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25/06/2015 09h:34 CET | Actualisé 25/06/2016 06h:12 CET

Vers une course à l'armement nucléaire au Moyen-Orient?

danielfoster437/Flickr

ARMEMENT - Alors que l'échéance, fixée au 30 juin, des accords sur le nucléaire iranien entre le groupe P5+1 (Chine, Etats-Unis, France, Royaume-Uni, Russie et Allemagne) et Iran approche à grands pas, l'Arabie Saoudite, la première puissance économique de la région et rivale de la République islamique, a déclaré vouloir se doter de l'arme nucléaire si les accords sur le nucléaire iranien ne parvenaient pas à voir le jour.

L'ambassadeur saoudien au Royaume-Uni, le prince Faisal Bin Saoud Bin Abdelmohsen, a affirmé le 8 juin, que "toutes les options restaient possibles (...) Nos alliés (les Etats-Unis, ndlr) ne nous écoutent pas, ce qui nous rend extrêmement nerveux". Ces propos surviennent après l'épisode du Sommet de Camp David, tenu le 14 mai, entre les Etats-Unis et les chefs d'Etats des pays du Golfe qui a fait couler beaucoup d'encre, en raison de l'absence du souverain saoudien.

Le Sommet, dont l'ambition première était de rassurer les pays du Golfe quant aux intentions américaines envers l'Iran, et notamment par rapport à la question du nucléaire, semble avoir eu un succès mitigé. L'Arabie Saoudite, par le biais de son ambassadeur au Royaume-Uni, a adressé un message clair aux Etats-Unis. Ce qui pose une question essentielle: toute ingérence étrangère au Moyen-Orient est-elle forcément vouée à l'échec?

Dans une tribune au Washington Post, le journaliste américain et expert du Moyen-Orient, Fareed Zakaria, souligne qu'il est de l'ordre de l'imaginaire de concevoir que l'Arabie Saoudite puisse se doter de l'arme nucléaire tant le pays peine à rattraper son retard dans le domaine de l'éducation - car un programme nucléaire nécessite bien logiquement la mobilisation et la création d'un corps d'experts - tout en mettant en relief que la posture soudaine de l'Arabie Saoudite ne démontre qu'un surplus d'émotions dans la conduite de sa politique étrangère.

L'achat d'une bombe nucléaire, d'autre part, reste des plus incertains. L'Arabie Saoudite pourrait décider de se tourner vers le Pakistan, possédant l'arme nucléaire, afin de se doter d'une bombe nucléaire dans l'immédiat et ainsi économiser le temps d'une mise en place d'un programme nucléaire saoudien qui risquerait de prendre de nombreuses années, l'Arabie Saoudite ne possédant pas de centrales nucléaires. Toutefois, il n'est pas dit que le Pakistan acceptera de vendre une bombe nucléaire à l'Arabie Saoudite, même si cette dernière a largement financé le programme nucléaire de ce pays. La peur d'une escalade des tensions entre le Pakistan et l'Iran voisin expliquerait la position neutre d'Islamabad vis à vis de Riyad.

L'armement nucléaire: un jeu de dissuasion avant tout

L'Arabie Saoudite, malgré son positionnement officiel de pays opposé à l'arme nucléaire suite à son adhésion au traité de non-prolifération nucléaire et de membre de la coalition d'Etats demandant l'instauration du programme "Nuclear-Weapon Free Zone" au Moyen-Orient, a adopté lors de ses récents mois une position radicalement différente de sa tradition non-interventionniste dans la région du Moyen-Orient.

L'opération Tempête Décisive au Yémen prouve à quel point l'Arabie Saoudite est en train de changer de cap dans sa politique étrangère. Certes, en 2011, le pays à envoyé des troupes au Bahreïn, suite à la montée des contestations de la communauté chiite contre la dynastie sunnite des Khalifa. Mais le Yémen constitue une première, car il s'agit d'une opération militaire stricto sensu, par l'Arabie Saoudite.

Le remaniement du gouvernement saoudien et le changement de règne récent a aussi pour conséquence une ambition plus agressive envers l'Iran et les minorités chiites au Moyen-Orient, alors que Téhéran se contente jusque là d'une politique militaire défensive et non-interventionniste.

Car même si la guerre au Yémen ne semble pas produire de "victoire" substantielle pour l'Arabie Saoudite, Riyad a bien compris que dans le domaine du nucléaire, le jeu de dissuasion était roi, tout en montrant que le pays pouvait tout à la fois intervenir militairement.

Le journal Foreign Policy estime ainsi, à l'inverse du journaliste Fareed Zakaria, que l'Arabie saoudite serait tout à fait en capacité de se doter de l'arme nucléaire. Arguments avancés: d'une part, le pays a déjà mis en place un programme nucléaire civil, et d'autre part, l'acquisition d'une arme nucléaire n'est plus aussi compliquée qu'il y a 70 ans car les infrastructures sont aujourd'hui relativement faciles à mettre en place.

En outre, l'Arabie Saoudite pourrait décider d'importer de l'uranium de Jordanie, qui ne possède pas les moyens de l'extraire et qui ne tournerait pas le dos à une nouvelle source de revenus alors que sa stabilité politique est de plus en plus menacée.

Les Etats-Unis semblent être les plus à même de contrer cette escalade de tensions entre l'Arabie Saoudite et l'Iran. En 2009, Hilary Clinton parlait d'un "parapluie défensif" à l'égard de l'Arabie Saoudite au Moyen-Orient si l'Iran décidait de se doter de l'arme nucléaire. Toutefois, ces propos restent caducs aujourd'hui car les Etats-Unis peinent à conforter les monarchies du Golfe qui se tournent vers des pays comme la France, dans un contexte géopolitique de plus en plus incertain.

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