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15/02/2016 09h:05 CET | Actualisé 15/02/2017 06h:12 CET

Chut! Le populisme gagne les ondes marocaines

MÉDIAS - Silence radio sur les ondes marocaines à l'occasion de la Journée mondiale de la radio, célébrée le 13 février de chaque année. Même pas un tweet! Remarquez... on comprend nos stations nationales, entre une journée mondiale, instaurée il y a 70 ans par les Nations unies, et une veille de Saint-Valentin beaucoup plus sexy à vendre... Y a pas photos.

MÉDIAS - Silence radio sur les ondes marocaines à l'occasion de la Journée mondiale de la radio, célébrée le 13 février de chaque année. Même pas un tweet! Remarquez... on comprend nos stations nationales, entre une journée mondiale, instaurée il y a 70 ans par les Nations unies, et une veille de Saint-Valentin beaucoup plus sexy à vendre... Y a pas photos. Exit cette journée qui n'intéresse que les principaux concernés, et place à des ondes plus positives, sous le signe de l'amour, de la séduction... Après 70 ans, une telle journée a perdu de ses atouts... Et pourtant, il en faut peu pour être heureux, et une programmation magique pourrait faire rêver le plus lambda des auditeurs... Ce ne sont pas les idées qui manquent. Encore faut-il avoir la volonté de le faire.

Cette Journée mondiale de la radio est une occasion privilégiée pour faire le bilan de près d'une dizaine d'années de libéralisation des ondes au Maroc, matérialisée en grande partie par le lancement de radios privées. Personne ne peut aujourd'hui renier l'apport considérable de ces stations dans l'accès à l'information, l'enrichissement de l'offre médiatique, la libéralisation de la parole et le développement de la culture du pluralisme d'opinions.

Le fait est que durant cette décennie, la radio est devenue un espace incontournable d'indignation... et donc d'audience. Les chiffres sont éloquents: plus de 16 millions de Marocains écoutent la radio, chaque jour, soit la moitié de la population. C'est dire que la radio reste et restera un média de masse au Maroc! Un média de masse, oui... mais qui a beaucoup de mal à atteindre l'âge de maturité. Car ce qui prédomine, c'est le populisme qui a réussi à devenir une force de frappe des radios.

Mieux encore! Véhiculé à travers plusieurs types de programmes, notamment l'information, il devient une marque de fabrique des leaders du paysage radiophonique! Encouragés par leur hiérarchie, les animateurs "stars", exerçant dans ces radios, s'y mettent en poussant parfois le bouchon trop loin. Ce phénomène de populisme radiophonique touche aussi les autres radios, en mal d'audience, qui tentent de s'y mettre avec plus au moins de succès, en donnant la parole à des populistes. Un cercle vicieux, certes, mais qui s'avère payant: les stations qui misent gros sur le populisme décrochent des scores impressionnants en terme d'audience. Pourquoi s'en priver, sachant que les annonceurs sont au rendez-vous? Mais est-ce une raison pour tout se permettre à l'antenne? Certainement pas. Les annonceurs ont, eux aussi, une responsabilité éthique et morale.

Il est temps de redéfinir les cahiers des charges!

Le diffuseur est, pour sa part, obligé de respecter son cahier des charges. S'il est vrai que la Haute autorité de la communication audiovisuelle (HACA) n'est pas tenue d'intervenir dans la ligne éditoriale et juger la qualité des programmes d'un opérateur, elle a, par-contre, un rôle primordial à jouer pour faire respecter, entre autres, la disposition de la protection du jeune public. A ce titre, des contenus diffusés sur les ondes constituent une atteinte et une violation manifeste à ce sacro-saint principe. Le régulateur est d'ailleurs appelé à rouvrir les cahiers des charges des opérateurs audiovisuels, voire même les renégocier, dans la mesure où certaines radios ne sont pas aujourd'hui en capacité d'honorer leurs obligations. Preuve en est, certaines radios privées se sont plaintes auprès du ministre de la Communication pour revoir à la baisse les tarifs des fréquences.

Sur le plan de l'éditorial et de la programmation, force est de constater que les solutions de facilité et de moindre coût sont souvent les plus privilégiées. Pour avoir suivi de près le lancement des stations privées et collaboré avec certaines d'entre elles, je peux dire en toute honnêteté que le manque de vision, d'audace, de savoir-faire radiophonique du management explique en grande partie l'état des lieux de l'offre radiophonique. Ne parlons pas du manque d'encadrement des équipes. Criant! Les radios qui versent dans le populisme deviennent aussi un espace de communication pour les hommes politiques animés par la volonté de toucher le plus grand public.

Au niveau économique, seules quelques radios tirent leur épingle du jeu aujourd'hui. Le chiffre d'affaires publicitaire du secteur est estimé à 400 millions de DH (brut), avec une évolution annuelle qui tourne autour de 5 à 10%. Un chiffre jugé très timide par rapport à l'impact et l'audience du média radio. Si les opérateurs ont réussi à créer le Cirad (Centre interprofessionnel de la mesure d'audience radiophonique), un outil structurant pour le secteur, tout porte à croire qu'ils ont toujours du mal à convaincre les annonceurs à miser gros sur le média radio. En attendant, les stations qui ont pu tracer leur chemin ne changent rien à leur façon de faire, tout en s'adaptant aux désirs des annonceurs.

Pour faire face au recul du marché publicitaire, d'autres radios défendent l'idée d'une subvention de l'Etat. Une très mauvaise idée qui peut porter un sérieux coup à la libéralisation. Pis encore, un signe d'échec de cette ouverture des ondes...

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