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18/11/2015 10h:48 CET | Actualisé 18/11/2016 06h:12 CET

Unis contre les assassins

ATTENTATS - Il est bon de noter que depuis une dizaine d'années, les actes terroristes les plus spectaculaires ont été commis par des groupes qui réclament haut et fort leur appartenance à un salafisme de guerre. C'est face à une menace complexe et diverse, souvent invisible mais bien présente, éclatant au grand jour dans l'horreur la plus totale, que nous devons agir.

Au lendemain d'un double attentat-suicide qui a causé la mort de 43 personnes dans la banlieue sud de Beyrouth, Paris, la capitale des Lumières, a connu aussi le même scénario tragique. Au moins 129 personnes sont tuées après une série d'attaques à Saint-Denis, tout près du Stade de France, et dans les Xème et XIème arrondissements.

Le bilan des attaques perpétrées ce vendredi 13 novembre a fait aussi 252 blessés, dont 99 dans un état grave. Quarante-huit heures après les attentats les plus meurtriers jamais commis en France, le ministère de la Défense a annoncé que dix chasseurs-bombardiers français ont largué vingt bombes sur le fief de l'organisation terroriste de Daech à Raqqâ, dans le nord de la Syrie, détruisant un poste de commandement et un camp d'entraînement.

Sûrement, ces événements dramatiques nous ont tous laissés sans voix parce qu'ils sont barbares et parce qu'ils sont faits au nom de la religion. Assurément, il n'est pas question ici de faire de chaque croyant un intolérant violent, mais il est bon de noter que depuis une dizaine d'années, les actes terroristes les plus spectaculaires, à New York (septembre 2001), à Moscou (octobre 2002), à Casablanca (mai 2003), à Madrid (mars 2004), à Londres (juillet 2005), à Tunis (mars 2015) et maintenant à Paris, ont été commis par des groupes qui réclament haut et fort leur appartenance à un salafisme de guerre.

Sur Internet, leurs pages de réseaux sociaux mettent en circulation des vidéos macabres d'égorgement d'otages employant indifféremment un vocabulaire anachronique de jihadisme pour justifier leur recours à la violence. De la France au Sahel et de la Syrie à l'Afghanistan, des fanatiques religieux utilisent la violence pour appliquer leurs principes et se faire connaître de l'opinion publique. Mais que cachent ces faits criminels? Et comment certains en sont arrivés là?

Il est vrai qu'il s'agit d'un sujet complexe, qui fait l'actualité depuis plusieurs années, et qui la fera certainement lors des prochaines décennies. Malheureusement, personne ne peut envisager une prochaine éradication du terrorisme
.

Nous pouvons même affirmer que les démocraties sont loin d'être au bout de leurs peines et qu'elles continueront à être des cibles privilégiées du terrorisme international, surtout que les salafistes installés sur le sol européen constituent une minorité active qui récuse l'emploi de la violence tout en dénonçant le caractère "impie" de la société occidentale.

Leur conception totale de la foi passe par un refus des espaces de mixité dans les écoles et les hôpitaux, ainsi que par la mise en avant d'un mode d'existence en rupture avec la société ambiante. Mais d'où viennent ces idées saugrenues selon lesquelles nous devons sacraliser un Moyen-âge encore présent dans l'inconscience de quelques-uns?

En effet, cette pensée jihado-salafiste puise son inspiration idéologique dans le Wahhâbisme. Fondé sur le rejet des innovations sociales ou politiques, ce courant de pensée est hostile par nature au système démocratique. Sa référence est le souvenir, en partie fantasmé, d'un "âge d'or" de l'islam originel. Il rejette le monde tel qu'il est devenu. Il se présente comme une alternative à la mondialisation. Il propose le retour aux pratiques du califat initial fondées sur une interprétation rigoriste du Coran.

Ce souhait de retour aux origines cache cependant un mouvement qui prône en réalité une "renaissance" de l'islam historique. Sous cet angle, le Wahhâbisme apparaît aussi comme le véhicule d'une interprétation négative de l'Histoire, douloureusement vécue comme une injustice, celle du déclin d'une civilisation "humiliée" par les invasions successives, physiques, économiques et culturelles de l'Autre.

Ainsi, pour Mohamed Ibn 'Abd al-Wahhâd et ses disciples, l'islam "agressé", menacé dans sa survie et sur son propre sol, n'aurait pas d'autre choix que de se défendre par la violence la plus extrême. C'est pourquoi on trouve cette notion de "guerre des civilisations" très présente dans la littérature salafiste d'inspiration Wahhâbiste qui l'assimile au "jihad", dévoyant ainsi cet élément central de la religion musulmane.

Tel est le message d'une redoutable simplicité qui attire de plus en plus des jeunes banlieusards souffrant d'un malaise identitaire profond. Certainement, la menace terroriste n'a jamais été aussi importante que ces dernières années. Le nombre d'individus impliqués, le passage à l'acte individuel, la diversité des profils, les modes opératoires, la multiplication des cibles sont autant de sources d'inquiétude.

C'est face à une menace complexe et diverse, souvent invisible mais bien présente, éclatant au grand jour dans l'horreur la plus totale, que nous devons agir. Face à cette menace qui peut frapper n'importe qui, n'importe où et n'importe quand, il était indispensable d'avoir comme première réponse forte une politique culturelle claire pour éradiquer ce cancer de l'extrémisme et du terrorisme.

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