LES BLOGS
08/03/2015 07h:04 CET | Actualisé 08/05/2015 06h:12 CET

Mais où sont passés les droits de la femme musulmane ?

JOURNÉE DE LA FEMME - La Journée Internationale de la Femme est célébrée tous les 8 mars, par des groupes de femmes du monde entier. Elle est, nous dit-on, l'occasion de faire le point sur la condition des femmes mais aussi de regarder au-delà de chaque société et d'approfondir notre réflexion concernant les avancées futures. Autrement dit, une journée pour la femme, une pour l'enfant et les 363 restantes pour l'homme et les dupes!

FaceMePLS/Flickr

JOURNÉE DE LA FEMME - La Journée Internationale de la Femme est célébrée tous les 8 mars, par des groupes de femmes du monde entier. Elle est, nous dit-on, l'occasion de faire le point sur la condition des femmes mais aussi de regarder au-delà de chaque société et d'approfondir notre réflexion concernant les avancées futures. Autrement dit, une journée pour la femme, une pour l'enfant et les 363 restantes pour l'homme et les dupes!

Contrairement à une fausse idée répandue en Occident, le Saint Coran préconise l'égalité entre l'homme et la femme, en tant qu'êtres humains issus d'une seule âme, jouissant de la même dignité humaine, ayant les mêmes droits mais des rôles complémentaires.

"... Elles (les femmes) ont des droits équivalents à leurs obligations, conformément à la bienséance. Mais les hommes ont cependant une prééminence sur elles" (Sourate 2, verset 228).

L'islam est perçu alors à travers le prisme déformé de cette représentation de la femme musulmane, qui se retrouve, malgré elle, au cœur d'une polémique portant sur le rôle de la religion, de la tradition, de la liberté et de la modernité.

L'épineuse question de la place de la femme en terre d'Islam

A travers les siècles, les hommes musulmans ont contourné les prescriptions coraniques à leur profit et ont privé les femmes du statut privilégié qui leur est octroyé dans le Livre. De nos jours, les femmes musulmanes émancipées dénoncent les injustices pratiquées au nom de l'islam à commencer par l'analphabétisme, l'exclusion sociale, professionnelle et politique.

Quant au voile islamique et bien qu'il soit prescrit par le Coran, il ne constitue pas une condition sine qua non pour être musulmane. De nos jours, le voile est parfois considéré comme le symbole de la soumission de la femme vis-à-vis de l'homme. Il est regrettable que la question du voile islamique soit devenue emblématique du dilemme des femmes musulmanes émancipées qui cherchent à prendre leur part dans la société, tout en restant fidèles à leurs convictions religieuses. Il leur appartient de réussir à convaincre les sceptiques que le port du voile n'est pas un signe de soumission mais une tradition, un choix de mode de vie.

La question centrale qui se pose d'emblée est alors la suivante : cette conception des droits de l'homme selon l'islam est-elle compatible avec la Déclaration Universelle des droits de l'homme?

Une simple lecture de la Déclaration, qui énoncent les principes de liberté, de justice ou d'égalité, se retrouvent dans les versets coraniques et les hadiths, à quelques exceptions près. En effet, on a pu relever que trois articles de la Déclaration présentent une certaine incompatibilité avec les principes islamiques fondamentaux.

L'article 2 de la Déclaration affirme que les êtres humains sont égaux en droits alors que le Coran préconise une "complémentarité" et accorde à l'homme une prééminence sur la femme quant à l'héritage et au témoignage. L'article 16 de la Déclaration assure le droit des hommes et des femmes à choisir librement leur conjoint or l'islam impose à la femme musulmane d'épouser un musulman alors que l'homme musulman a le droit d'épouser une non-musulmane.

Enfin l'article 18 de la Déclaration garantit le droit à tout être humain de choisir sa religion et de changer de religion, quant à l'islam, il n'autorise pas les Musulmans de changer de confession.

Ces trois articles mis à part, les 27 autres articles de la Déclaration Universelle des droits de l'homme ne présentent aucune incompatibilité avec la conception islamique des droits de l'homme.

