisation aura alors à privilégier le dialogue, la concertation et la confiance mutuelle entre services de sécurité, la société civile et les citoyens. Si le terrorisme peut s'expliquer en partie par des phénomènes d'exclusion au sein de la population, pour le combattre, il importe donc aussi de mobiliser la société civile, les médias et le système éducatif;

10- Dans l'état actuel de la mondialisation, nul doute qu'aucun Etat, aussi puissant et vigilant soit-il, n'est capable d'assurer seul sa sécurité. Comme l'ont montré le Maroc, l'Espagne et la France, un partenariat étroit dans le renforcement des capacités des services respectifs de ces pays et dans l'échange des connaissances et d'informations est devenu un impératif absolu. Quant au voisin algérien dont les hiérarques n'ont de cesse de prôner la thèse contraire au regard des autres pays frontaliers - y compris la Tunisie - il faudra hélas prendre son mal en patience.

Réussir une gouvernance sécuritaire

La problématique sécuritaire ne provient pas exclusivement de la difficulté à apporter une réponse aux défis actuels qui s'imposent aux pays de la région, elle met à nu l'absence d'une coopération à ce niveau. Mieux, il n'existe pas encore à ce jour des réponses cohérentes à la difficulté des acteurs de la sécurité à s'adapter à une économie transfrontalière de la criminalité de plus en plus organisée dont les ramifications dépassent le simple cadre frontalier.

Ces écueils loin de s'enfermer dans des représentations, mettent à rude épreuve la capacité des Etats à répondre rapidement aux défis sécuritaires d'une manière qui soit compatible avec les normes démocratiques et les principes de bonne gestion des affaires publiques et de la règle du droit.

Au vu de la complexité de ces défis, et des confluences multiples entre les réseaux de la criminalité, du terrorisme, du jihadisme et de l'islamisme radical, la question de la gouvernance sécuritaire ne requiert pas seulement une approche collective, elle souligne l'impératif de promouvoir des dispositifs régionaux et une gestion sécuritaire participative intégrée, appuyés par des actions d'inclusion économique et sociale et d'une éducation religieuse et civique appropriée. Elle présuppose ce besoin de rompre avec les outils classiques au profit d'une mutualisation des moyens et des savoirs faire dans le seul but de s'ajuster par rapport aux nouveaux défis qui affectent la stabilité régionale.

Il s'agit bel et bien d'un changement de paradigme sur la nature de l'Etat-stratège qui gagnerait à être perçu comme un ensemble d'institutions œuvrant en concert pour le bien commun. Sans sécurité et mobilisation, point de liberté ni de développement.

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