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27/05/2014 17h:34 CET | Actualisé 05/10/2016 10h:00 CET

Régulation Télécoms: L'ARPT, ou l'art d'en faire très peu...

Le régulateur algérien des télécommunications (ARPT) ne veut pas qu'on lui fasse de l'ombre dont il n'en sort que rarement. Il veut être le seul à donner des chiffres sur la téléphonie mobile, mais n'en donne pas assez.

L'Autorité de Régulation de la Poste et des Télécommunications (ARPT) interdit à quiconque de donner des chiffres sur le nombre d'abonnés à la 3G et de la téléphonie mobile en général, ainsi que des informations sur l'état des réseaux. Le 30 avril dernier, un communiqué de l'Autorité venait rappeler "qu'elle est seule habilitée à émettre valablement des informations relatives à la situation du parc d'abonnés de la téléphonie mobile". Et que "toute information à ce sujet, quelque soit sa source et sa destination, ne peut être considérée comme étant exacte". Ce rappel de l'ARPT est intervenu après la communication d'un opérateur sur le nombre de ses abonnés 3G depuis son lancement à la mi-décembre 2013. Il faudra donc attendre les chiffres que l'ARPT "communiquera en temps utile", précisait encore le communiqué.

Parmi ses consœurs maghrébines, l'ARPT est sans doute celle qui communique le moins sur l'état du secteur. Les données publiées, depuis son premier rapport annuel en 2001, ne dépassent pas le seuil de chiffres concernant le nombre d'abonnés à la téléphonie mobile et fixe. D'ailleurs, ces données proviennent des opérateurs eux mêmes. Ne disposant pas de moyens techniques pour vérifier leur authenticité, l'Autorité se contente de "comptabiliser" les copies des contrats qui lui sont remis par les trois opérateurs, et des déclarations d'Algérie Télécom pour la partie téléphonie fixe et Internet ADSL.

Ce n'est qu'au 10e rapport annuel (2010) que l'ARPT a introduit de nouveaux éléments d'analyse sur le marché de la téléphonie mobile, comme l'évolution des tarifs des communications, d'offres promotionnelles pour les trois opérateurs mobiles, le nombre de minutes d'usages, le trafic et les revenus sur les réseaux mobiles, le volume des communications entre les lignes fixes et mobiles, et les parts de marché des opérateurs.

Par contre, les données sur l'Internet en Algérie sont totalement absentes des statistiques de l'ARPT. Que ce soit dans la partie fixe (ADSL) ou mobile (2G), le régulateur n'a jamais communiqué sur la qualité de service (coupures, débits réellement reçus par les usagers, et d'éventuelles plaintes de ces derniers), sur le nombre d'abonnés par catégories de débits, et sur l'évolution des tarifs. La partie "Corporate" (entreprises) de l'Internet est totalement ignorée.

Démarche minimaliste

L'ARPT a laissé, et laisse encore, le marché de la téléphonie mobile et de l'Internet, entre les mains des seuls opérateurs dont elle arbitre parfois des "conflits" mineurs. L'usager ne figure pas (encore) parmi les préoccupations du régulateur. Un bug survenu, il y a près d'un an, sur le réseau d'un des trois opérateurs mobiles, ayant causé, pendant plusieurs semaines, d'énormes désagréments aux usagers (notamment ceux qui payent des abonnements mensuels) n'a pas suscité de réaction de l'ARPT, qui a été la seule à ne pas s'en rendre compte.

Partant de ce constat, qui porte sur plus d'une décennie d'exercice de l'ARPT, rien ne laisse présager d'un changement qualitatif de ses activités. Comme promis, dans son communiqué du 30 avril, l'Autorité va certainement donner quelques chiffres sur le nombre d'abonnements enregistrés par chacun des opérateurs au bout d'une année du lancement de la 3G. Mais que dira-t-elle sur la qualité et la couverture de la 3G des deux opérateurs déjà en course? Et sur le retard enregistré par le troisième dans le lancement de la 3G (prévu à la fin du 1er trimestre) dans les wilayas dont il détient l'exclusivité?

Et même dans le cas où, comme le promet l'ARPT, il y aura publication de chiffres au bout d'une année du lancement de la 3G, ces données ne seront que partielles, car peu de wilayas auront bouclé une année à la mi-décembre 2014. Ceci en raison, justement, de cette exclusivité territoriale, décidée par le régulateur, qui a permis de lancer l'Internet mobile dans certaines wilayas et pas d'autres.

L'ARPT a choisi une démarche minimaliste d'un régulateur des télécoms.