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17/04/2015 07h:10 CET | Actualisé 17/06/2015 06h:12 CET

Il y a 89 ans, l'Etoile Nord-Africaine

el annabi.com

L'idée d'indépendance nationale est née dans l'émigration à Paris, au moment où, en Algérie, l'idéologie assimilationniste dominait. L'organisation de masse, qui la développera, est créée le 2 mars 1926, à Paris, sous l'impulsion de l'Internationale communiste (I.C), par des communistes algériens, membres du Parti communiste français (PCF), tels, à l'époque, Abdelkader Hadj Ali (1) et Messali Hadj (2).

Cette organisation de masse prend le nom d'Etoile nord-africaine lors de l'assemblée générale du 20 juin 1926 où elle se présente comme une section spéciale de l'Union intercoloniale du PCF.

Au Congrès anti-impérialiste, organisé par l'Internationale communiste, qui se tient à Bruxelles, en Belgique, du 10 au 15 février 1927, l'Etoile nord-africaine réclame l'indépendance de l'Afrique du Nord par la voix de Messali Hadj, son secrétaire général.

"L'impérialisme français s'est installé en Algérie par la force armée, la menace, les promesses hypocrites, il s'est emparé des richesses naturelles et de de la terre, en expropriant des dizaines de mille de familles qui vivaient sur le sol du produit de leur travail", commença-t-il son discours.

Après avoir fait le procès du colonialisme, Messali Hadj présente les « revendications des Algériens :

"L'Etoile nord-africaine, qui représente les intérêts des populations laborieuses de l'Afrique du Nord, dit-il, réclame pour les Algériens l'application des revendications suivantes et demande au Congrès de les faire siennes :

L'indépendance de l'Algérie ;

Le retrait des troupes françaises d'occupation ;

La constitution d'une armée nationale ;

La confiscation des grandes propriétés agricoles accaparées par les féodaux agents de l'impérialisme,

les colons et les sociétés capitalistes privées, et la remise de la terre confisquée aux paysans qui en ont été frustrés. Retour à l'Etat algérien des terres et forêts accaparées par l'Etat français".

Suit l'énumération des revendications immédiates.

Le discours du délégué de l'ENA se termine par ces recommandations en direction de ses compatriotes : « Ces revendications n'ont de chance d'aboutir que si les Algériens prennent conscience de leurs droits et de leur force, s'unissent et se regroupent dans leurs organisations pour les imposer au gouvernement français.

Celui-ci prend peur et décrète la dissolution de l'ENA le 20 novembre 1929. En 1933, sous la direction de Messali Hadj, qui avait quitté le Parti communiste français, l'Etoile nord-africaine se réorganise et revêt le caractère d'un parti avec comme objectif fondamental : l'indépendance nationale. Mais le nouveau parti ne trouve pas l'audience qu'avait eue l'ENA, auprès des travailleurs émigrés, lorsqu'elle avait, de 1926 à 1929, le caractère d'une organisation de masse.

Messali Hadj cherche à implanter l'ENA en Algérie. Mais il rencontre d'énormes difficultés à trouver des militants.

Au mois de janvier 1937, l'Etoile nord-africaine est de nouveau dissoute par le gouvernement français.

Trois mois plus tard, Messali Hadj crée un nouveau parti, le Parti du peuple algérien, auquel il donne une assise prolétarienne.

L'ENA, association créée par le PCF pour mobiliser les travailleurs émigrés, a le mérite historique d'avoir développé, dans un contexte de lutte difficile, l'action pour l'indépendance. L'idéal de l'indépendance, porté sur le sol national, par une nouvelle génération, triomphe le 5 juillet 1962, après une lutte armée qui dura huit années.

Notes

(1)-Abdelkader Hadj Ali, né le 23 décembre 1883, au douar Sidi Saada près de Relizane dans l'ouest algérien, émigre sur la France à l'âge de 18 ans, où il commence à travailler comme vendeur en quincaillerie. Militant du Parti communiste français dès sa création, en décembre 1920, il est le premier algérien porteur de l'action anticoloniale. Il milite à la Commission coloniale du PCF dont il devient le dirigeant aux côtés de Nguyen Ai Quoc (futur Ho Chi Minh). Lors de la création de l'ENA dont il est élu président, il est membre du Comité central du PCF.

En mars 1937, il fut l'un des premiers à adhérer au Parti du peuple algérien (PPA), créé par son ancien camarade du PCF, Messali Hadj.

Il meurt à Paris en 1957.

(Voir éléments biographiques dans Dictionnaire du Mouvement ouvrier - Maghreb- de René Gallissot.)

(2)- Messali Hadj, né le 16 mai 1898 à Tlemcen, dans l'ouest algérien, émigre sur la France en 1923, à l'âge de 25 ans. Marchand ambulant, Il intègre le milieu parisien de l'émigration coloniale organisé par le syndicat CGTU. Il assure sa formation politique à l'école marxiste-léniniste du PCF à Bobigny où Abdelkader Hadj Ali dispense des cours. Il est permanent au PCF durant l'année 1925-1926, où se crée et se développe l'ENA dont il est le secrétaire général.

A la suite de l'interdiction de l'ENA en janvier 1937, il crée, à Paris, le Parti du peuple algérien (PPA), puis, à Alger, le Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques (MTLD), au mois de novembre 1946, lors de son retour d'exil. Le 2 novembre 1954, il crée un nouveau parti, le MNA (Mouvement national algérien).

Il meurt à Paris le 3 juin 1974.

(Voir éléments biographiques dans le Dictionnaire du Mouvement ouvrier-Maghreb de René Gallissot)

Bibliographie

K. Bouguessa- Aux Sources du Nationalisme Algérien. Casbah éditions. Alger, 2000

C-R. Ageron- Genèse de l'Algérie coloniale. EDIF. Alger, 2010

M. Kaddache et M. Guenanèche.- L'Etoile nord-africaine. 1926-1937. OPU. Alger.

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