LES BLOGS
14/10/2015 05h:39 CET | Actualisé 13/10/2016 06h:12 CET

Les couffins de Ben M'Hidi en Palestine

Archives

Seuls au monde, sans les Etats arabes, sans leur ligue, les Palestiniens se battent avec les moyens dont disposent les opprimés : le courage, la disponibilité au sacrifice.

Les médias occidentaux, ce n'est pas une surprise, utilisent les termes "d'agressions et de violences palestiniennes" pour parler de ce qui se passe dans les territoires, dans cette nouvelle intifada des jeunes contre l'oppression.

Des "couteaux", ils utilisent les couteaux ! Voilà que ces médias nous serinent tout en trouvant normal que l'occupant dispose d'armes, d'avions, détruit des maisons, rend impossible la vie normale des Palestiniens et poursuit l'entreprise de colonisation des territoires occupés.

John Kerry, ministre étasunien des affaires étrangères le note : il y a eu une "augmentation massive" des colonies israéliennes et cela provoque, selon lui, de la "frustration".

Mais il ne s'agit pas de frustration, terme très léger utilisé pour masquer la réalité de l'oppression coloniale. Les Palestiniens subissent, sur plusieurs générations, une situation d'extrême violence.

Toutes les concessions que l'Autorité Palestinienne a faites dans le cadre du faux processus de paix d'Oslo n'ont pas arrêté l'expansion de la colonisation et de la violence qui l'accompagne.

Les couteaux ? Ah, les couteaux ! Cela ne vous rappelle-t-il pas l'échange entre Larbi Ben M'Hidi et un journaliste français en mars 1957 où la problématique du combat, nécessairement asymétrique, des opprimés face à l'oppression a été posée de manière saisissante de clarté.

"Monsieur Ben M'Hidi, ne trouvez-vous pas plutôt lâche d'utiliser les sacs et les couffins de vos femmes pour transporter vos bombes ? Ces bombes qui tuent des victimes innocentes !"avait demandé le journaliste.

"Et vous, ne vous semble-t-il pas bien plus lâche de larguer, sur des villages sans défense, vos bombes napalms qui tuent mille fois plus d'innocents ? Evidemment avec des avions ç'aurait été beaucoup plus commode pour nous. Donnez-nous vos bombardiers, monsieur, et on vous donnera nos couffins !" avait rétorqué Ben M'hidi.

Les Palestiniens donneraient volontiers leurs couteaux de cuisine. Et ils ont appris dans leur solitude à ne pas faire cas de ceux qui les accusent de violence. Ils ont appris, aussi, à ne pas attendre grand-chose des faux-frères arabes.

Ils sont ce qu'ils sont, ils résistent. Comme ils respirent. Ils résistent, avec des hauts et des bas, des phases de déprimes suivies de sursauts, mais ils ne baissent pas les bras. Jamais. Ce sens de la résistance se transmet, c'est une culture. Un savoir précieux qui permet de demeurer debout face à la morgue des puissants.

Cette résistance qui se poursuit malgré les années d'errements de l'Autorité Palestinienne et ses incroyables "négociateurs" est un refus permanent de l'injustice. Les Palestiniens n'ont pas les avions et les chars d'Israël, ils n'ont que leur courage. C'est cela qui les maintient vivants, qui leur donne la force de refuser "l'ordre" du colonisateur et les appels à la soumission au "réalisme".

Comme la peau aux os...

De nombreux palestiniens sont tombés pour leurs droits, d'autres poursuivent le combat dans un contexte plus dur. La "résistance" est la seule arme.

Ce n'est pas un combat militaire, mais un combat politique. La lutte armée est un moyen de résistance, elle n'est pas toute la résistance. Les Palestiniens ont appris, malgré ceux qui ont fourvoyé la cause dans les méandres d'Oslo, à ne pas avoir de complexe. Ils connaissent la parabole, synthétiquement lumineuse, du couffin de Larbi Ben M'hidi.

Israël est surarmé, les pays arabes ont abandonné les Palestiniens, mais ces derniers tiennent. Debout. Convaincus qu'au final la résistance des peuples finira par l'emporter.

"Pas d'énigme dans le secret de la résistance. Elle est populaire, voilà tout. (Ce qu'elle veut, c'est expulser l'ennemi hors de ses propres habits.) Et la résistance adhère à la population comme la peau aux os. Nul n'y est l'élève et l'autre le maître. (..)

Elle n'est parrainée par personne, ni ne lie son destin à des listes de signatures ou des empreintes digitales. Que lui importent son nom, ses traits, sa voix ? Elle ne se prend pas pour l'inévitable sujet des bulletins d'information. Elle n'est pas photogénique, elle ne se farde pas pour les photographes..."

C'est Mahmoud Darwich qui expliquait au monde l'entêtement des Palestiniens à résister. A le conjuguer à tous les temps...

Retrouvez les articles de HuffPost Algérie sur notre page Facebook.


Pour suivre les dernières actualités en direct, cliquez ici.