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09/12/2015 07h:12 CET | Actualisé 09/12/2016 06h:12 CET

Le séisme de la République menacée

POLITIQUE - Si on considère la façon dont le Front National a opéré au fil de cette dernière décennie pour arriver à ce score, on comprend que le 6 décembre constitue une sorte d'aboutissement pour ce parti.

Le 6 décembre 2015, la France est en état de choc: le Front National, le parti conduit par Marine Le Pen, a totalisé un peu plus de 6 millions de voix au premier tour des élections régionales, soit un score historique proche des 30%.

Certes, le grand écart enregistré dans la région PACA et dans la région de Nord Pas de Calais - Normandie suffit à lui seul pour lancer la controverse à l'intérieur de la classe politique française surtout que les candidats frontistes sont connus par leur démocratisation de la xénophobie. Pour autant, de nombreux politiques restent immobiles devant cette situation inédite ce qui a amené beaucoup de Français à poser la question suivante "Est-on face à un accident électoral?".

En effet, la réponse à cette question est malheureusement négative car si on considère la façon dont le Front National a opéré au fil de cette dernière décennie pour arriver à ce score, on comprend que le 6 décembre constitue une sorte d'aboutissement pour ce parti.

Créé en 1972, le FN a en effet subi une longue traversée du désert jusqu'en 25 mai 2014 date de sa première victoire historique aux élections européennes. De minorité politique déviante, il s'est petit à petit constitué en minorité active pour enfin devenir la troisième puissance politique de France. Cette réémergence de l'extrême droite dans l'histoire de la république n'est cependant pas un épiphénomène puisqu'elle elle s'inscrit dans une tradition qui remonte au début des années 2000, avec la présence de Jean-Marie Le Pen au second tour de l'élection présidentielle.

Mais pour beaucoup d'observateurs, jamais le FN n'a été aussi près du pouvoir que cette fois-ci. Assurément, les régions ne sont pas l'Élysée mais il est clair que les plafonds de verre commencent à sauter les uns après les autres puisque le FN est, aujourd'hui, à la tête de 6 régions.

C'est pourquoi il est temps de prendre au sérieux les défis théoriques que nous lance l'installation d'un mouvement d'extrême droite dans les différents conseils régionaux. Sans doute il est nécessaire d'édifier et de consolider un rempart éthique contre ce parti populiste: un socle des principes inconditionnels sur lesquels tous ses opposants (les Républicains, les socialistes, les communistes et les écologistes) doivent se mettre d'accord.

Au premier rang desquels doivent figurer le refus de toute espèce de concession et de compromis avec ce courant politique, dont il faut dénoncer le caractère radicalement inacceptable. Un tel socle de convictions inconditionnelles est doublement nécessaire. D'une part pour servir de garde-fou à une action qui, comme toute action politique, peut connaître méandre et vicissitudes; mais aussi pour fédérer des forces inévitablement divergentes par ailleurs.

D'autre part, parce que le FN n'est pas un parti comme les autres. Il surfe sur le rejet des étrangers et l'instinct de repli sur soi, que la crise a exacerbée, pour étendre son électorat à des citoyens en perte de repère. Son charme vénéneux, qui s'alimente de populisme simpliste et outrancier, trouve un écho auprès d'un très grand nombre d'électeurs marqués par la crise.

Il faut donc continuer à expliquer, partout, à chaque fois que possible, que le FN n'a pas changé, qu'il a mis un costume au ton plus neutre, mais qu'en dessous, c'est toujours une chemise brune.

Il faut rappeler aussi qu'il met en avant des principes contraires aux valeurs de la République et que sa volonté est de fragmenter la société en installant le communautarisme, source de tous les maux, comme si la société n'était que catégories dont les valeurs, les comportements, les aspirations ne pouvaient qu'aller dans des directions opposées et inconciliables.

Il est temps, juste quelques jours avant le deuxième tour, de présenter aux électeurs les propositions simplistes de ce parti comme le retour au franc et la sortie de l'Euro pour convaincre le simple citoyen que la solution ne réside pas dans l'annonce d'une vision de fuite face à la réalité mais de créer les conditions qui permettent à chacun, selon sa situation et ses choix, de se construire une image cohérente de la France, des autres et de lui-même, de manière à rendre l'existence subjectivement vivable et même désirable.

Il ne s'agit pas davantage de proposer, sous forme d'un discours édifiant, une quelconque "révolution morale" ou "révolution culturelle" coupée de la transformation concrète des conditions d'existence actuelles, de nos modes de production et de consommation, de notre organisation sociale ou de notre système politique.

Car, sur un plan individuel ou sur un plan collectif, la production d'un ordre symbolique n'est pas qu'une dimension de la construction du monde en général.

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