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08/02/2016 09h:17 CET | Actualisé 08/02/2017 06h:12 CET

Le Maroc a besoin d'une diplomatie numérique forte

Vaste et énorme mouvement dans la diplomatie marocaine! Le plus important depuis une dizaine d'années, diront les observateurs avisés. La nomination par le roi Mohammed VI, samedi 6 février, de 70 nouveaux ambassadeurs, était l'un des sujets les plus commentés, le week-end, sur la toile et les réseaux sociaux. Et ça continue... La liste n'étant pas encore rendue publique, les spéculations sur la liste des nouveaux ambassadeurs du royaume vont bon train. Les analyses aussi.

NUMÉRIQUE - Vaste et énorme mouvement dans la diplomatie marocaine! Le plus important depuis une dizaine d'années, diront les observateurs avisés. La nomination par le roi Mohammed VI, samedi 6 février, de 70 nouveaux ambassadeurs, était l'un des sujets les plus commentés, le week-end, sur la toile et les réseaux sociaux. Et ça continue... La liste n'étant pas encore rendue publique, les spéculations sur la liste des nouveaux ambassadeurs du royaume vont bon train. Les analyses aussi.

Toujours est-il que plusieurs noms reviennent dans les articles des médias pour ne ce citer que Lalla Joumala (Etats- Unis), Khadija Rouissi (Danemark), Amina Bouayach (Suède), Rachid Bouhlal (Japon) et Abdeslam Aboudrar (Grande-Bretagne). S'il y a un nom qui a retenu l'attention des réseaux sociaux, c'est celui d'Ahmed Reda Chami, ancien ministre de l'Industrie et parrain du plan Maroc Numeric 2013. Et pour cause. Chami a confirmé sa nomination au poste d'ambassadeur du Maroc auprès de l'Union européenne, dans la nuit de samedi, sur son compte twitter.

Le tweet est informatif et le message adressé à la twittoma est clair: "Je suis nommé ambassadeur du Maroc auprès de l'Union européenne. Fier de représenter mon pays. J'espère être à la hauteur de la charge et des défis". C'est la première fois qu'un ambassadeur annonce publiquement sa nomination avant qu'il ne soit reçu par le roi. Chami, étant un grand twittos, ne pouvait pas faire preuve de patience et attendre sa nomination officielle avant de s'exprimer sur les réseaux sociaux! A ce titre, il fait figure d'exception en matière de diplomatie numérique.

J'imagine que le tweet de Chami fait grincer des dents. Il a le mérite de marquer une petite rupture dans la démarche communicationnelle des diplomates marocains frileux à l'égard du numérique et des réseaux sociaux. Les ambassades et consulats brillent pas leur absence sur les plateformes sociales.

Quant au ministère des Affaires étrangères et de la coopération, on ne peut pas dire qu'il donne l'exemple d'un bon élève. Il suffit de jeter un coup d'œil sur son compte twitter: lundi, la nomination de nouveaux ambassadeurs n'y est pas encore relayée! Et que penser du compte du chef de la diplomatie marocaine, Salaheddine Mezouar, dont le dernier tweet date du 1er janvier? Curieusement le compte du ministre des Affaires étrangères était plus actif lors de sa campagne électorale pour les communales et régionales 2016.

Révolution pour une meilleure influence

Dans un monde où Facebook compte 1,5 milliard d'utilisateurs actifs, Whatsapp franchit le cap de 1 milliard d'usagers et dans lequel les plateformes sociales deviennent un espace incontournable de veille et d'influence, le Maroc a besoin d'une diplomatie numérique forte. L'immense travail de fond mené en coulisses sur de nombreux dossiers stratégiques ne trouve malheureusement pas écho de manière intelligente et efficace sur la sphère numérique et les plateformes sociales.

Le nouveau déploiement du royaume sur la scène internationale ne peut fédérer l'engagement en l'absence d'une stratégie numérique audacieuse. Bien évidemment, cette stratégie doit prendre en considération les priorités de la politique étrangère. Un débat public doit être lancé pour définir les opportunités et les priorités pour un déploiement stratégique de la diplomatie numérique.

Les priorités sont multiples à commencer par le dossier du Sahara marocain, les relations Maroc-Union européenne, le rôle de leadership du Maroc en Afrique, la question des droits de l'homme, et le positionnement du royaume sur les questions de l'environnement et du changement climatique. Tenez par exemple, le Maroc se prépare à accueillir la 22ème édition de la Conférence des Nations unies sur le climat (COP22). Un arsenal de diplomatie numérique peut préparer le terrain pour garantir le succès de cet événement planétaire.

Aujourd'hui, plusieurs sujets sont assez mûrs pour faire l'objet d'une expérimentation d'une diplomatie numérique agressive à l'image de la régionalisation avancée. Le sujet de la décentralisation, chantier majeur, s'est traduit par l'annonce d'un méga investissement de 77 milliards de DH et l'inauguration, cette semaine, par le roi Mohammed VI des projets structurants dans les provinces du sud.

Cette expérimentation ne peut se faire sans la mise en place d'une rupture dans la stratégie et les méthodes. La diplomatie marocaine doit initier sa propre révolution numérique et non pas technologique. Il ne suffit pas d'ouvrir des comptes Twitter et Facebook ou recruter des social media pour déployer des contenus institutionnels à longueur de journée. Cette révolution doit commencer par les Hommes. Les diplomates marocains doivent être convaincus de la nécessité de l'usage du numérique dans le cadre de leur mission.

Compte tenu des défis à relever, un programme de transformation numérique de la diplomatie marocaine doit être enclenché. Un programme visant à maximiser l'influence. Une influence qui ne doit pas viser que les institutions, décideurs et leaders d'opinion, mais aussi des citoyens appelés à apprécier le Maroc et consommer ses différents produits. Espérons que les nouveaux ambassadeurs signeront le début d'une nouvelle ère de la diplomatie numérique marocaine!

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