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25/06/2015 07h:09 CET | Actualisé 25/06/2016 06h:12 CET

Chroniques japonaises: Zen à Naoshima (et ce n'était pas gagné d'avance!)

Au premier abord, Naoshima ressemble à toutes les îles de pêche qui l'entourent. L'océan. Quelques monts, beaucoup de verdure, quelques villages, des routes sinueuses et étroites. Un autre Japon, loin des néons de Tokyo et des temples de Kyoto.

M. Belkaïd pour le HuffPost Algérie

Au premier abord, Naoshima ressemble à toutes les îles de pêche qui l'entourent. L'océan. Quelques monts, beaucoup de verdure, quelques villages, des routes sinueuses et étroites. Un autre Japon, loin des néons de Tokyo et des temples de Kyoto.

J'arrive lorsque le soleil est à son zénith. Il fait chaud. Je suis un peu fatiguée par le voyage. J'ai pris le Shinkansen, le train à grande vitesse japonais qui me fait penser à un dauphin, puis un autre train régional, plus lent, plus rural. Les gens, des bribes de vie, ma dégaine de touriste, un roman pour patienter entre deux correspondances.

La joie de trouver dans une boutique de la gare de Hiroshima dont je vous parlerai une autre fois, une maquette de train pour mon neveu qui les collectionne. Un peu de musique dans les oreilles. Des paysages, des souvenirs, des rêves plein les yeux. Puis, il me faut prendre Uno, un ferry pour rejoindre l'île. Mon corps commence à accuser le coup, je n'ai plus vingt ans depuis un petit moment déjà.

Je rêve d'une douche, d'un jus de Yuzo (citron japonais), de faire une petite sieste de 10 minutes comme mes amis marins m'ont appris à en faire. Dans la navette qui me mène à l'Hôtel de la Benesse House, je ne comprends pas encore très bien pourquoi on m'a dit à plusieurs reprises: si tu vas au Japon, il faut absolument que tu ailles à Naoshima. Je me méfie généralement de ce type de conseils et avec un début de migraine, je commence même à regretter ma venue.

Après avoir découvert que ma chambre a une vue imprenable sur la mer, adieu migraine, fatigue et cochons. Il y a bien un chameau dans le parc de l'hôtel, mais c'est l'une des belles et colorées sculptures de Nikki de Saint Phalle que je vois aussi depuis ma terrasse. Oui, j'ai une terrasse aussi.

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À l'hôtel-musée de la Benesse House

Il n'y a à Naoshima qu'un seul hôtel, celui de la Benesse House, assez coûteux il est vrai, mais on ne va pas au Japon tous les jours. Cet ensemble hôtel-musée qui fleure bon les senteurs de cèdre -du plancher, au plafond en passant par le savon et le gel douche, ai-je fini par comprendre à moitié enivrée par l'odeur- a été conçu en 1992 par l'architecte japonais Tadao Ando.

Ce dernier avait à l'esprit la communion de la nature, de l'architecture et de l'art. Je ne m'attarderai pas sur la gentillesse et le dévouement du personnel, pour la plupart originaires de l'île, heureux semble-t-il d'avoir un emploi. Je rêve un instant qu'on puisse un jour en Algérie ou en Tunisie penser à développer ce type de tourisme. Nos petits-enfants peut-être.

Je ne peux malheureusement échanger que quelques mots avec l'un des employés qui a été particulièrement chevaleresque avec moi en fin de journée. Alors que je n'en pouvais plus de marcher, il a de lui-même fait demi-tour pour me raccompagner à l'hôtel. Je crois bien qu'il avait pourtant bel et bien fini sa journée de travail et se préparait à rentrer chez lui pour rejoindre sa famille.

Bonjour! Merci! Sourires. "Are You From Naoshima? Yes. You? From Algeria". Silence. Merci. Au revoir. Avait-on au fond besoin d'en dire davantage?

Avant que mon sauveur ne me raccompagne à l'hôtel à temps pour l'heure du dîner, Je venais donc de marcher pendant plusieurs heures car il y a à Naoshima trois musées et de nombreuses œuvres en plein air qui jalonnent les plages et les sentiers de l'île.

Je me laisse guider au grès du vent. Je n'ai pas pris de plan, j'aurais bien le temps plus tard de repérer sur la carte ce qui me séduira, me fera rire et qui sait, pleurer. Oui, je suis de ceux qui peuvent pleurer devant un tableau et vous pouvez sourire, je l'assume parfaitement.

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Citrouille jaune

naoshima

Je me promène et vais brièvement saluer l'emblème de l'île, cette citrouille jaune sur un ponton, conçue par Yayoi Kusam, je la trouve rigolote et je le lui dis. Puis je m'attarde un instant sur le "Cultural Melting Bath" de Cai Guo Qiang qui associe des pierres chinoises à un jacuzzi américain. Cette œuvre très Feng Shui qui tente d'associer culture orientale et occidentale me fait sourire.

