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15/12/2015 10h:44 CET | Actualisé 15/12/2016 06h:12 CET

J'ai 42 ans et je me retrouve en CM1!

ÉDUCATION - L'objectif premier de l'école n'est pas de bien faire ses devoirs, mais surtout d'apprendre. Car si on acquiert du savoir, la réussite est certaine. Le contraire n'est pas toujours vrai. En Tunisie, le comportement de certains parents envoûtés par le culte de la "moyenne" est exaspérant.

Quand je suis chez moi, j'ai tendance à pousser le concept de "rester peinard chez soi" à son extrême.

En gros, je ne fais rien mis à part me vautrer sur mon canapé, ma main pendouillant par-dessus et mes doigts de fées caressant tendrement la télécommande.

Toutefois, il m'arrive de participer à la vie de la maison tout en veillant à choisir bien ma tâche cherchant ainsi le subtil équilibre entre la création de la valeur ajoutée et la flemmardise. Et donc, je choisis d'aider mon fils, élève en CM1 à faire ses devoirs!

A premier coup, la tâche parait simple, d'autant plus qu'elle me réconforte dans ma perception d'agir, même chez moi, en véritable "col blanc"!

Je finis rapidement par déchanter et me rendre compte de la difficulté au fur et à mesure que je prends la mesure de mon incompétence.

La phrase injonctive!

Quand on s'est mis à faire les devoirs de français, j'ai cru que cela allait consister à lire des textes, faire attention aux pièges de l'orthographe, des homonymes, connaitre les terminaisons au pluriel des noms, etc. Certes, Il y avait de ça, mais surtout il y avait des règles à connaitre, qu'en fait je n'avait jamais rééllement apprises !!!

Je me suis rendu compte d'une vérité: Je n'avais jamais intégré (par ma faute d'ailleurs !!) les règles de la grammaire et de conjugaison.

C'est grâce à mon fils et à ses fiches que je découvrais enfin pour la première fois les règles d'une phrase injonctive et la subtilité de la ponctuation de sa fin.

J'apprends les terminaisons de la conjugaison des verbes dans les différents groupes et à vrai dire ceux du troisième me donnent le tournis.

En fait, je n'ai jamais donné une importance particulière aux langues. Le français n'était d'usage ni en famille ni avec mes amis. Certes, les choses ont évolué avec la venue de France 2 dans le paysage médiatique tunisien car il fallait bien comprendre les "Zack Morris et toute la bande" mais les langues, tout comme les autres matières ("non scientifiques") n'avaient d'intérêt hormis la réussite dans les examens. Et ce n'est pas mon premier roman lu à 15 ans qui a changé la donne: 325000 francs de Roger Vaillant avec comme thème, l'exploitation ouvrière. Une vraie déprime !!!

Toutefois, je pense que la maîtrise d'une langue est un vrai problème de notre temps. Rien qu'à lire les journaux (dans deux langues d'ailleurs), écouter les discussions, parcourir les réseaux sociaux, on se rend compte que les langues sont déjà mortes et il n'y a de vivant que le vocabulaire "SmSique" et son alphabet se composant désormais de chiffres de de lettres et le dialecte tunisien qui se meut petit à petit vers une langue écrite. Conséquence ou cause, on se retrouve avec très peu de librairies et de lecteurs. D'ailleurs, je ne sais pas si vous l'avez remarqué, mais notre foire du livre est la même que celle qui s'organisait au 10 éme siècle, du moins elle expose les mêmes bouquins.

Donc, me voilà rattrapant trente-cinq années dont vingt vécus avec le correcteur automatique de l'ordinateur! (A propos, vu ce qu'il laisse filer comme erreurs, le concepteur de cet outil gagnerait lui aussi à revoir ses leçons de grammaire!!). Je bachote et j'apprends, ébahi, mais tout heureux. Je note le principe, je fais attention à l'exception avec pour seules armes mon amour pour mon fils et le Bescherelle (il est vraiment bien ce livre !!!) tout en veillant à donner l'impression que je suis maître de la situation.

Heureusement qu'on ne fait que le présent et l'indicatif pour le moment. Si mon fils me pose une question sur le plus-que parfait du subjonctif ou le gérondif, il se rendra vite compte de la vérité amère et risque d'appeler immédiatement "SOS enfants maltraités" !!!