Tout être humain, homme ou femme, a droit à la vie, à la dignité humaine, à la liberté, au savoir et à l'emploi. Ces principes humanistes préconisés par le Coran ont été appliqués dans la cité de Médine.

En effet, le Prophète, après consultation et délibération avec les trois communautés, musulmane, juive et chrétienne de la cité, est parvenu à trouver un modus vivandi garantissant à tous les citoyens de Médine, quelle que soit leur confession, les mêmes droits. Un document authentique et préservé jusqu'à nos jours - Sahifat al-Madina - concrétise ces principes fondamentaux du vivre ensemble : l'équité, l'égalité et la justice sans distinction ni de race, ni de religion, ni d'ethnie, ni de genre, ni de couleur.

Nous savons que la plus grande menace qui guette la cohésion de la famille musulmane est la violation des droits humains, à commencer par le niveau social le plus bas. L'islam a établi à cet égard que les droits fondamentaux de la femme, tels que ceux liés à la responsabilité personnelle ou au partage des responsabilités familiales, sont aussi sacrés que ceux de l'homme. Rien que cela.

Le réveil des femmes musulmanes

A dire vrai, l'infortune de la femme musulmane de nos jours est double. Vivant déchirée entre la situation malheureuse que lui fait l'injustice masculine locale et le modèle occidental attirant par sa liberté apparente, elle se métamorphose après une série d'avatars, en une "occidentale" sitôt qu'elle en trouve le moyen et l'opportunité. Ceci si elle appartient à une frange que l'enseignement manqué ou la scolarité réussie ont façonnée ; le reste de la population féminine végète dans l'ignorance et n'ose même pas penser à la moindre évolution qui soit.

La lutte des femmes musulmanes est à cet égard une lutte à partir de leurs sources religieuses, à l'origine libératrice, contre un ordre qui les a privées des privilèges que leur religion leur a octroyés et garantis.

Personne d'autre ne peut faire cela à leur place. Elles n'ont plus rien à perdre et sont prêtes à prendre tous les risques au péril de leur vie et on l'a vu avec les Printemps arabes.

L'ijtihad n'a jamais été aux temps fondateurs de l'islam, une propriété privée pour les acolytes d'un pouvoir qui exclurait les femmes. N'avons-nous pas entendu des politiques musulmans marteler sans vergogne: "Nous n'avons pas besoin de femmes politiciennes ni de femmes techniciennes, il nous faut avant tout des mères, des épouses, des éducatrices qui éduqueront les futures générations."

En avance sur son temps, le mouvement féministe en Turquie a pris ses racines dès les dernières années de l'empire ottoman. La femme fut ainsi l'un des enjeux du débat parmi les intellectuels qu'intéressait la construction d'une société moderne; la condition féminine y était perçue comme indice de modernité.

Atatürk a été un ardent promoteur des droits des femmes en donnant le droit de vote aux femmes turques dès 1934, dix ans avant les Françaises, onze avant les Italiennes, vingt-trois avant les Tunisiennes, vingt-sept avant les Marocaines! Nul doute que ce droit ne fut guère accordé comme une faveur ; dans la conception kémaliste, la femme turque qui travaille et aide l'homme dans la guerre devait tout naturellement jouir de droits identiques.

Aujourd'hui, l'émergence de cette conscience et de cet effort s'opère dans le cadre d'un mouvement de pensée qui s'affirme de plus en plus, mais qui reste sporadique et diffus. Les musulmans se retrouvent dans cette position vulnérable de devoir se justifier éternellement pour "ce qu'ils ne sont pas", "pour ce qu'ils ne sauraient être".

Il va sans dire que l'influence du wahhabisme reste par ailleurs un facteur d'inhibition assez sévère pour cette émergence.

Même dans les pays où les femmes sont les plus libres, beaucoup refoulent leur colère et leur révolte, ne trouvant pas à les exprimer dans l'espace public, les associations ou les mouvements féministes. En somme, le problème de la femme musulmane pose une autre question : celle de la capacité d'évolution des sociétés arabo-musulmanes dans un monde dynamique et globalisé.

Retrouvez les articles du HuffPost Maroc sur notre page Facebook.