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17/11/2015 13h:35 CET | Actualisé 17/11/2016 06h:12 CET

Quand le jour du "fascisme" est arrivé...

TERRORISME - Ce vendredi 13 novembre, ce n'était pas l'avènement du retour du califat mais bien celui du fascisme, qui est venu dispenser la mort à Paris. Qu'on ne s'y trompe pas, plus que la France, c'est la jeunesse qui a été visée. Qu'on ne s'y trompe pas, plus que l'effet collatéral d'une géopolitique complexe, c'est une idéologie qui s'est affirmée dans le sang et les larmes. Qu'on ne s'y trompe pas, plus que l'Europe ou l'Occident, c'est un modèle de société qui a été attaqué par le feu et la ferraille. Qu'on ne s'y trompe pas, plus que la vengeance, c'est la mort qui a été mise en scène et méthodiquement prescrite.

TERRORISME - Ce vendredi 13 novembre, ce n'était pas l'avènement du retour du califat mais bien celui du fascisme, qui est venu dispenser la mort à Paris. Qu'on ne s'y trompe pas, plus que la France, c'est la jeunesse qui a été visée. Qu'on ne s'y trompe pas, plus que l'effet collatéral d'une géopolitique complexe, c'est une idéologie qui s'est affirmée dans le sang et les larmes. Qu'on ne s'y trompe pas, plus que l'Europe ou l'Occident, c'est un modèle de société qui a été attaqué par le feu et la ferraille. Qu'on ne s'y trompe pas, plus que la vengeance, c'est la mort qui a été mise en scène et méthodiquement prescrite.

Qu'on ne s'y trompe pas, à Paris, ce vendredi 13, c'est la volonté de purifier le monde en tuant partout où ils sont les "impurs" et les "kouffar" ("mécréant" au pluriel) qui a fait son œuvre. S'il y a une dimension nihiliste dans ce carnage et qu'il se produit dans un contexte particulier, il est bien pourtant l'aboutissement d'une forme ancienne d'idéologie, bien connue par l'histoire des idées politiques: le fascisme niant l'individu et l'humanisme et qui s'oppose frontalement à la démocratie et à l'Etat libéral. Le fascisme a toujours commencé à faire régner la terreur dans la rue en s'en prenant aux personnes avant les autorités de l'Etat, pour créer un affaiblissement moral propice à la révolution.

C'est pour cela que l'Islam n'est pas plus le moteur de ce terrorisme jihadiste que ne l'ont été la nation politique ou la culture européenne chrétienne pour le fascisme italien ou pour le nazisme. Certes, ce sont des substrats permettant une explication du tout, un totalitarisme au sens où on l'entend en science politique, mais les ressorts de ces fascismes sont tout autres. Cette nouvelle filiale idéologique du fascisme qu'est le jihadisme, justifiant sa lutte contre "l'ordre mondial" en mobilisant grossièrement certains éléments culturels et religieux de l'Islam, a en commun, avec ses funestes ancêtres, une vision apocalyptique de la révolution, se mêlant souvent avec des désirs morbides, et une obsession du pur et de l'impur.

Des exécutions théâtrales jusqu'aux attentats, Daesh prémédite toujours judicieusement ses actions pour mettre en scène l'apocalypse et ses chevaliers qui portent courageusement la mort aux "impurs", jusqu'à parfois, ultime geste cathartique, se la donner eux-mêmes. Leur but est pourtant simple à comprendre: ils sont persuadés qu'ils renaîtront de l'apocalypse et que du chaos surgira leur règne. Ce sont des révolutionnaires qui ont un discours sur la mondialisation capitaliste et sur ceux qu'ils jugent en être les maîtres, sur les inégalités matérielles, sur les relations internationales et plus particulièrement sur les rapports de forces injustes, et qui le mettent en oeuvre. Et, quand bien même leurs interprétations et les solutions qu'ils proposent pourraient paraître bêtes et grossières, tel un venin, elles se diffusent, annihilant les effets de certains anticorps.

