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12/08/2015 13h:47 CET | Actualisé 16/10/2016 06h:12 CET

Créer des liens avec les entreprises africaines

ENTREPRENARIAT - Afin de créer et développer ses capacités locales de management, le milieu entrepreneurial africain doit se mettre en quête d'expertises et de capitaux internationaux.

C'est au cours de l'année écoulée que le monde entrepreneurial africain s'est réellement engagé sur les plateformes internationales de financement. Ces dernières en devenant la principale source de financement des projets de l'éveil économique africain ont répondu de manière très positive à la présence africaine.

Ceci ne devrait pas être une surprise, c'est en réalité la rencontre de deux mondes aux besoins très complémentaires et qui peuvent fortement bénéficier de coopérations commerciales et financières : d'un coté les sociétés africaines et de l'autre leurs partenaires étrangers.

L'Afrique présente d'importantes opportunités de croissance qui trouvent leurs origines dans quelques constantes attenantes au continent. La forte croissance démographique dont découle une consommation croissante et une force vive de travail en constante augmentation, l'amélioration des politiques qui crée un environnement plus propice au développement économique ainsi que les perspectives d'amélioration en infrastructures permises entre autre par la privatisation de l'industrie électrique Nigériane et les engagements américains et chinois pour la "Government-led Power Africa Initiative", sont autant d'éléments qui font du continent africain un continent avec un fort potentiel de croissance. Il va de soi que de telles tendances présentent aussi des défis spécifiques qu'il faudra relever.

En résumé, l'Afrique est une potentielle source de croissance importante qui a de forts besoins en capitaux. Par ailleurs le reste du monde cherche activement à investir ses capitaux dans de nouvelles opportunités. Les investisseurs de par le monde sont constamment en quête de nouvelles entreprises offrants un bon potentiel de croissance.

C'est particulièrement vrai pour les asset-managers, qui cherchent toujours des modèles présentant un meilleur retour sur investissement. Ces derniers voient les investissements en bons obligataires africains comme une bonne source de diversification. Par ailleurs les grandes entreprises mondialisées et multinationales font actuellement face à un ralentissement de la croissance voir même à une décroissance dans plusieurs parties du monde, elles ont donc besoin de se positionner sur le marché africain pour lequel est attendue une croissance exceptionnelle dans les années à venir.

Cependant, comme toujours dieu est dans les détails et toutes ces tendances et projections optimistes doivent être confrontées à la réalité afin de se concrétiser. Pour cela il est nécessaire de passer des marchés spécifiques, entre des compagnies bien identifiées et des individus impliqués dans "l'éveil économique de l'Afrique".

L'année dernière, ces perspectives se sont concrétisées et les grands courants ont commencés à se transformer en tendances de marché, ceci permettant à des sociétés et à des investisseurs étrangers de créer des partenariats avec le monde entrepreneurial africain : banques ou entrepreneurs ont ensemble pu investir sur le futur.

Bonds obligataires : Les banques africaines ont émis des bonds obligataires sur les marchés financiers afin d'obtenir des liquidités de long terme en dollars. Dans un second temps cet apport de liquidité est censé permettre des prêts de long terme aux entreprises Africaines afin qu'elles financent leur développement. Les Banques à l'origine de ces bonds sont entre autre la Zenith Bank ($500m, 5 ans); First Bank of Nigeria ($450m, 7 ans); Access Bank ($400m, 7 ans); Diamond Bank ($200m, 5 ans); and Seven Energy ($300m, 7 ans).

Actions : les entreprises africaines ont émis sur les marchés financiers internationaux des actions pour renforcer leurs capitaux structurels, elles peuvent ainsi financer leurs plans de développement. Seplat, une compagnie gazière et pétrolière nigériane a ainsi pu lever 500m de dollars grâce à des introductions en bourse à Lagos et à Londres. Dans le même temps Atlas Mara a obtenue 625m elle aussi grâce à une introduction en bourse à Londres, s'en est suivie la proposition de création d'une opération bancaire internationale Pan-Africaine.

Marchés stratégiques : Les entreprises africaines ont vendu une proportion significative de leur parts aux investisseurs étrangers pour renforcer leur positionnement stratégique. De cette façon elles peuvent prendre un avantage sur un marché très compétitif et profiter de nouvelles opportunités de croissance. Il est important de mentionner que dans la plupart des cas le contrôle des opérations reste auprès des acteurs africains ce qui conforte le besoin et la valeur du savoir-faire et des réseaux africains.

