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26/01/2018 10h:50 CET | Actualisé 26/01/2018 10h:50 CET

Transformation Digitale: Le Maroc à la recherche de son second souffle

Getty Images/PhotoAlto

Au cours des 15 dernières années, le Maroc a bâti sa croissance sur un développement rapide d'infrastructures et des stratégies ciblées sur quelques secteurs de l'économie (agriculture, tourisme, offshoring automobile). Les projections de croissance sont maintenant en berne, de 4% en 2017 à 2.9% en 2018 (Budget 2018). Le Maroc se doit donc de trouver un second souffle pour relever les défis critiques qui l'attendent.

Le pays compte 2.5 millions de NEET (Not in Education, Employment or Training), et 1 jeune sur 2 entre 25 et 35 ans au chômage. L'opportunité fantastique que représente cette jeunesse dynamique se transforme ainsi lentement en véritable fardeau. Le développement du Maroc est aussi entravé par une infrastructure IT insuffisante au vu de ses ambitions, comme en témoigne la 78e place du Pays au Network Readiness Index.

Dans ce contexte, le Maroc a lancé un Plan Digital 2020 en juin dernier, pour se positionner en tant que Hub africain leader, et activer sa transformation digitale. L'objectif est d'accélérer la croissance du PIB et d'attirer les investissements étrangers (notamment l'offshoring des services Business Process Outsourcing). C'est aussi une opportunité unique de créer des emplois, et ainsi résorber le chômage des jeunes. En effet, les Millenials sont des 'digital natives', et près des 2/3 d'entre eux utilisent leur mobile de manière quotidienne. Ils sont donc dans une position unique pour profiter de l'essor de ce secteur d'activité.

La digitalisation va aussi augmenter la productivité des PME, améliorer leur capacité à s'imposer sur le marché régional/africain et global, et un prérequis à l'essor de leurs exportations.

Pour s'assurer du succès de ce plan, le gouvernement marocain a activé une série de leviers, dont notamment la création d'une Agence du Développement Numérique, avec un plan de travail et des objectives clairement définis. L'agence a l'objectif de coordonner les efforts des acteurs publics et privés du secteur, être un guichet unique pour les investisseurs étrangers, accélérer la mise en œuvre de politiques facilitatrices et animer l'écosystème Digital marocain. Le ministère de l'industrie, qui chapeaute l'agence, bâtit donc sur le succès de l'agence MASEN dans les énergies renouvelables, et capitalise sur l'expérience du Maroc Numeric Fund. C'est aussi l'occasion de mettre un coup de projecteur sur Othman El Ferdaous, le plus jeune des ministres marocains, et projetant ainsi l'image d'un Maroc moderne, où la jeunesse est motrice du changement. Néanmoins, l'entièreté des fonds et moyens alloués à la réalisation de cet agenda ambitieux se doivent encore d'être clarifiés.

Le Maroc a beaucoup à apprendre de l'exemple de l'Estonie. Ce petit pays de 1.3M d'habitants a réussi à exploiter tout le potentiel de la digitalisation pour créer une dynamique forte de croissance sur les 20 dernières années. Tout d'abord, le succès de l'Estonie s'est bâti sur sa capacité à s'attaquer au marché Global, et en ne se limitant pas à sa zone d'influence géographique (et plus spécifiquement, les États-Unis). L'achat par Ebay de la start-up technologique estonienne Skype pour $2.6 Milliards en 2011 en est l'exemple le plus frappant.

Le Digital est aussi depuis de nombreuses années, la clé de voûte de son programme éducatif, avec l'enseignement du code dans toutes les écoles et ce, dès le plus jeune âge. Le pays peut ainsi compter sur toute une génération de jeunes ingénieurs audacieux et avec l'ambition de créer le nouveau Skype. Il n'est donc guère surprenant que ce soit aujourd'hui le berceau de certaines des technologies les plus innovantes, telle que le BlockChain.

Enfin, le facteur clé de succès le plus important est aussi le plus difficile à répliquer Changer fondamentalement de culture. La transformation de l'Estonie a été portée au plus haut niveau de l'état, lorsqu'en 1992, Mart Laar menait l'un des plus jeunes gouvernements européen (moyenne d'âge de 35 ans). Plus tard, et comme cela est de rigueur dans les compagnies internationales, le gouvernement estonien a nommé Taavi Kotka, un ingénieur PDG de d'un entreprise technologique estonienne, CIO du pays (Chief Information Officer).

En se fondant sur l'exemple estonien, le Maroc se doit de revoir fondamentalement son système éducatif et de formation, aujourd'hui dépassé. L'apprentissage de l'anglais doit aussi prendre une place plus importante, pour permettre aux entreprises marocaines de viser plus large que son jardin traditionnel, constitué des pays francophones/africains. Enfin, le pays se doit de construire le 'Skype' Made In Morocco, pour inspirer la jeune génération et initier un changement de culture durable.

En tout état de cause, le Plan Maroc Digital 2020 est une première étape importante. L'Agence du Développement Numérique, bien que jeune, porte déjà une lourde responsabilité sur ses épaules. Le gouvernement marocain n'a pas droit à l'erreur: 2.5M de jeunes au chômage en dépendent.

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