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31/03/2016 12h:09 CET | Actualisé 31/03/2017 06h:12 CET

Le Maghreb entre l'espoir et la peur

Alors que d'autres régions du monde arabe ont eu leur lot de crises, le défi que posent plusieurs menaces sécuritaires à la fois est spécialement ardu à relever au Maghreb.

Un regard même cursif sur les récents évènements dans le monde arabe ne peut que confirmer l'opinion que le Maghreb est une des zones les plus instables de la région.

Cinq ans après le "printemps arabe" la crise politique traîne encore en Tunisie alors que des tentatives de coup d'État ont été signalées en Libye. De plus, il est trop tôt pour évaluer les causes réelles qui ont amené le Maroc à tenir des élections remettant en cause la volonté de ses forces traditionnelles du Makhzen.

Ces évènements comme d'autres du même ordre dans le monde arabe semblent transcender les fractures sociopolitiques laissées par plus de cinquante ans d'héritage dictatorial.

Alors que d'autres régions du monde arabe ont eu leur lot de crises, le défi que posent plusieurs menaces sécuritaires à la fois est spécialement ardu à relever au Maghreb.

Cette région est encore dans les affres de l'incertitude et de l'instabilité, en dépit des efforts nationaux qui sont prononcés ainsi que des réponses collectives qui sont mises au point et péniblement en œuvre. Cela est dû à la combinaison de dynamiques régionales ainsi qu'à des déficiences domestiques particulièrement déstabilisantes, liées à la mauvaise gestion, passée et présente des politiciens, à la mauvaise gouvernance et à de médiocres compétences étatiques.

Il y a néanmoins des signes qui ne trompent pas et qui mettent en évidence le fait que la région du Maghreb commence à s'éveiller pleinement au besoin de s'attaquer à sa crise sécuritaire. Ce n'est que par une telle volonté collective et que par des efforts soutenus pour mener à bien, dans l'urgence, la transformation nécessaire de l'environnement de sécurité à travers toute la région mais aussi au sein de chaque État, que l'on pourra réduire le coût élevé qu'induisent, pour le Maghreb, l'instabilité et la violence permanentes.

En dépit de sérieux défis à la sécurité régionale lancés par des conflits armés en Libye, ou par des organisations extrémistes comme l'AQMI ou comme Ansar Al-Chari'a, on a pu observer au cours de ces deux dernières années, des degrés variables de transition au sein de la majorité des États de la région.

Certes, malgré les échecs, des progrès tangibles ont été réalisés pour faire passer la région de vieux modèles de gouvernance autoritaire à des systèmes plus participatifs.

Beaucoup de spécialistes soutiennent que si la mise en œuvre de la démocratie dans ces pays offre de plus grandes possibilités pour une réforme du système sécuritaire, la démocratisation ne conduit pas nécessairement à la gouvernance démocratique de ce secteur. L'étendue et le rythme de la réforme dépendent de facteurs interinstitutionnels et supra-politiques. Il est également suggéré que la combinaison d'une action normative dans la région du Maghreb et de l'activisme dans le secteur non étatique à travers la région commande le mouvement du changement vers une gouvernance améliorée, y compris dans le secteur sécuritaire.

Cependant, "l'adhésion" des États de la région aux principes de bonne gouvernance au niveau du quotidien politique ne conduit pas nécessairement à des changements significatifs au sein des États, comme l'illustre la typologie des progrès des différents pays de la région par rapport aux critères d'une gouvernance efficace du secteur de la sécurité.

Actuellement, on peut remarquer qu'en plus de l'émergence d'un cadre normatif au niveau régional qui a contribué à la promotion d'espaces plus ouverts au niveau national, les efforts de la société civile ont aussi contribué à créer un canal d'influence complémentaire.

Ce secteur peut et doit devenir un acteur de plus en plus important dans les efforts de promotion d'une société plurielle et mosaïque. De même, la fixation de normes crée un environnement propice pour la réforme et pousse les acteurs locaux de la société civile à exercer une pression soutenue sur les gouvernements postrévolutionnaires pour qu'ils respectent leurs engagements.

Les acteurs non gouvernementaux doivent se voir reconnaître la légitimité nécessaire pour traiter des sujets de gouvernance critiques. En effet, au cours des trois dernières années on a pu assister, par exemple, à la création de réseaux régionaux et sous-régionaux sur les questions de paix et de sécurité, y compris de réseaux sur la réforme du secteur de la sécurité mais, comme cela a été posé, la démocratisation n'implique pas nécessairement une transformation démocratique du secteur de la sécurité.

Tout remarquablement illogique et tout contraire à l'intuition que cela puisse paraître, la Tunisie et le Maroc qui bénéficient d'espaces de démocratie plus ouverts que celui de la Libye ou bien de l'Algérie, n'ont pour autant mené à bien que des transformations limitées, voire nulles, de leurs appareils de sécurité.

L'examen minutieux de la pratique courante dans chacun des États d'Afrique du Nord s'impose pour évaluer correctement leurs besoins spécifiques quant à la gestion de leur secteur de sécurité et à l'inculcation de la bonne gouvernance en général. L'objectif de telles réformes est de s'assurer que les structures de sécurité soient redéfinies, véritablement dépolitisées, professionnalisées et volontairement subordonnées à une autorité civile démocratiquement élue.

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