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12/04/2016 07h:44 CET | Actualisé 13/04/2017 06h:12 CET

Sommes-nous condamnés à la médiocrité digitale?

NUMÉRIQUE - Abdelilah Benkirane a tenu à être présent, lundi 11 avril, à la cérémonie du lancement du nouveau site du ministère de l'Education nationale. Le chef du gouvernement s'est même prêté au jeu de la communication. On le voit ainsi connecté sur le portail via une tablette sous le regard bienveillant du ministre de tutelle Rachid Benmokhtar. La photo est assez rare pour mériter d'être soulignée! C'est surtout pour dire que les deux hommes ont tourné la page...

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NUMÉRIQUE - Abdelilah Benkirane a tenu à être présent, lundi 11 avril, à la cérémonie du lancement du nouveau site du ministère de l'Education nationale. Le chef du gouvernement s'est même prêté au jeu de la communication. On le voit ainsi connecté sur le portail via une tablette sous le regard bienveillant du ministre de tutelle Rachid Benmokhtar. La photo est assez rare pour mériter d'être soulignée! C'est surtout pour dire que les deux hommes ont tourné la page...

Tout le monde se rappelle de cette séance à la Chambre des conseillers, du 1er décembre 2015, au cours de laquelle Benkirane a critiqué ouvertement son ministre à propos de la francisation de certaines matières dans les filières techniques. Allons découvrir ce nouveau site du ministère de l'Education nationale. Un site qui, selon Benmokhtar, est "la clé pour le système de l'éducation nationale pour accéder au monde numérique". Grosse déception!

Je n'ose pas me mettre à la place des étudiants, habitués à consulter YouTube, Facebook..., ou encore des parents lorsqu'ils vont se connecter sur ce portail. Oubliez le web design, l'ergonomie, l'expérience de navigation... Tout a été pensé pour que les utilisateurs désertent au plus vite cette plateforme web qui ressemble à celles des autres ministères. A se demander si tous les départements ministériels ont le même prestataire!

Le fait d'oser mettre en ligne un tel site prouve que le secteur de l'enseignement au Maroc se porte très mal. D'autant qu'il s'agit d'un support digital supposé en principe jouer un rôle crucial dans la communication autour de la réforme et remplir le rôle d'une plateforme interactive et évolutive. Et bien, c'est raté!

Vous avez dit présence digitale? Comment mener, dans les meilleures conditions, une énième réforme de l'Education en l'absence d'une stratégie digitale et d'un arsenal numérique dignes de ce nom? Cette question se pose avec acuité pour l'ensemble des départements et institutions qui mènent ou ont été mandatés de mener des chantiers structurants et fédérateurs. Dans la conjoncture géopolitique, je pense en premier lieu au ministère des Affaires étrangères et de la coopération, dont la présence et la communication digitale laissent à désirer.

Les initiatives des départements ministériels assez actifs à l'image de celui de l'Industrie, du commerce et de l'économie numérique, qui multiplie les annonces de la mise en place des écosystèmes industriels, n'est malheureusement pas accompagnée par une vaste politique digitale. Sans parler du ministère de la Communication, appelé à donner l'exemple en la matière.

Allez faire un tour sur le site "maroc.ma" ou encore celui du Parlement, et vous verrez que nous sommes au niveau zéro de la communication digitale. Mais pourquoi donc nos ministères et institutions ne se soucient pas de leur communication digitale? Faute de moyens? Certainement pas! C'est d'abord une affaire de mentalité et profil des ministres et dirigeants. S'ils ne sont pas sensibles au digital et convaincus de son impact notamment sur le plan communicationnel, il ne faut pas s'attendre à des miracles.

Oui... certains d'entre eux tentent, à titre personnel, d'occuper le territoire digital à travers notamment des comptes Twitter et Facebook. Leurs équipes partagent des posts, mais n'entretiennent pas des liens avec leur communauté. A quoi bon donc être présents sur les réseaux sociaux? Ministères et organisme étatiques ne sont pas de bons élèves en matière de communication digitale. Ils ont besoin d'un déclic, voire d'un push, pour se réveiller!

Faut-il toujours attendre des situations de crise pour recourir au digital? Pourquoi ne pas inscrire le digital dans le cadre d'un programme gouvernemental comme un canal indispensable pour informer et des services à forte valeur ajoutée aux citoyens. Les idées pour matérialiser un tel projet existent. Il faut juste faire preuve de créativité.

Le Maroc regorge de bonnes compétences dans les domaines du web, mobile et communication digitale. Seule la créativité nous sauvera de la médiocrité digitale. Les différentes expériences internationales sans là pour le prouver pour ne citer que l'Estonie qui vient de lancer un vaste programme baptisé "e-residency" permet aux non-résidents d'acquérir une nationalité numérique.

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