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03/06/2015 14h:17 CET | Actualisé 03/06/2016 06h:12 CET

Chroniques japonaises: Nul mieux que la littérature et le cinéma

C'est la première fois que je me rends au Japon. La première fois que je vais voir l'Asie. Pourtant une de mes grandes amies, ma sœur de cœur, y vit depuis dix ans déjà. Mais jusque là, le temps et l'argent m'ont manqués. Et puis je dois bien l'avouer, l'envie aussi un peu. Je rêve plutôt de Brésil, d'Argentine et de Pérou. Mais je n'ai jamais rêvé de Japon. Bien à tort. Il ne faut pas seulement suivre ses rêves, il faut aussi se laisser surprendre par la vie.

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C'est la première fois que je me rends au Japon. La première fois que je vais voir l'Asie. Pourtant une de mes grandes amies, ma sœur de cœur, y vit depuis dix ans déjà. Mais jusque là, le temps et l'argent m'ont manqués. Et puis je dois bien l'avouer, l'envie aussi un peu. Je rêve plutôt de Brésil, d'Argentine et de Pérou. Mais je n'ai jamais rêvé de Japon. Bien à tort. Il ne faut pas seulement suivre ses rêves, il faut aussi se laisser surprendre par la vie. Par les invitations qu'elle fait et auxquelles on ne croit qu'à moitié. Je n'ai jamais fait aussi beau voyage.

Un peu anxieuse, c'est la première fois que je me rends dans un pays dont je ne connais rien de la langue. Non pas que mon espagnol soit particulièrement impressionnant, mais là, l'altérité est totale. Je dis à peine merci et je me découvre une dyslexie que je n'ai pas dans les autres langues (et j'en parle trois et plutôt couramment). Je mets dix jours à retenir l'adresse de mon amie, quelques jours de plus à me rendre compte que je me trompe à chaque fois que je dis pardon (Sumamisen au lieu de Sumimasen) et il me faut trois semaines pour commencer à me familiariser aux sons et aux phonèmes et à reconnaître ici et là quelques mots. Il eût fallu que je restasse plus longtemps. Vous aurez compris que le subjonctif passé est là pour rappeler combien je suis en réalité douée pour les langues, parce que je suis au fond tout de même un peu vexée. Mais je reviendrai, comme je suis revenue en Andalousie, en Corse, en Amérique après être tombée sous le charme absolu de ces lieux

Je ne connais pas la langue du pays et j'en connais mal l'Histoire. Plus au fait du Japon contemporain que de celui du passé. J'ai bien eu un temps une passion pour les Samouraïs et j'en ai profité pour relire pendant mes déambulations La voie du Samouraï de Yamamoto Tsunetomo qu'avec l'âge je trouve un peu inégal, mais encore empli de sagesse et de poésie: "Rien au monde ne devrait susciter chez nous plus de reconnaissance que ces derniers vers du poème qui dit: Mais quand ton propre cœur demande. Sais tu quelle réponse lui donner?". J'aurais aimé, je crois, rencontrer un Samouraï au clair de lune et écouter mon cœur.

Bon, j'avoue tout de même avoir revu sur Netflix avant mon voyage Le Dernier Samouraï de Edward Zwick (2003) et avec Tom Cruise qui n'est jamais déplaisant à l'écran contrairement à sa vraie vie de scientologue (oui, Tom est mon pêché mignon honteux plus ou moins assumé). Mais j'aurais mieux fait de revoir Ghost Dog du grand Jim Jarmush avec le non moins grand et beau (oui, beau) Forest Whitaker. C'est en réalité ce film sur une bande originale absolument incroyable du Wu Tang Clan qui avait déclenché ma fascination pour les Samouraïs. Akira Kurosawa évidemment et ses Sept Samouraïs (1954).

J'ai jadis beaucoup aimé aussi Le voyage à Tokyo de Yasujiro Ozu (1953). Il y a malgré tout chez ce réalisateur un brin réactionnaire, cette façon de ne pas croire aux héros, mais aux êtres faillibles comme vous et moi. Et ce film qui continue de me hanter de Kenji Mizoguchi: Les Contes de la lune vague après la pluie (1953). Et il m'en reste tant d'autres à voir encore.

Et bien sûr, il y a littérature que je connais étrangement un peu moins que le cinéma et que je comptais bien explorer davantage pendant mon séjour. Y a t-il plaisir plus grand que de lire un roman qui se déroule au Japon, debout dans le métro de Kyoto, assise sur les marches d'un temple, sur un banc de la promenade de la paix de Hiroshima ou sur le sable des plages de Naoshima?

C'est de ce que j'ai lu que j'ai envie de vous parler aussi, parce que pour moi tout passe par les mots, tout passe par la fiction, par ce monde que mon esprit imagine et construit. Lire c'est voyager. Écrire c'est voyager encore.

Je veux vous parler de mon angoisse quand j'ai fini à deux heures du matin ce roman policier de Miyabe Miyuki, Une carte pour l'enfer et du fait qu'être à Tokyo même a triplé ma peur. Il y a au Japon deux écoles de romans policiers. Ceux qui ressemblent davantage pour aller vite aux romans d'énigme à la Agatha Christie. Il y a souvent un crime, un train, un alibi fragile. Car au Japon, les trains ne sont jamais en retard. Les lecteurs japonais férus de cette littérature s'amusent à refaire les trajets décrits dans les récits. Ce n'est pas exactement ma tasse de thé (vert, bien sûr, mais j'y reviendrai sûrement). Je préfère les polars à teneur sociale, ceux qui parlent du pays qui le radiographient, qui tentent de le comprendre. Ceux pour qui l'origine du mal est dans la société elle-même.

Miyabe Miyuki, est de ces auteurs. Dans Une carte pour l'enfer paru en 1996, elle évoque le Japon des années 1990, le tout à crédit et la manière dont une jeune fille japonaise sombre dans l'enfer des dettes et dans la criminalité. L'intrigue est haletante et la critique juste. Point de haine de soi. Point non plus de célébration excessive du pays. Une plume lucide, acérée. Du mentir vrai. Un universitaire japonais rencontré pendant mon voyage, agréablement surpris que je lise cette romancière -et je n'en étais pas peu fière- a confirmé mon intuition. Elle parle du Japon mieux que beaucoup d'autres, m'a-t-il dit avec cette manière inimitable qu'ont les Japonais de ponctuer leurs phrases de petits sons d'approbation. Je lui ai posé mille questions, demandé mille conseils de lecture. J'ai tout noté sur mon petit carnet noir. Je n'ai point fini de voyager.

Et puis il y a les livres qui se passent au Japon. Et cette très agréable surprise. Soie est un court récit de l'italien Alessandro Baricco, paru en 1997. Le style est sobre mais étrangement envoûtant. Une histoire d'amour au Japon du XIXe siècle. Assez loin des clichés, de l'érotisme dont on affuble à l'envi les femmes japonaises qui n'en demandent peut-être pas tant. Mais c'est tout de même une histoire qui ne pouvait que se dérouler dans ce pays si particulier dont je vous parlerai à nouveau bientôt et dans lequel flotte par moments cette atmosphère si particulière, si sereine et qui redonne la force d'aimer.

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