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27/04/2015 11h:21 CET | Actualisé 27/06/2015 06h:12 CET

La manne sécuritaire du royaume

SÉCURITÉ - La dernière sortie médiatique du chef du nouveau Bureau Central d'Investigations Judiciaires (BCIJ), M. Abdelhak Khiam, mi-avril sur les ondes de MedRadio, représente un réel tournant dans la stratégie du ministère de l'intérieur marocain et de la Direction Générale de la Surveillance du Territoire (DGST) pour donner une nouvelle image plus positive sur les instances sécuritaires marocaines qui veillent sur la sécurité des citoyens.

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SÉCURITÉ - La dernière sortie médiatique du chef du nouveau Bureau Central d'Investigations Judiciaires (BCIJ), M. Abdelhak Khiam, mi-avril sur les ondes de MedRadio, représente un réel tournant dans la stratégie du ministère de l'intérieur marocain et de la Direction Générale de la Surveillance du Territoire (DGST) pour donner une nouvelle image plus positive sur les instances sécuritaires marocaines qui veillent sur la sécurité des citoyens.

L'interview était ouverte, les questions étaient directes et les journalistes n'avaient aucun mal à poser des questions sensibles auxquelles le directeur du BCIJ répondait en toute transparence pour clarifier certains points qui étaient jusque-là méconnus du citoyen marocain.

Certes, quelque questions sensibles d'ordre sécuritaire étaient posées, mais l'habilité de M. Khiam faisait que les réponses étaient prudentes, compte tenu de la sensibilité du sujet (collaboration avec l'Algérie, techniques d'investigations, etc). Ceci n'a pas empêché des petites plaisanteries tout au long de l'interview, mettant l'auditeur dans une ambiance conviviale.

Tout en écoutant l'interview, je me suis posé des questions sur le secret de la performance de nos services de renseignements. C'est ainsi que je revenais chaque fois en arrière pour me rappeler l'image négative qui nous a toujours été présentée sur le corps sécuritaire marocain. Qu'il s'agisse de la police ou des services de renseignements - vous serez probablement d'accord avec moi - les Marocains ont toujours considéré ces appareils comme des boîtes noires, ennemies de l'expression et des droits de l'homme, dont les dirigeants s'en prenaient à tous ceux qui osaient défier "le système".

Cette image héritée des anciennes générations (baby-boomers et génération X), nous a accompagnés durant de longues années et a toujours représenté pour la génération Y un grand tabou qu'on ne pouvait ni discuter ni aborder en public.

Une grande partie des citoyens croit toujours que les services sécuritaires marocains utilisent les vieilles méthodes des années de plomb pour arrêter un opposant, obtenir des renseignements ou faire avouer un suspect. Des méthodes à la Guantanamo que certains Marocains se remémorent avec un grand regret.

Malheureusement, cette image négative a été gravée dans la mémoire explicite des Marocains à tel point que même les pays voisins croyaient, il n y a pas si longtemps, que nous étions toujours les ennemis de la liberté et des droits de l'homme et que nos services de renseignement puisaient leur efficacité dans des pratiques douteuses incompatibles avec le droit international.

Pas étonnant donc qu'un juge français se permette de convoquer le patron de la DGST marocaine pour son audition dans le cadre d'une plainte pour "complicité de torture".

Je ne dis pas non plus que nous sommes un pays modèle en termes de respect des droits de l'homme et des libertés, mais le Maroc a parcouru un très long chemin dans ce sens. Beaucoup d'observateurs s'accordent à dire que le Maroc d'aujourd'hui n'a rien à voir avec le Maroc des années 60-80. Certes, il reste beaucoup de chose à faire mais par rapport aux moyens du pays et à ses contraintes internes, on peut fièrement dire que le royaume est considéré comme un modèle dans toute la région.

Le Maroc a ratifié une grande partie des conventions internationales relatives aux droits de l'homme, de l'enfant et de la femme et a mis en place des institutions et des organismes autonomes qui veillent à ce que les droits de l'homme au Maroc soient respectés au même titre que les droits fondamentaux de tout citoyen.

Pour appuyer ceci, M. Khiam n'a pas hésité à confirmer que les services sécuritaires marocains sont prêts à assumer toutes leurs responsabilités au cas où il est prouvé un non-respect des droits fondamentaux des suspects ou tout abus dans la procédure d'interpellation des citoyens marocains et étrangers dans le cadre des enquêtes judiciaires menées par le BCIJ.

Ainsi, dans une situation internationale instable aggravée par l'émergence de groupes terroristes et de fanatisme religieux, l'appareil sécuritaire marocain s'est distingué par sa grande efficacité et jouit de jour en jour d'une grande estime de la part de nombreux pays étrangers qui ne cessent de faire ses éloges à chaque rencontre.

C'est justement ce point qui a été repris par l'un des journalistes pendant cette interview lorsqu'il a posé à M. Khiam la question: "Pourquoi nos services de renseignements sont aussi efficaces et quelle est cette formule magique qui fait que nos équipes sécuritaires déjouent toutes les tentatives terroristes avec un grand professionnalisme?".

La réponse de M. Khiam était toute simple. Tous les éléments du BCIJ, la DGST et les autres directions sont des personnes engagées, impliquées et très expérimentés et croient fermement que la sécurité des citoyens de leur pays est une priorité du moment qu'ils ont volontairement choisi de faire ce métier. Selon M. Khiam, pour démanteler une cellule terroriste, un réseau de trafic de drogue ou une bande organisée, ce sont des mois et des mois de travail.

