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15/04/2016 09h:47 CET | Actualisé 16/04/2017 06h:12 CET

Le président Sissi pense que l'Egypte lui appartient

Handout . / Reuters

Le président égyptien Sissi a cédé deux îles de la Mer Rouge, Sanafir et Tiran, à l'Arabie Saoudite en échange d'un fonds d'investissement égypto-saoudien de 16 milliards de dollars et de la construction d'un pont entre les deux pays.

Il y a eu de longs débats pour savoir si les îles appartiennent ou non aux territoires égyptien ou saoudien.

Les deux îles ont été sous contrôle égyptien depuis 1950 puis prises par Israël en 1967 jusqu'à leur reprise par l'Egypte en 1982 suite à la signature de l'accord de Camp David. Dans l'école égyptienne, les élèves apprennent que ces deux îles, où on pratique la pêche et la plongée, font partie du pays. Entre temps, les autorités ont insisté que ces îles appartiennent à l'Arabie pour justifier la décision du président.

Supposons que les îles n'appartenaient pas à l'Egypte (même si les preuves affirment le contraire), je peux toujours demander : si elles sont situées dans le territoire saoudien, pourquoi M. Sissi a-t-il reçu de l'argent en échange ? Pourquoi l'Arabie saoudite n'a-t-elle jamais revendiqué ou demandé la restauration des îles ?

Puis j'ai réalisé que le vrai problème ne réside pas dans l'appartenance ou non des îles à l'Egypte, mais dans un président qui prétend être patriotique, à la défense du pays et du peuple, tout en croyant qu'il détient la propriété exclusive de l'Egypte.

Votre Altesse, le soi-disant représentant de l'Egypte, au cas où vous auriez oublié, votre travail est de nous servir en tant que citoyens. Comment alors osez-vous prendre une décision aussi grande sans nous prévenir et sans nous même nous donner une explication claire des raisons de cette action ?

Je dois admettre que la vaste indignation des Egyptiens autour de ce problème m'a redonné de l'espoir qu'une opposition existe toujours. Des dizaines de milliers de tweets ont été publiés sur comment Sissi a vendu ses terres. Des politiciens, des révolutionnaires et des satiristes ont aussi exprimé leur colère.

Cependant, la vraie crise est de voir des gens qui ne voient pas de problème ici, pas parce qu'ils apprécient l'accord -j'aurais aimé que ce soit le cas- mais seulement car ils ne veulent pas que leur précieux Sissi apparaisse faillible.

Nous en voulions aux partisans des Frères Musulmans qui ont aveuglément suivi et défendu leurs leaders. Aux partisans de Sissi dans cet incident, que défendez-vous ? L'absence de transparence ? Etre incapable de connaitre la vérité parce que les médias sont soit partisans soit censurés ? L'absence d'un discours direct de Sissi pour clarifier les choses ? Eh bien, vous avez juste défendu aveuglément un homme -avant de connaitre la vérité exacte- contre votre pays. Pensez-y. Laissez cette idée flotter dans vos esprits.

J'ai précédemment écrit une lettre décrivant Sissi comme un échec. Cette fois-ci, c'est différent. C'est pire. L'homme a donné des terres, nos terres, des terres égyptiennes, à un autre pays sans explication, sans référendum, sans rien qui nous permettrait de nous exprimer. Et je ne vois honnêtement pas comment lui faire encore confiance pourrait être tolérable dorénavant. Parce que l'Egypte n'est pas sa propriété. Elle ne l'a jamais été et ne le sera jamais.

Cet article a été publié par Huffington Post World et a été traduit de l'anglais.