Elle a pour toile de fond une plage déserte, le long de laquelle je marche quelques minutes. Je me déchausse et mets mes pieds dans l'eau. C'est d'une certaine manière mon premier bain de l'année. Dans l'océan pacifique s'il vous plait. Je fume ensuite une cigarette. Je sais, ce n'est pas très Feng Shui, ni très zen de ma part. Mais que voulez-vous: Nobody's Perfect.

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Coup de foudre au musée Lee Ufan

Puis, c'est le coup de foudre. Rassurez-vous, je n'ai pas pleuré, mais mon cœur a battu un peu plus vite, sans pour autant que mon souffle soit coupé. Un coup de foudre zen, en somme. J'ai en effet été doucement emportée par le musée dédié à l'artiste coréen Lee Ufan et conçu lui aussi par Tadao Ando.

lee ufan museum

Lee Ufan Museum

Tout y invite à la contemplation. Les toiles et les installations du maître sont d'une beauté et d'une simplicité qui touchent à la perfection. Picasso, celui que j'aimais jusque-là plus tout autre, aurait-il enfin trouvé un rival à sa hauteur? Je lis distraitement le nom des salles du musée et passe de "Correspondance" (Corresondance) à "Rencontre" (Encounter) au "Vide" (Void) et enfin à la salle de méditation (Meditation Room) qui à elle seule mériterait le voyage.

Peinte sur les trois murs de la salle, une forme grise. Un mouvement, un battement de cil, une vague, je ne sais. Il y a un tatami au sol. On peut s'installer et contempler l'œuvre autant qu'on le souhaite. Je m'assois en tailleur, je respire. Je revis. La félicité.

Je sors de ce musée sereine comme jamais et je comprends d'autant plus la magie de l'île en quittant Lee Ufan. Il n'y a en effet au dehors ni voitures, ni bruits urbains. Point d'hommes ni de femmes pressés. L'enchantement provoqué par l'art se poursuit, que dis-je se décuple face à la plus belle œuvre d'art qui soit: la nature.

Je ne suis pas près de retoucher terre. Un autre musée m'attend. Le Chi Chu Art Museum. Bon d'accord, moi aussi le nom m'a fait marrer et je l'ai répété plusieurs fois en marchant, juste pour la blague. Chi Chu. Tchi Tchu. Tchi Tchi. Ça me plaît bien, c'est ainsi que me surnomment parfois mes frères: la Tchi Tchi.

chi chu art musueum

Chi Chu Art Museum

Là-bas, je retrouve Monet et ses mauves, ses nuances de roses et de vert. Je retrouve l'américain James Turrell et sa lumière. Son œuvre intitulée "Afrum, Pale Blue" est conçue pour que vous puissiez vous asseoir et lever les yeux au ciel. Peut-être verrez-vous, vous aussi une feuille tomber doucement à vos pieds. J'aime à croire que Doisneau aurait adoré capturer cet instant.

Un bento m'attend dans ma chambre pour le dîner. Je le savoure avec d'autant plus de délectation que je l'ai obtenu de haute lutte à la réception de l'hôtel qui voulait me faire manger dans le restaurant français du musée! Euh, non. Je ne mangerai pas français au Japon, très peu pour moi.

Zen, mais encore un peu algéro-tunisienne et aussi nouvellement américaine dans ma façon de négocier, je sous-entends fermement (Algerian Side) que je paye bien assez cher ma chambre (American Side) pour mériter un petit bento sur ma belle terrasse. Et ce, même si le chef du restaurant japonais se dit débordé. Je souris pour adoucir la charge (Tunisian Side), mais je ne suis pas certaine que mon charme exprimé tardivement lors de la négociation, ait été décisif pour clore le deal.

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Secret Of The Sky

Après le diner, je me prépare à passer la soirée au musée de la Benesse House ouvert jusqu'à 23 heures pour les clients de l'hôtel. Il me déçoit un peu. On devient très vite difficile. En art comme pour tout. Je cherche néanmoins Warhol qui a grimpé aux murs du restaurant français que je viens de bouder. Il faut dire qu'il rehausse l'endroit.

Je commence à avoir sommeil, je m'apprête à quitter les lieux. Mais quelque chose me retient, je fais un dernier tour et me décide à pousser une baie vitrée sur les conseils d'un employé du musée, pour que Kan Yasuda vienne me souffler son "Secret Of The Sky".

Cette sculpture est constituée de deux énormes galets dans une petite cours. J'en choisis un, m'assois, lève les yeux au ciel à nouveau. Je ne saurais vous dire combien de temps, j'ai contemplé la voie lactée.

Probablement trop, puisque j'ai dormi au matin plus que je ne dors de coutume. Je n'ai donc pas eu la chance de visiter d'autres installations artistiques qu'accueillent certaines maisons du village en contrebas de l'île. J'y ai renoncé pour m'offrir un petit déjeuner face à la mer, pendant lequel j'ai, je crois bien, mangé beaucoup trop de French toasts.

Il fallait bien que je fasse tout de même un peu honneur à la France aussi. J'ai écouté un peu de musique. J'ai pensé au passé, souri au meilleur et tenté de pardonner le pire. J'ai remercié ma bonne étoile. Puisse-t-elle permettre de revenir un jour à Naoshima, mon amour.

Galerie photo Naoshima, l'île musée Voyez les images

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