Histoire Géo: le vrai plaisir

Ce que je savoure le plus, ce sont les cours d'histoire et de géographie. Surtout l'histoire. Ça doit être mon côté gamin qui adore les histoires, sans jamais savoir les raconter une fois devenu adulte !!!

De prime abord, je vous apprends que "nos ancêtres les gaulois" n'est pas une formule pour dénoncer le colonialisme, mais elle est bien réelle.

Cursus de l'éducation nationale française oblige, mon fils apprend l'histoire de la France. Je ne connais pas les Gaulois, mais si l'imagination de René Goscinny est vraie, alors la seule ressemblance que je pourrais avoir avec ce peuple est ma forme "sphérique" que je partage avec Obélix, sans les moustaches. En tout cas, tous les deux, nous eûmes été colonisés par les Romains !!!

Toujours est-il, j'adore bachoter l'Histoire avec mon fils. Apprendre ne serait-ce que très succinctement, l'histoire des Mérovingiens et des Capétiens ou connaitre la structure sociale à l'époque médiévale est un vrai régal car à chaque fois, je retrouve mon lit, moins bête.

La Géographie est tout aussi intéressante. Bien qu'ayant vécu en France pour un certain temps, je n'ai jamais prêté grand attention aux reliefs de ce beau pays. Grâce à mon fils, je peux aujourd'hui situer les grands fleuves, les chaines de montagne et j'ai même appris par cœur le nom des régions métropolitaines et leur emplacement (les 22 s'il vous plait avant la récente réforme territoriale !!).

Je me retrouve même à aller fouiner dans le net pour approfondir un aspect, développer une information ou visualiser un paysage, voire même faire une visiter virtuellement d'un château.

En somme, je me réjouis du plaisir du savoir!

Du savoir et de la réussite

Bosser avec mon fils est un moment de partage. Grâce à lui j'apprends et je trouve mon bonheur.

De mon côté, j'essaye de lui transmettre, non pas mes connaissances, car elles sont limitées, mais une leçon que je continue à apprendre tous les jours à mes dépens, à savoir que l'objectif premier de l'école n'est pas de bien faire ses devoirs, mais surtout d'apprendre. Car si on acquiert du savoir, la réussite est certaine. Le contraire n'est pas toujours vrai.

Aujourd'hui le comportement de certains parents envoûtés par le culte de la "moyenne" est exaspérant. Porter son deuil parce que son fils en première année primaire n'a eu que 15 de moyenne est vraiment désespérant. L'image des cartables trop remplis sur les petits dos des enfants me laisse perplexe.

Est-ce que l'école est en train de préparer des futurs médecins ou des champions d'haltérophilie?

Est-ce que nos enfants vont à l'école pour apprendre ou sont-ils à la recherche d'une note dans un système d'évaluation de plus en plus inflationniste?

Pour l'avenir de nos enfants, II est crucial de faire d'eux des hommes et femmes intéressés par ce qui les entourent en suscitant chez eux la soif du questionnement, le seul chemin vers le savoir.

C'est pour cela que mis à part les devoirs du lendemain, des notes du test d'hier et de l'examen de fin du trimestre, les parents devraient plutôt poser à leurs enfants la question de ce qu'ils ont appris de beau aujourd'hui à l'école? Le savoir d'abord. Le reste viendra tout seul.

Les gamins d'aujourd'hui sont fascinants. Ceux qui composent la génération Z ont une très grande capacité d'apprentissage. Ils sont très à l'aise avec un environnement de plus en plus complexe où l'information est tactile, abondante et accessible partout et à tout moment. Ils ne demandent qu'à découvrir et parfois, on a du mal à les suivre, alors nous devons être plus inventifs. Exit les vieilles recettes où la légitimité n'a pour source que l'autorité. Il faut suivre le mouvement tout en essayant de le canaliser et pour cela, s'il faut commencer par se retrouver en CM1 "So be it"!!

NB: Je fais appel à l'indulgence du lecteur quant aux fautes de frappes, de grammaire, de conjugaison, du style et de ponctuation. J'espère que vous trouverez dans ce qui a été dit plus-haut une explication convaincante!

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