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29/12/2015 09h:11 CET | Actualisé 29/12/2016 06h:12 CET

Réformer l'éducation en Tunisie : Quels enjeux ?

De toutes les questions ou mise en question, qui ont été suscitées par la réflexion sur les problèmes de l'éducation et de l'enseignement en Tunisie, celles qui touchent à la réforme du curriculum scolaire sont à la fois les plus confuses et les plus cruciales.

C'est qu'elles concernent le contenu même du processus pédagogique et interpellent les enseignants au plus profond de leur identité.

C'est pourquoi toute interrogation ou toute critique portant sur la nature propre des contenus enseignés, sur leur pertinence, leur consistance, leur utilité, leur intérêt, leur valeur éducative et culturelle constitue pour les enseignants un motif privilégié de réactions inquiètes ou de conscience malheureuse.

Mais dans un contexte de réforme générale comme le nôtre, il importe de porter une attention particulière à ceux dont les probabilités d'abandonner l'école sans diplôme sont très élevées, soit les élèves ayant des difficultés d'apprentissage au niveau élémentaire.

Depuis 2012, plusieurs études ont montré que les élèves issus de milieux socio-économiques faibles éprouvent plus de difficulté à l'école et accusent un retard scolaire plus marqué que ceux provenant de milieux mieux nantis.

Cette catégorie d'élèves risque par conséquent d'abandonner davantage l'école avant l'obtention de diplôme d'études secondaires.

De nombreuses recherches confirment en effet que ces élèves maintiennent un taux d'obtention de diplômes inférieur.

C'est pourquoi cette « clientèle » a fait l'objet d'une attention particulière afin de contrer le décrochage scolaire qui la menace.

Or, les programmes de prévention mis en place dans les écoles n'ont, jusqu'à maintenant, produit que peu ou pas d'effets positifs sur le taux d'obtention de diplômes par les élèves "à risque".

Par ailleurs, il a été établi qu'une bonne partie des décrocheurs ont déjà pris du retard au moment où ils abandonnent l'école.

Guidée par un souci de justice, l'école républicaine post-révolutionnaire veut offrir l'égalité des chances à tous les élèves qui la fréquentent. Ainsi, l'origine sociale de l'élève, son sexe, et son environnement socioéconomique ne doivent pas constituer des obstacles à sa scolarisation.

Cela signifie que chaque élève peut, du moins en principe, recevoir l'éducation qu'il mérite, et ce, selon ses capacités. L'idée de base est que, même s'ils proviennent de quartiers défavorisés, les élèves qui ont des capacités peuvent accéder aux meilleures écoles et aux meilleures filières.

Mais malgré l'idéal de justice sur lequel ils se fondent, les principes d'égalité des chances et de traitement, largement acceptés et répandus dans le monde de l'éducation, tendent paradoxalement à perpétuer ou à accentuer les inégalités sociales de départ des élèves et à les transformer, en cours de cheminement, en inégalités scolaires.

Dans la même perspective l'analyse des politiques scolaires d'intervention auprès des milieux défavorisés met en lumière des constats similaires.

Les évaluations traditionnelles permettent difficilement d'établir une relation directe entre la qualité de l'enseignement offert et les résultats scolaires des élèves.

Les données produites par ce type d'évaluation sont influencées par plusieurs autres facteurs, dont les acquis antérieurs des élèves, leurs habiletés, la qualité de l'enseignement reçu antérieurement, le niveau socioéconomique, etc...

Une telle forme d'évaluation ne permet pas d'isoler l'impact de l'enseignant des autres facteurs scolaires ou non scolaires qui ont une influence sur le rendement des élèves. On peut toutefois compenser les limites des évaluations traditionnelles en ayant recours aux mesures de la valeur ajoutée de l'enseignant.

Néanmoins, la révision des programmes d'études représente, selon quelques experts de la question, « le cœur de cette réforme ».

En effet, les nouveaux programmes diffèrent largement de ceux qui les ont précédés. Ces programmes rénovés sont regroupés en cinq grands domaines d'apprentissage : les langues, les mathématiques, la science et la technologie, l'univers social, les arts, et le développement personnel.

Les nouveaux programmes sont axés sur le développement de compétences disciplinaires et transversales appliquées à des domaines généraux de formation, c'est-à-dire un ensemble de grandes problématiques touchant des dimensions de la vie contemporaine que les jeunes doivent affronter.

Cependant, ces programmes doivent être basés sur une nouvelle conception de l'apprentissage d'inspiration constructiviste surtout qu'ils ne sont plus conçus pour une année scolaire, mais pour un cycle d'études.

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