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13/10/2015 11h:16 CET | Actualisé 13/10/2016 06h:12 CET

La crise de l'université tunisienne et les défis de la réforme

Le monde d'aujourd'hui est marqué par des changements rapides et profonds qui touchent à tous les domaines de la vie, notamment l'économie, la politique et la société. Cette nouvelle réalité bouleverse certes notre quotidien pour créer de nouveaux modes de pensée, de travail, de comportement et de vie. C'est donc une période de nouveaux défis à relever et de nouvelles opportunités à saisir.

Mais la grande question qui reste à poser dans ce nouveau contexte est celle du rôle et de la place de l'université tunisienne dans ces grands changements. L'université vit-elle en marge de ces évolutions ou les accompagne-t-elle réellement? Quel est le rôle que doit jouer l'universitaire tunisien en ce moment particulier de l'histoire du pays et de la région?

Aujourd'hui, il est aussi temps d'en venir à ce problème de la qualité des étudiants, surtout en sciences humaines et sociales, qui domine quand il s'agit d'expliquer la crise de la recherche dans tel ou tel domaine.

Jadis, les intellectuels tunisiens étaient contraints à choisir entre se taire pour pouvoir travailler ou s'exiler. Mais avec le changement révolutionnaire, la place et le rôle de l'université sont à revoir. En ce moment particulier où le gouvernement est impliqué à juguler les effets de la crise économique et financière, à lutter contre le terrorisme, le chômage et la pauvreté, n'est-il pas aussi temps pour l'université de s'engager dans ce combat pour le développement?

Si l'université a toujours été considérée comme une île d'érudits ou comme un haut lieu de savoir, n'est-il pas temps, en ce moment particulier, de servir les ambitions des Tunisiens après quatre ans de révolution? À travers ses laboratoires et ses unités de recherche, l'université est censée identifier, adapter, ou initier de nouvelles connaissances et de nouvelles pratiques servant à améliorer les connaissances des citoyens.

Un deuxième rôle de l'université est de transmettre le savoir et le savoir-faire, à travers ses enseignements, ses services de diffusion et de communication. En plus de ces rôles fondamentaux, l'université doit jouer un troisième rôle et non le moindre.

Ce rôle est la traduction ou la transformation de ses enseignements dans le processus de développement. Il s'agit en fait de créer ou de mettre en place des services spécialisés, étoffés des hommes et des femmes de terrain, qui doivent servir d'intermédiaires entre les enseignants, les chercheurs et le monde du travail et des affaires.

Néanmoins, ces services font aujourd'hui défaut! Mais, dira-t-on, n'aurai-il pas suffi de créer des diplômés pour résoudre le problème du développement régional et du chômage? Non, sûrement car la situation actuelle se caractérise par une remise en cause à la fois de la garantie qu'offrait le diplôme tunisien pour accéder à l'emploi et, du même coup, de la fonction de promotion sociale que les familles accordaient aux diplômes universitaires.

Quand il s'agit des jeunes, la plupart d'entre eux ne partagent pas avec leurs parents la soif de savoir qui étaient la leur à l'époque. Pourquoi? Parce que l'insertion professionnelle des diplômés s'est détériorée, au point que les jeunes générations ont plus perdu par la dévalorisation de leur titre qu'ils ont gagné par l'amélioration de leur formation.

L'université devrait alors travailler en partenariat avec les entreprises publiques et privées pour que l'étudiant puisse développer des capacités d'autonomie et d'adaptation, ainsi qu'une faculté à comprendre l'entreprise dans sa globalité et sa complexité.

Le but principal à poursuivre de cet engagement est que l'université tunisienne sorte de sa tour d'ivoire et qu'elle vive pour la société et non pour elle-même. Elle ne devrait plus rester l'ilot des connaissances théoriques. Au contraire, elle devrait renouer avec son statut de service public ouvert à la nation toute entière.

L'université devrait alors connaître les besoins, les défis et les opportunités de son environnement pour s'engager activement à la recherche des solutions appropriées. Mais les questions qui restent à poser sont de savoir si ces nouvelles initiatives sont acceptées? Si oui, dans quel cadre juridique et institutionnel faudra-t-il les mettre en place? Quels sont les mécanismes de réalisation? Et quelles infrastructures d'accueil faut-il préparer?

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