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01/07/2015 08h:29 CET | Actualisé 01/07/2016 06h:12 CET

Maroc: Le danger de l'obscurantisme normalisé

SOCIÉTÉ - Alors que la Constitution de 2011 garantit les libertés des citoyennes et des citoyens, et met l'égalité homme-femme au cœur de son projet de société, l'actualité marocaine de ces derniers jours menace le citoyen marocain et la citoyenne marocaine dans leurs libertés fondamentales.

Adeline Bailleul/HuffPost Maroc

SOCIÉTÉ - Alors que la Constitution de 2011 garantit les libertés des citoyennes et des citoyens, et met l'égalité homme-femme au cœur de son projet de société, l'actualité marocaine de ces derniers jours menace le citoyen marocain et la citoyenne marocaine dans leurs libertés fondamentales.

Essayant d'imposer une lecture rétrograde de la religion, s'acharnant sur la Femme et sur sa liberté, plusieurs groupes extrémistes profitent du mois sacré du Ramadan pour imposer aux Marocaines et aux Marocains un mode de vie qui n'est pas le nôtre, directement importé des idéologies de la haine et de la barbarie, avec, en guise de bouclier anti-critiques, une seule et même réplique: "il faut respecter les croyances des Marocains en ce mois". Au nom de quels Marocains nous parlent-ils? Quelles croyances imposant la haine et la violence nous faut-il respecte ? Et depuis quand est-ce que le mois de Ramadan, mois de la spiritualité et du Pardon, justifie-t-il des actions liberticides?

Censure, arrestations, appels à l'application de lois totalitaires dans l'impunité générale, autant d'actions, qui, passées sous le silence complice des forces conservatrices, ont fini par poser la question du vivre-ensemble marocain, de la pérennité du modèle marocain de tolérance et de respect de la diversité de notre tissu sociétal.

Questions auxquelles les Marocains ont choisi de répondre d'une seule voix, rappelant à ceux qui en doutaient leur attachement à une liberté chèrement acquise: "Non". Non à la marrée obscurantiste; Non au silence des autorités; Non au retour en arrière.

Ne pas lire l'ensemble de ces actions à l'aune d'une actualité mondiale ensanglantée par le terrorisme et l'extrémisme reviendrait à se leurrer, ou à en minimiser la portée.

Afficher une inscription sur une plage, imposant des normes vestimentaires données à des citoyens et des touristes, leur interdisant à mots à peine "voilés" de sa baigner en plein été, est une violation des libertés individuelles et ne devrait en aucun cas passer sous silence. L'arrestation des deux jeunes femmes d'Inezgane, dont la tenue a été jugée "indécente", mais dont l'agression par un groupe de mâles violents a été considérée "normale", est une preuve accablante qu'une idéologie totalitaire, voulant imposer ses propres normes, en profitant du silence complice d'un gouvernement plus occupé à protéger son électorat que l'essence même de la citoyenneté dans un Etat de droit, est en train de menacer la stabilité de notre pays.

Arpenter les ruelles de Tanger, de Fès ou d'Oujda, en criant à qui peut bien l'entendre que les femmes doivent se couvrir, agresser verbalement des femmes pour les "inciter" à suivre un code vestimentaire donné, constitue un autre signal du danger auquel nous sommes aujourd'hui confrontés.

Notre situation à cela d'absurde que nous nous retrouvons aujourd'hui obligés de sortir scander dans la rue le caractère "non-criminel" du port d'une robe. Oui, parce que c'est bien pour cela que nous nous sommes mobilisés dimanche soir, comme pour nous rappeler cette ambiance régressive et menaçante dans laquelle nous vivons depuis la recrudescence de l'extrémisme.

D'aucuns disaient qu'il ne sert à rien de rendre vertueux un cercle vicieux quand il devient irréversible. Il est de notre devoir aujourd'hui, pour notre avenir et celui de notre nation, de nous tenir debout face à la barbarie; de rappeler à qui de droit que nous nous dresserons devant toute tentative de déstabilisation, que le Maroc, carrefour des civilisations, demeurera l'alliage harmonieux de l'amazighité, de l'Afrique subsaharienne, de l'Andalousie, du monde arabe, de l'islam tolérant, du judaïsme; de dire à ceux qui veulent notre fin que le peuple marocain est né de cette diversité, qu'il a grandi au cœur de cette richesse culturelle et que nous ne sommes pas prêts à nous départir de ce qui fait notre identité.

Aucune idéologie ne pourra venir à bout de la détermination du peuple marocain à conserver ses acquis, et à se construire un avenir prospère fait d'ouverture et d'échange avec le monde, et à ne pas se laisser prendre dans les chaînes du totalitarisme, et de venir à bout de ces groupes "pré-terroristes" qui naissent et qui n'écloront pas: le 28/06/2015, tel a été l'engagement du peuple marocain.

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