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08/02/2018 09h:06 CET | Actualisé 08/02/2018 09h:06 CET

E-santé en Afrique: le remède miracle pour une population isolée?

Peopleimages via Getty Images

SANTÉ - Si dans certaines zones privilégiées d'Afrique, notamment au nord, le secteur de la santé se modernise à une vitesse grand V et la plupart des habitants ont accès à des soins de qualité, se soigner reste un privilège dans ce continent victime de croissance démographique accélérée et dans lequel financer le développement de ce secteur n'est pas une priorité pour de nombreux États aux économies fragiles.

Selon un récent rapport publié par l'Organisation mondiale de la santé (OMS), l'Afrique sub-saharienne compterait aujourd'hui seulement un médecin ainsi que dix lits d'hôpitaux pour un peu plus de 10.000 habitants. Conséquences: les centres de soins sont saturés, les effectifs complètement dépassés, les infrastructures se dégradent, les médicaments manquent et beaucoup trop de patients attendent des heures avant d'être renvoyés chez eux sans même avoir pu consulter de spécialiste.

Coincés entre l'urgence d'agir - car les problèmes de santé n'attendent pas - et l'accès difficile aux soins, chaque année, des milliers de patients quittent leurs pays pour se faire soigner à l'étranger. Pour ceux qui n'en n'ont pas les moyens, ils se plient aux règles locales. Dans un continent où être en parfaite santé a un prix fort, Valentin Yameogo, cardiologue burkinabé qui s'est récemment lancé le défi audacieux de créer une salle de coronarographie au sein de l'hôpital de Ouagadougou pour soigner ses concitoyens dans son pays, commente: "les maladies cardiovasculaires constituent la première cause de mortalité dans la population adulte en Afrique subsaharienne. Ici, lorsqu'une personne victime d'un infarctus est prise en charge dans un hôpital, ce sont cinq autres qui décèdent sans avoir eu accès à une structure spécialisée et adaptée. Les infrastructures manquent. De ce fait, nous sommes contraints d'évacuer en urgence certains de nos patients vers le Maghreb, le Sénégal et la France. L'ambition de notre projet est de mettre en place une structure de prise en charge de ces maladies coronaires à Ouagadougou pour offrir à nos concitoyens un traitement optimal sur place".

Au-delà des initiatives locales mises en œuvre qui bien souvent ont du mal à voir le jour pour des raisons financières, l'Afrique compte sur les nouvelles technologies pour soigner ses patients. Cela fait d'ailleurs plus de douze ans que l'OMS pointe du doigt la nécessité de développer plus rapidement le secteur de l'e-santé. Selon les experts, le numérique est un facteur clé qui permettra l'expansion de la couverture sanitaire universelle en faisant tomber certaines barrières comme les coûts, l'accès compliqué ou le manque de qualité des soins, tout en étendant la gamme des services proposés en particulier dans les régions où les infrastructures et le personnel sont rares ou inexistants.

Problème: comment les innovations high-tech dépendantes pour la plupart d'Internet pourraient-elles améliorer la santé d'un peuple vivant dans la région qui enregistre le plus faible taux de connectivité au monde?

Autre problème: l'e-santé favorise l'automédication, une pratique dite responsable et autonome permettant aux personnes malades de soigner des petits maux tels qu'un rhume, une migraine ou encore des troubles digestifs passagers sans passer par une consultation médicale. Un gain de temps? Oui. Une ouverture pour mieux soigner les populations isolées? Sûrement. Mais est-il possible d'empêcher la surconsommation, de limiter le mauvais usage et d'interdire la constitution de stocks de médicaments à distance? Cela semble être très compliqué. Et que faire lorsqu'une intervention d'un expert sur place est requise? Cela nous renvoie à la problématique de départ.

Si la technologie ne peut être la médecine de demain, elle peut néanmoins aider ce secteur à se développer. La complémentarité entre les humains et les machines pourra notamment contribuer à améliorer la transmission d'informations entre les professionnels de santé et les patients, à assurer un suivi médical continu de bonne qualité grâce à des indicateurs automatisés, à intervenir plus vite, plus loin et avec des coûts réduits, à hiérarchiser les consultations via la télémédecine ou encore à apporter une meilleure qualité et plus grande diversité des soins proposés dans les centres hospitaliers qui aujourd'hui croulent sous la demande trop importante d'une population grandissante.

Dans ce contexte, entre inquiétudes et espoirs, l'avenir du secteur de la santé en Afrique semble être contrasté et parfois même contesté par des experts inquiets de l'utilisation de la data fournie par les patients à des entreprises privées qui surboostent la digitalisation du secteur pour sauver des millions de vie en échange de milliards de dollars. Face à cette révolution numérique, trouver un juste équilibre entre les interventions des humains et celles des machines sera sûrement l'un des principaux défis des sociétés modernes.

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