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24/02/2016 10h:46 CET | Actualisé 24/02/2017 06h:12 CET

Le code de la presse ne résoudra pas les problèmes de la presse!

MÉDIAS - Sale temps pour la presse papier au Maroc! Au moment où les sites d'information en ligne font exploser l'audience et tissent de plus en plus leur toile sur les réseaux sociaux, les vieux journaux continuent de perdre tous les jours des lecteurs. Des annonceurs aussi? Cela dépend des cas... Force est de constater que des entreprises continuent de "subventionner" certains titres, même si leurs scores sont faibles voire ridicules. Mais là, c'est un autre débat.

MÉDIAS - Sale temps pour la presse papier au Maroc! Au moment où les sites d'information en ligne font exploser l'audience et tissent de plus en plus leur toile sur les réseaux sociaux, les vieux journaux continuent de perdre tous les jours des lecteurs. Des annonceurs aussi? Cela dépend des cas... Force est de constater que des entreprises continuent de "subventionner" certains titres, même si leurs scores sont faibles voire ridicules. Mais là, c'est un autre débat.

Le dernier chiffre avancé par la Fédération marocaine des éditeurs de journaux (FMEJ) fait froid dans le dos: à peine 250.000 acheteurs sur une population de 2 millions de lecteurs! Un échec monumental de toute une profession, de tout un secteur. Quand on sait que le plus gros site d'information au Maroc, à savoir Hespress (3e site consulté au Maroc après Google et Facebook), génère en moyenne 4,5 millions de visiteurs uniques tous les jours, cela a de quoi donner le tournis. A la lecture de ces chiffres, on comprend la panique des patrons de presse. Il y a urgence!

Un problème d'offre

Si on n'achète pas de journaux au Maroc, ce n'est certainement pas la faute aux consommateurs. C'est surtout une problématique d'offre. Je ne connais pas beaucoup de journaux qui font régulièrement des sondages et des études de marché pour renouveler leur produit dans un environnement marqué par la suprématie du web et du mobile. Et ce n'est certainement pas un nouveau code de la presse qui va résoudre cette équation économique.

A ce titre, la manière avec laquelle la Fédération des éditeurs mène sa campagne contre le projet de code de la presse, en discussion au Parlement, en dit long sur la tension et le grand malaise qui règne au sein des états-majors des journaux. Oui... ce projet de code ne doit pas être adopté, dans sa forme actuelle, dans la mesure où il contient des dispositions floues, des sanctions disproportionnées... qui constituent une menace réelle pour l'exercice journalistique, dont la liberté est fondamentale pour le fonctionnement de la démocratie. Sans parler de la tentation idéologique exprimée dans certains articles.

Touche pas à ma subvention!

Toujours est-il que, quand j'entends le patron d'un grand groupe de presse marocain dire sur un plateau de radio qu'en l'absence de subvention de l'Etat, nous risquons de fermer, de tels propos ne servent pas la cause de la presse. Cela confirme le triste constat selon lequel les grands journaux comptent toujours sur l'Etat. Un coup dur à l'image de la presse. Dans le cadre de cette campagne acharnée menée par la FMEJ contre le projet de code la presse, je n'ai pas entendu, une seule fois, un membre de la Fédération des éditeurs parler de mise à niveau, de transition, voire de transformation du secteur de la presse marocaine pour être au diapason avec les attentes des lecteurs. Le pessimisme est de rigueur dans toutes les sorties publiques des patrons de presse.

LIRE AUSSI:Les 14 pièges du Code marocain de la presse

S'attaquer au projet de code de la presse, c'est bien... encore faut-il proposer des alternatives sérieuses sur le moyen et long terme. Et c'est là que le bât blesse! On se demande d'ailleurs pourquoi la FMEJ n'a pas pensé à concevoir par exemple un manifeste fédérateur pour toute la presse (papier et en ligne) incluant des aspects décisifs liés notamment à la fiscalité, la qualification des ressources humaines, la recherche et le développement. Est-ce par manque de volonté, d'expertise, de moyens...? Malheureusement les questions d'ordre économique ne sont pas mises en avant par les éditeurs pour donner un nouveau souffle à la presse. Il ne faut pas, encore une fois, attendre que cela vienne de l'Etat! C'est l'affaire des professionnels des médias. Je dis des professionnels... Car nous n'entendons que les éditeurs, les journalistes rarement!

Que peut-on proposer pour réhabiliter la profession du journalisme et le secteur de la presse? Pour commencer, la qualification des ressources humaines et la promotion des investissements. Deux chantiers majeurs et structurants. En l'absence de ces deux requis, le plus beau code de la presse ne servira à rien! Le marché de la presse doit être libre et refléter la vitalité économique du pays. Le cadre législatif est certes vital pour rassurer professionnels et investisseurs, mais il ne résoudra pas tous les problèmes de la presse, dont la grande partie est minée par le conservatisme.

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