Dans certains cas, il arrive que les éléments du bureau en mission ne dorment pas durant plusieurs nuits quand il s'agit d'un danger qui menace la sécurité du royaume. Sans oublier que la majorité d'entre eux restent privés de leurs familles durant plusieurs jours, voire des semaines tant que le danger n'est pas maîtrisé. Autant de sacrifices faits par ces hommes et ces femmes pour assurer la sécurité des citoyens et garantir la stabilité du pays.

Certes, ce qu'avance M. Khiam est une réalité méconnue du citoyen lambda qui n'est pas censé connaître les coulisses et ne connaît malheureusement du corps sécuritaire qu'une facette négative se résumant à des petites affaires de corruption impliquant de temps à autre des agents de police ou de gendarmerie. Cette image négative, que beaucoup d'entre nous ont probablement vécue un jour, est intensifiée de plus en plus par les médias et les réseaux sociaux, ce qui a créé un décalage entre les instances sécuritaires et le citoyen.

On ne parle donc pas ici de cette minorité qui déshonore le corps sécuritaire mais de personnes engagées travaillant dans l'ombre pour veiller sur la sécurité générale des biens et des personnes.

Pour revenir à la question d'efficacité de nos services de renseignement, je pense personnellement qu'elle trouve ces racines dans l'ancienne politique sécuritaire mise en place à l'époque de l'ancien puissant ministre de l'intérieur de feu Hassan II.

Je pense que la mise en place d'une certaine structure de renseignement par Driss Basri, à cette époque, a beaucoup aidé le royaume dans son combat contre le terrorisme et le crime organisé. La stratégie qui consistait à faire remonter l'information par divers canaux, la centraliser à un niveau local, régional puis national a permis de tisser des réseaux d'informations performants au niveau de toutes les villes et provinces du royaume.

Pas étonnant qu'on retrouve toujours au Maroc du XXIe siècle les "moquaddem", "khlifa" et autres agents dans tous les quartiers, villages et douars, chose qu'on ne risque pas de trouver dans d'autres pays comme la France ou l'Espagne. Je pense que cette structure, maintenue depuis des années par l'administration marocaine, a aidé à la mise en place d'un système fiable et efficace qui permet aux services de renseignements d'être plus réactifs.

Une autre explication de cette efficacité, réside dans le fait que les coups d'État qu'a connus le Maroc à l'époque de feu Hassan II ont poussé le ministère de l'Intérieur et les services de sécurité à développer une sorte de culture de renseignement qui implique tout le corps sécuritaire du simple agent en bas de l'échelle ou même un simple citoyen, jusqu'à la plus haute instance de l'appareil sécuritaire. Une sorte de veille permanente qui incite les agents à rester vigilants par crainte de revivre le cauchemar d'une nouvelle trahison en interne.

C'est justement en 1994, lors des attentats de l'hôtel Atlas Asni à Marrakech que, les services de renseignements marocains ont compris que le danger pouvait également venir de l'extérieur et que le terrorisme, qui jusque-là était une affaire interne de l'Algérie, se retrouvait brusquement sur le sol marocain. Les conséquences de cet incident, vous les connaissez tous: brouille entre les deux voisins, imposition de visas, fermeture des frontières terrestres, etc.

Le même scénario se répète en 2003 mais cette fois-ci, le choc était plus fort et les enjeux plus importants. La menace venait du cœur des bidonvilles de Casablanca où pauvreté et ignorance constituaient une terre fertile pour l'endoctrinement de jeunes Marocains par des mouvements islamistes radicaux.

C'est à partir de ces évènements tragiques que l'appareil sécuritaire marocain a développé une grande expérience en matière de renseignement et de lutte anti-terrorisme. Une expérience de plus en plus sollicitée par des pays étrangers qui ont pu, grâce aux informations fournies par les services marocains, démanteler d'importantes cellules terroristes en Espagne, Belgique, Pays-Bas, etc.

Une dernière explication de cette efficacité concerne probablement la grande adaptation du système sécuritaire marocain avec le nouveau monde de la technologie. Avec le développement de l'internet et la multiplication des réseaux sociaux, les services marocains ont dû s'adapter avec ces nouveaux canaux de communication et pénétrer à leur tour dans ce monde virtuel où le traitement de l'information devenait de plus en plus complexe.

Je pense que tous les Marocains ressentent aujourd'hui l'effet de cette manne sécuritaire qui se traduit par une stabilité politique, économique et sociale au moment où d'autres pays arabes sont noyés dans de longs conflits sectaires, politiques et religieux, contraignant ainsi leurs citoyens à vivre dans la peur, l'insécurité et le chaos.

Il est donc temps que nous soyons fiers de nos services de sécurité et toutes les forces de l'ordre incluant forces armées, gendarmerie et police qui veillent constamment sur notre sécurité. Il est également temps que les services sécuritaires marocains communiquent de plus en plus avec les citoyens, non pas sur leurs réalisations mais plutôt sur les changements qui ont touché ces administrations depuis ces dix dernières années.

Il est donc important que le Marocain soit convaincu que ce climat de sécurité dont nous jouissons tous grâce à Dieu n'est pas le fruit du hasard mais est la preuve incontestable qu'il y a quelque part des personnes engagées qui veillent sur notre sécurité.

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