Les Grands marchés passés incluent : Brookside, la plus grande compagnie laitière de l'est africain qui vend 40% des produits Danone venant de France ; Seven Energy un pionnier Nigérian pétrolifère et gazier qui a levé des capitaux auprès d'IFC et TEMASEK ; AFRIFLORA, un producteur floral qui intervient en Ethiopie et a vendu une part importante de ses parts à KKR et Carlyle, un des plus important fond de capital investissement qui a fait plusieurs opérations en Afrique de l'ouest et de l'est.

C'est au Niger que l'année dernière la plupart de ces contrats et coopérations ont eu lieu, mais des développements significatifs permettent d'envisager l'extension de ces phénomènes à d'autres régions d'Afrique.

Certains signes positifs sont à souligner : le développement par le Maroc d'une stratégie tournée vers le sud et l'Afrique sub-saharienne, la stabilisation de la situation politique en côte d'ivoire, la résurgence de l'Afrique francophone comme hub commercial, l'amélioration de la présence économique de l'Afrique de l'Est, la très l'attendue ouverture de l'économie éthiopienne aux investisseurs mondiaux ainsi que la présence de gouvernances affirmées au Kenya et en Tanzanie. L'ensemble de ces facteurs offre de belles opportunités pour le marché africain.

Certain de ces marchés stratégiques sont à la fois la conséquence et la preuve du dilemme de l'entrepreneur africain : affronter la compétition internationale ou rejoindre une multinationale : grâce à la vente d'une partie de ses parts ou par un système de coopération sur les marchés locaux.

Avec l'éveil de l'Afrique sur la scène des investissements mondiaux, il est normal que les grandes multinationales accroissent leur présence en capitaux et viennent mettre en œuvre en Afrique des stratégies qui ont payées dans le reste du monde. Stratégies qui impliquent la création de plateforme de production plus sophistiquées, de programmes d'investissements en capitaux et de plans marketing plus complexes. Tout cela signifie que les niveaux de complexité et de compétition pour opérer sur ces marchés vont inexorablement augmenter.

A raison, la plupart des entreprises et entrepreneurs du continent africain réalisent qu'ils pourraient tirer avantage d'une coopération en joignant leurs forces aux « géants mondiaux », optimisant ainsi leurs opérations sur le terrain. D'autres optent pour l'import de savoir-faire hautement qualifiés qu'ils investissent massivement dans leurs opérations. Le cas échéant ils doivent faire équipes avec des fonds de private-equities.

Ne rien faire n'est pas une option pour les entreprises africaines qui ont besoin d'investir et de forger des alliances stratégiques afin d'affronter la compétition internationale et de profiter de leurs avantages sur le potentiel de croissance de leur marché.

Les évolutions des années précédentes et plus particulièrement celle de l'année dernière nous ont appris l'importance de certains éléments dans le processus de rapprochement des deux mondes, qui passe par de lourds investissements en dollars sur le continent en vue de concrétiser l'éveil économique africain.

Dans ce contexte il est nécessaire de souligner 3 éléments indispensables au succès de ces transactions :

# Des opérations de terrain fortes: les investisseurs étrangers conscients des opportunités du territoire africain doivent encore trouver les bonnes plateformes d'interventions qui permettront de développer la capacité de production locale et les systèmes de distribution de biens et de services. Ce développement devra s'appuyer sur l'avantage compétitif apporté par des marchés stabilisés et durables.

# Des équipes de management rigoureuses : Les opportunités africaines présentent leurs propres défis. Il est critique d'avoir des équipes qui peuvent transformer le potentiel exceptionnel du continent en profits rémunérateurs pour les investissements en capitaux.

# Des principes de gestion strictes : Il est indispensable d'assurer l'équité d'intérêts entre tous les actionnaires et de mettre en œuvre les meilleurs principes de gouvernance sur le terrain. Les politiques sociales, environnementales ainsi que les questions de sécurité doivent elles aussi être mises en œuvre de façon rigoureuse.

Seule les entreprises particulièrement respectées et bien implantées dans leurs régions auront les moyens de développer un business modèle durable et rentable. La durabilité est la seule option pour garantir des investissements de longs termes et concrétiser les perspectives de croissances.

J'ai la conviction que les investisseurs sauront apprécier l'intérêt d'investir dans les opportunités africaines et de parier sur des plateformes qui montrent leur capacité à identifier, développer, mettre en œuvre et gérer des investissements dans plusieurs pays du continent.

En conclusion, il est critique que les entreprises et entrepreneurs africains qui respectent les critères mentionnés précédemment profitent d'une meilleure visibilité sur les marchés mondiaux auprès des investisseurs. Cette visibilité a un coût, mais elle est le seul moyen d'obtenir l'apport stable et durable en capitaux dont les marchés africains ont désespérément besoin.

Ces investissements devront entre autre répondre aux besoins en infrastructures, offrir des réponses aux exigences de garanties des banques ainsi que permettre l'expansion des circuits de production de produits manufacturés.