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13/02/2014 04h:32 CET | Actualisé 15/04/2014 06h:12 CET

Pourquoi le Maroc aime l'Union pour la Méditerranée

Depuis son élaboration en 2007, l'Union pour la Méditerranée suscite l'intérêt particulier des responsables marocains. Ces derniers s'efforcent de concrétiser les projets prévus par cette organisation. D'ailleurs, le secteur énergétique, l'enseignement supérieur ou la coopération sud-sud, qui constituent les axes fondamentaux de l'UPM, coïncident parfaitement avec la politique de développement du Royaume. Mais l'UPM offre au Maroc bien plus que de projets de développement.

L'élaboration de l'Union pour la Méditerranée a suscité l'intérêt de tous les pays du pourtour méditerranéen. Mais de tous ces États, le Maroc est le pays qui a montré le plus grand intérêt. Les responsables du pays ont toujours manifesté leur prédisposition à profiter de la présence de cette institution euro-méditerranéenne. En effet, ils affirment que le Royaume "demeure engagé pour le renforcement de l'UPM sur la base d'une nouvelle vision stratégique".

Justement, l'UPM prévoit le renforcement de la coopération entre les deux rives de la Méditerranée à travers la mise en place de plusieurs projets très importants, liés au développement durable, développement économique, l'échange de connaissance et l'intégration régionale. Ce qui paraît totalement conforme aux ambitions stratégiques du Maroc.

Le soutien du Maroc à l'Union pour la Méditerranée ne s'arrête pas sur ce point, au contraire, la présence marocaine est très remarquable étant donné que le pays participe à des rencontres méditerranéennes relatives à l'économie, au développement durable, à la santé, aux médias... De plus, il n'hésite pas à organiser sur son sol des Sommets de l'UPM. De cette façon, l'Etat marocain en est l'un des membres les plus actifs.

Devant cette situation, se pose la question suivante: Pourquoi le Maroc manifeste-t-il un intérêt si particulier pour l'UPM?

S'ériger en un modèle de développement dans la région

Pour assurer son développement, le Maroc se focalise sur trois secteurs de coopération très importants. Il s'agit du renforcement du développement durable par le biais des énergies renouvelables, de la collaboration culturelle et l'intégration régionale. Ces différents axes constituent les raisons d'être de l'Union pour la Méditerranée.

En premier lieu, le Royaume désire profiter de la dynamique offerte par la présence de cette organisation afin d'atteindre ses objectifs de développement durable, principalement en matière énergétique. C'est dans ce contexte que le Maroc a mis en place un plan pour la production d'énergie renouvelable. Il est, d'ailleurs, le premier pays du pourtour méditerranéen à inaugurer des installations solaires et éoliennes sur son territoire.

Ces derniers, dont le fonctionnement est programmé pour 2015, ambitionnent de produire d'ici 2020, plus de 2000 MW d'électricité. Cette énergie est nécessaire pour couvrir 42 % des besoins du pays et par conséquent permettre au Maroc d'économiser annuellement le coût de plus d'un million de tonnes de pétrole. Les économies budgétaires varieraient de 10 à 15 milliards de DH d'ici à 2030, soit 500 millions de dollars annuellement. De quoi redynamiser le développement économique et social du Royaume .

En ce qui concerne l'échange culturel, le Maroc prévoit d'élaborer sur son sol une université euro-méditerranéenne. Cette institution qui sera basée à Fès verra le jour en 2015 et permettra d'accueillir des étudiants venant des pays du pourtour méditerranéen. Là aussi, le Royaume constitue le premier pays de la Méditerranée à mettre en place un tel projet.

Conscient, par ailleurs, que la région méditerranéenne constitue un espace stratégique, le Maroc s'efforce de s'y imposer en prenant l'initiative de renforcer son intégration avec les pays du Sud de la Méditerranée. C'est dans ce registre que s'inscrit l'accord d'Agadir de 2004, qui crée une zone de libre-échange dans la rive sud. Cet accord engage actuellement le Maroc, la Jordanie, l'Egypte, la Palestine et la Tunisie, mais il reste ouvert à tous les autres États membre de l'UPM et qui disposent d'un accord d'association avec l'Union européenne.

En outre, le Maroc prolonge ses efforts en matière de coopération Sud-Sud et s'investit davantage dans le renforcement de ses rapports avec la région d'Afrique subsaharienne. De ce fait, il a été félicité par plusieurs pays africains qui le considèrent, aujourd'hui, comme le champion de la croissance énergétique et un exemple de développement, du coup, ils n'hésitent pas à demander son expertise en la matière.

En concrétisant les projets de l'UPM, il ne fait aucun doute que le Maroc constitue le pays le plus avancé dans les domaines de coopération régionale. Dès lors, il a reçu l'éloge des pays de l'Union européenne et des autres pays de la région. Ce qui fait du Royaume un modèle très important pour l'ensemble de la région méditerranéenne. Une posture recherchée par les responsables marocains afin de s'imposer comme une puissance méditerranéenne incontournable.

S'imposer comme puissance méditerranéenne

Étant considéré comme une référence en matière de développement et de coopération dans la région de la Méditerranée, le Maroc a réussi à remporter un pari diplomatique et stratégique très important. Le Royaume est désormais perçu comme une puissance méditerranéenne et africaine très influente.

Grâce à son statut, le Royaume a obtenu plusieurs avantages stratégiques vis-à-vis de l'Union européenne d'abord, qui le considère désormais comme un interlocuteur très privilégié. C'est pour cette raison que le Maroc a obtenu un Statut avancé (le premier avec un partenaire du Maghreb), et a pu rejoindre, en 2009, le Centre Nord-Sud du Conseil de l'Europe. Sans oublier enfin la signature d'un partenariat pour la mobilité destiné à faciliter le déplacement des ressortissants marocains en Europe.

À côté de l'Europe, l'émergence du Maroc comme puissance régionale en Méditerranée a poussé les Etats-Unis à renforcer ses relations de coopération exceptionnelle avec le Royaume. La signature du partenariat stratégique entre les deux pays et la visite de Sa Majesté le Roi à Washington démontrent parfaitement cette situation.

Le succès de la stratégie méditerranéenne du Maroc se matérialise ensuite en dehors de la région. Le Maroc a reçu l'invitation des pays du Golfe à adhérer au CCG, club très fermé réunissant les monarchies du Golfe. Ceci signifie que le Maroc a réussi à projeter, sur le plan international, une image d'acteur méditerranéen, arabe et africain incontournable. Ce contexte ne peut être que bénéfique pour le Royaume.

De tous ces éléments, il apparaît évident que la stratégie marocaine a réussi à atteindre ses objectifs.

Il ne faut cependant pas oublier que l'Union pour la Méditerranée se trouve toujours dans l'impasse en raison de l'absence d'une véritable coopération multilatérale entre les États membres. Un autre volet de la coopération euro-méditerranéenne que le Maroc pourrait contribuer à redynamiser, afin de renforcer encore plus son statut de puissance méditerranéenne et de constituer, une fois de plus, un modèle pour tous les autres pays de la région.

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