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06/02/2016 05h:00 CET | Actualisé 06/02/2017 06h:12 CET

L'évasion de la prison d'El Harrach, un événement dans la vie d'Aït Ahmed

Arrêté au mois d'octobre 1964 dans la région d'Aïn el Hammam, il fut condamné à mort puis gracié par Ahmed Ben Bella, Président de la République. Il devait être élargi suite à un accord FLN-FFS. Mais ... Un autre évènement intervint dans la vie du pays : le 19 juin 1965, le colonel Houari Boumediene renversa Ahmed Ben Bella. L'accord FLN-FFS fut caduc et Hocine Aït Ahmed resta en prison.

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La vie de Hocine Aït Ahmed, récemment décédé, fut marquée par un événement majeur : son évasion le 1er mai 1966 de la prison d'El Harrach, dans la banlieue est d'Alger, où il était détenu.

Hocine Aït, ancien membre du "comité des 9" qui déclencha l'insurrection du 1er novembre 1954, s'est trouvé au lendemain de l'indépendance, en septembre 1962, en désaccord avec Ahmed Ben Bella, sur la question du pluralisme politique. Celui-ci, devenu président du Conseil, voulait transformer le FLN, dont il était membre du Bureau politique, en parti unique. Aït Ahmed était pour le multipartisme.

L'idée d'Ahmed Ben Bella s'étant imposée avec l'appui de Houari Boumediene, chef de l'A N P, Hocine Ait Ahmed créa alors un parti d'opposition, le Front des Forces Socialistes (F F S). Entouré d'anciens officiers des wilayas 3 et 4, il créa un maquis en Kabylie pour s'opposer par les armes au pouvoir.

Arrêté au mois d'octobre 1964 dans la région d'Aïn el Hammam, il fut condamné à mort puis gracié par Ahmed Ben Bella, Président de la République. Il devait être élargi suite à un accord FLN-FFS. Mais ...

Un autre évènement intervint dans la vie du pays : le 19 juin 1965, le colonel Houari Boumediene renversa Ahmed Ben Bella. L'accord FLN-FFS fut caduc et Hocine Aït Ahmed resta en prison.

C'est là qu'intervient son ancien camarade du parti PPA-MTLD des années 1940 : Lakhdar Rebbah.

Lakhdar Rebbah, connu pour avoir été en 1955 le premier assistant d'Abane Ramdane à Alger, jura à Hocine Aït Ahmed de le sortir de prison.

Il discuta de son projet avec Mohamed Merzougui, qui fut membre comme lui de la Fédération du Grand Alger du FLN, puis passa à l'acte. Il contacta un gardien de la prison d'El Harrach, Chouli, son ancien codétenu de la prison de Loos, au nord de la France.

La date du 1er mai 1966 fut retenue. Chouli fit sortir Hocine Aït Ahmed, vêtu d'un voile, au milieu des nombreuses femmes de sa famille venues lui rendre visite. Devant la lourde porte de la prison, une voiture R4 attendait. Le désormais fugitif fut conduit, dans un premier temps, au quartier du lycée Abane Ramdane où l'attendait Lakhdar Rebbah.

Celui-ci, accompagné de son neveu, le prit en charge et l'emmena dans sa villa à Alger-Plage où son départ vers le Maroc fut mis au point.

Accompagné par Chouli, le « fugitif » prit le chemin de l'ouest dans un camion de transport de meubles appartenant à la famille Rebbah.

La frontière avec le Maroc fut traversée sans encombre. Libre, Hocine Aït Ahmed retrouva son beau-frère Mohamed Khider, en exil depuis quelques temps. Ils partirent ensemble en Suisse.

Lakhdar Rebbah, dit El Ghazal, le militant utile et efficace comme le disent ses compagnons de lutte, a tenu parole.

Cette histoire, Lakhdar Rebbah me l'a racontée, le 13 septembre 1988, au douar Bouhandès, dans le djebel Beni Salah, au sud-ouest de Blida, lors de la commémoration du 31ème anniversaire de la mort au combat de mon frère aîné, Nour Eddine Rebah.

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