Bref, Daesh est le résultat d'une idéologie et produit du sens sur ses actions qui, paradoxalement, nous paraissent nihilistes. Qu'on ne s'y trompe pas, à Paris, c'est leur vision apocalyptique de la révolution qu'ils ont mis en scène. Ils l'ont déjà mise en scène ailleurs, au Nigéria, en Irak. Et ils continueront parce qu'ils veulent une révolution pour prendre le pouvoir.

Celles et ceux qui s'émeuvent du fait que les médias français et occidentaux couvrent plus ce terrible massacre que d'autres horreurs commises se trompent. Tout d'abord, les médias diffusent allègrement les informations, et parfois les images, des drames et des attentats partout dans le monde. Ensuite, il est bien évident que les médias nationaux vont insister beaucoup plus sur ce qui les touche au plus près. Et concernant notre pays, n'oublions pas que la France est le pays qui reçoit le plus de Marocains au monde et les Français sont la première population étrangère installée et touristique au Maroc.

Il y a de ce fait des liens très forts qui nous unissent et qui se matérialisent de différentes manières, notamment par la langue et le métissage. Il est donc normal que nous soyons très touchés par ces attentats, surtout que Paris n'est qu'à trois heures de vol. Beaucoup de nos compatriotes ont des amis français, ou même des membres de famille par alliance, qui ont été touchés par cette boucherie, voire qui ont perdu la vie. Et les décomptes macabres nous informent qu'au moins un jeune marocain a été tué alors qu'il dînait tranquillement avec son épouse. Nous sommes Paris, parce que nous sommes à Paris et que Paris est chez nous... cela fait partie de notre réalité.

"C'est arrivé chez nous en 2003, et on ne disait pas que le Maroc le méritait"

De plus, celles et ceux qui pensent que la France n'a reçu que ce qu'elle mérite parce qu'elle a porté la guerre, pensent très mal. Je l'ai exprimé, ce n'est pas la France qui a été visée, mais sa jeunesse, métissée, sortie se divertir. Daesh frappe partout où il le peut et continuera à le faire, en France, au Maroc et ailleurs. Ce qui arrive en France, en réalité, nous arrive un peu à nous aussi, car cela nous est déjà arrivé en 2003 et on ne disait pas alors que le Maroc le méritait.

Ces personnes non seulement pensent très mal mais légitiment ainsi cette hécatombe qui a touché des individus, des innocents, et même des Marocains. Elles pensent d'autant plus mal qu'il semblerait que le commanditaire de ce carnage barbare soit marocain et que Daesh menace les Marocains depuis longtemps. Dans un monde global, interconnecté, ce qui touche les uns, touche les autres.

C'est pour cela que nous devons à la fois mieux réfléchir sur ce que nous sommes - si nous sommes pluriels et métissés, le jihadisme, ce cancer de la modernité, nous contamine peu à peu - et à la fois être prêts à plus s'ouvrir sur le monde pour y participer en y portant notre contribution, mais pour cela il faut pleinement adhérer aux valeurs universelles de l'humanisme et de la démocratie. Ce double mouvement est une exigence, nous n'avons pas le choix, sinon notre monde sera détruit.

La France non plus n'a pas le choix: elle doit encore plus s'ouvrir tout en réglant ses problèmes internes. Il faut plus de coopération internationale dans la lutte sécuritaire mais en même temps moins de frontières pour que les circulations déjà existantes ne soient plus frustrées et réprimées comme c'est le cas aujourd'hui pour certaines catégories de population.

Il faut plus de réaffirmations des valeurs politiques et de cohésion, mais en même temps être capable d'écouter sans les discréditer les paroles désabusées des exclus qu'a produit le capitalisme néolibéral. Bref, plus de mondialisation et, pour ce qui nous concerne, plus de Méditerranée. Ou, pour le dire encore autrement, plus de politique et moins de bombes!

Galerie photo Sit-in de solidarité avec la France à Casablanca Voyez les images