LES BLOGS
11/11/2015 12h:45 CET | Actualisé 11/11/2016 06h:12 CET

Vladimir Poutine, nouveau tsar de Syrie?

GÉOPOLITIQUE - Même si la piste terroriste dans le crash de l'avion russe dans le Sinaï égyptien, le 31 octobre, n'a toujours pas été confirmée - malgré la revendication de l'acte par l'Etat islamique (Daech) -, tout semble indiquer que l'intervention russe en Syrie est en train de changer la donne géopolitique au Moyen-Orient, en l'espace de quelques semaines seulement.

Wikimedia Commons

GÉOPOLITIQUE - Même si la piste terroriste dans le crash de l'avion russe dans le Sinaï égyptien, le 31 octobre, n'a toujours pas été confirmée - malgré la revendication de l'acte par l'Etat islamique (Daech) -, tout semble indiquer que l'intervention russe en Syrie est en train de changer la donne géopolitique au Moyen-Orient, en l'espace de quelques semaines seulement.

La visite du président syrien Bachar Al Assad à Moscou, le 20 octobre, son premier déplacement à l'étranger depuis le début de la guerre en 2011, témoigne du changement de cap dans la résolution du conflit syrien, en remettant sur la table la question du départ de Bachar Al Assad. Le 23 octobre, les ministres des Affaires étrangères de Russie, d'Arabie Saoudite, de Turquie et des Etats-Unis se sont réunis à Vienne dans le but de trouver une solution à la crise syrienne.

Suite à l'échec des pourparlers de Genève, cette réunion remet en relief l'importance d'une solution politique en Syrie, alors que les radars, notamment américains, avaient été projetés sur l'Etat islamique, par le biais de la coalition américaine contre le groupe terroriste. Tous les éléments semblent pointer sur une tactique stratégique de Moscou d'adoption d'une approche westphalienne, à savoir: garder Bachar Al Assad, sur un court-terme, afin de ne pas engager toute action soudaine et radicale risquant d'instaurer un chaos politique dans le pays, et dans la région toute entière, profitant à l'Etat islamique.

Cette intervention fait suite à la demande faite au Kremlin par le président syrien, mais aussi par les gouvernements égyptien et irakien, de combattre les "terroristes". L'opération militaire russe demeure en renforcement de celle effectuée par l'armée syrienne, et même si l'objectif primaire de la Russie était la lutte contre l'Etat islamique, les frappes russes se dirigent majoritairement contre les opposants du régime syrien.

L'intervention russe a permis de capturer trois provinces: Hama, Lattaquié et la plaine d'Al Ghaib, connues pour abriter des opposants du régime de Damas, et non pas des membres de l'Etat islamique. La Russie poursuit son offensive dans la région d'Alep, d'Homs et dans l'Est de Ghouta - où a eu lieu l'attaque chimique de 2013.

Il est clair que l'intervention russe profite de la fragilité de la logistique des opposants du régime syrien et des fractures de plus en plus profondes qui n'ont pas été aidées par l'intervention iranienne malgré la réussite en demi-teinte du cessez-le-feu dans la ville de Zabadani. A Bruxelles, où siège l'OTAN, l'intervention russe est perçue comme un pied-de-nez à l'influence de l'OTAN de la région.

Alexandre Vershbow, vice secrétaire-général de l'organisation politico-militaire, a affirmé "qu'il faudrait dorénavant s'attendre à ce que la Russie reste en Syrie pour une longue durée maintenant". Il est important de souligner que l'offensive russe a d'abord été initiée par le déploiement de la flotte russe en Méditerranée, après que Chypre a donné son feu vert à Moscou, à travers la présence de missiles anti-aériens qui compliquent une possible manœuvre militaire de l'OTAN en Syrie.

LIRE AUSSI:La coalition "bis" en Syrie: imposture russe et béatitude américaine (BLOG par Hassane Saoudi)

Ce déploiement est aidé par la présence russe à Tartous, base navale russe de soutien logistique. Le scénario reste similaire à celui opéré en Crimée, à savoir, le stationnement de forces navales russes dans le but de contrer le pouvoir opérationnel de l'OTAN. La Russie semble donc bien comprendre que le déploiement d'une puissance navale sur les côtes syriennes, aidé par un renforcement sur le sol, fait du Kremlin une force majeure dans une possible sortie de la crise syrienne. D'autant plus que l'Etat Islamique ne bénéficie pas d'une offensive aérienne, même si tout porte à croire que l'EI est en passe de recruter des anciens pilotes irakiens ou encore de l'étranger.

A Washington, l'administration Obama, en fin de mandat, se plonge dans un laissez-faire de plus en plus voyant, et favorise une solution politique de médiation et de dialogue. En l'absence de stratégie précise américaine en Syrie, les Etats-Unis semblent ne pas critiquer l'offensive russe en Syrie, car elle survient à un moment où les Etats-Unis préfèrent garder des troupes en Afghanistan, et où la question d'une implication américaine plus importante en Syrie requiert un budget substantiel - chose qui peut être freinée par le Congrès à majorité républicaine.

Ajouté à cela, Washington préfère se tourner vers son allié traditionnel et historique dans la région, à savoir Israël, comme le prouve la visite du 9 novembre de Benjamin Netanyahu à la Maison Blanche, première visite depuis la réélection du Premier ministre Israélien, alors que l'Arabie Saoudite se tourne de plus en plus vers la Russie.

La Russie, ainsi, joue un véritable coup de poker, et a réussi à rassembler autour de la table des négociations des puissances rivales, comme en témoigne l'invitation faite à l'Iran, pour le second round des pourparlers à Vienne au moment où la République islamique fait le deuil de plusieurs de ses officiers militaires partis combattre en Syrie. Car même si le début de la solution syrienne semblait se pencher favorablement du coté de Téhéran il y a plusieurs semaines, Moscou se place de plus en plus comme étant un élément de solution dans l'équation syrienne.

Galerie photo La guerre vue par les enfants syriens Voyez les images