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30/11/2015 11h:24 CET | Actualisé 30/11/2016 06h:12 CET

Que s'est-il passé? La République et le problème de l'intégration

INTERNATIONAL - Jamais dans l'histoire de la Vème République, un attentat n'a eu autant d'impact émotionnel. Les attaques du vendredi 13 novembre sur Paris et Saint Denis ont indéniablement marqué les consciences collectives. Quelques heures après le drame, des personnalités du monde entier ont témoigné de leur solidarité envers la France.

Jamais dans l'histoire de la Vème République, un attentat n'a eu autant d'impact émotionnel. Les attaques du vendredi 13 novembre sur Paris et Saint Denis ont indéniablement marqué les consciences collectives. Quelques heures après le drame, des personnalités du monde entier ont témoigné de leur solidarité envers la France.

À Washington, la Maison-Blanche rendit hommage à la douleur française en mettant son drapeau en berne. De leur côté, les artistes ont été nombreux à montrer leur solidarité avec le peuple français. Parmi les peoples qui ont était profondément touché, la chanteuse Madonna, en plein concert à Stockholm, a versé quelques larmes avant d'entonner "La vie en rose" d'Edith Piaf.

Partout dans les quatre coins du monde, des fleurs ont été déposés devant les ambassades de France en signe de soutien. Au même temps, plusieurs parlementaires français se sont penchés, juste après le discours prononcé par François Hollande à Versailles, sur la question du dogmatisme religieux pour tenter d'expliquer le recours des jeunes français à une interprétation radicale de la religion et au terrorisme de masse.

Beaucoup de questions ont été posées au sein de l'hémicycle pour comprendre les causes de cet événement violent. J'essaierai ici de donner quelques éléments de réponse qui paraissent incontournables à prendre en compte si l'on veut comprendre les réalités cliniques vécues sur ces terrains particuliers que sont les banlieues. En effet, les poussées de violence qui embrassent régulièrement les banlieues des grandes villes françaises s'avèrent moins relever d'un phénomène passager que d'un vécu quotidien.

Dans ces quartiers, l'intégrisme se nourrit du désespoir et des frustrations. Il tente de détourner à son profit les besoins de reconnaissance, d'estime de soi et de ressourcement identitaire.

Et, surtout, il s'alimente de la dégradation inquiétante de la situation de ces quartiers: échec scolaire, chômage de longue durée et absence de perspectives professionnelles; résignation des parents et étiolement des images parentèles comme modèles d'identification; désocialisation d'une partie des jeunes qui se trouvent démunies par rapports aux normes sociales minimales; dégradation inquiétante de l'habitat, de l'éducation et de l'emploi; échecs des associations classiques et des services sociaux à juguler ces problèmes persistants; d'où l'intensification d'actes violents et de vandalisme; le développement inquiétant de la délinquance de bande, de l'insécurité permanente voire de la banalisation de l'utilisation des armes à feu!

C'est en abusant de ces faiblesses d'une identité meurtrie par les ingérences de toutes sortes, et en profitant de la faillite du politique, incapable de dessiner un horizon ontologique de dignité et de fierté, que l'intégrisme a pu prospérer dans ces quartiers oubliés. Il existe donc une menace réelle de radicalisation d'une frange plus ou moins importante de la jeunesse banlieusarde.

D'autant plus que le mal vivre et le chômage prolongé tendent à accentuer l'exaspération des jeunes concernés. Ce que ne manque pas de récupérer certains groupes qui prônent le repli identitaire, la survalorisation inconsidérée des appartenances communautaires et religieuses.

Ces mouvements n'hésitent pas à répandre l'idée néfaste d'irréductibilité des différences culturelles; ce qui les conduit ipso facto, à une demande plus grande de communautarisation. Plus grave encore, dans certaines cités où les intégristes ont réussi à s'implanter, d'âpres affrontements se déroulent autour du contrôle des mosquées et se complètent par une propagande salafiste qui s'adosse à une conception intégriste de l'Islam pour aboutir finalement à un discours totalitaire, absolument antinomique avec les fondements de la République.

Dans une telle perspective, la foi, dans sa formulation littéraliste et dogmatique est censée offrir la Vérité, et toute réinterprétation, tout travail critique de l'orthodoxie, sont condamnés comme hérésies! Cette pathologie de croyance religieuse, en rupture avec le souci spirituel et éthique, se manifeste, presque toujours, avec une force particulière, un dynamisme redoutable, dans les moments d'incertitude.

Une telle conception unilatérale et monolithique du culte, de la doctrine et des mœurs, qui tourne le dos à la reconnaissance de la diversité et de la pluralité du fait religieux, ne peut aboutir qu'à l'intolérance ou au repli sur soi. Ainsi, les discours et les pratiques de ces groupes intégristes contribuent hélas à l'accentuation des incompréhensions mutuelles et ne font qu'attiser les haines et exacerber les peurs.

Des deux côtés de la Méditerranée, ne perçoit-on pas, en effet, une inquiétante montée des tendances idéologiques régressives (extrême droit en Europe et l'Islam radical dans le monde arabe) qui veut figer les cultures dans une irréductibilité largement fantasmée, se nourrissant mutuellement d'anathèmes échangés, de xénophobies, de volontés d'hégémonies ou encore de fantasmes de "pureté" nationale, religieuse ou ethnique?

Ce qui ne peut mener qu'à l'absolutisation d'antagonisme supposés entre Islam et Occident et, finalement à leur incommunicabilité. Enfermant l'Islam dans une vision réductrice, fabriquée grâce à l'accumulation de lieux communs et de préjugés tenaces, certains en Europe n'hésitent pas à assimiler cette grande civilisation au fanatisme de mouvements intégristes.

Or, ces derniers sont loin d'épuiser l'extraordinaire richesse humaine, intellectuelle, sociale et culturelle du vaste monde arabo-musulman. De leur côté, les islamistes, partisans d'une vision anachronique de l'Histoire, ne perçoivent dans l'Occident, terre natale de la démocratie et de la pluralité, qu'un ennemi séculaire et dans la modernité qu'agression culturelle!

Faire face à cet intégrisme, aux implications politiques et socioculturelles désastreuses, est un devoir moral et civique.

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