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12/05/2015 09h:27 CET | Actualisé 12/05/2016 06h:12 CET

Quelle place pour le Maroc dans le conflit au Yémen?

Wikimedia Commons

INTERNATIONAL - La disparition, le 10 mai, d'un avion F-16 des Forces Armées Royales dans la région de Saada participant à la coalition menée par l'Arabie Saoudite contre l'insurrection houthiste au Yémen, met en exergue l'implication du Maroc dans un conflit pluri-dimensionnel. Cet événement survient quelques jours après la visite officielle de Mohammed VI à Riyad pendant laquelle le souverain a affirmé "la solidarité entière" du Maroc à l'Arabie Saoudite dans ses actions au Yémen afin de contrer "toute tentative de nature à menacer la paix et la sécurité dans la région toute entière".

Le Chef du gouvernement, Abdelilah Benkirane, à l'occasion du 9ème Forum Al Jazeera sous le thème "Le conflit et le changement dans le monde arabe", a confié à la chaîne d'information Al Jazeera que le Maroc "soutient ses frères dans les pays du Golfe dans cette 'Tempête'". Le Maroc demeure le seul pays d'Afrique du Nord, hormis l'Egypte, à faire partie de la coalition menée par l'Arabie Saoudite aux cotés de 7 pays arabes - tout en bénéficiant du soutien des renseignements américains et de l'appui de pays tels que la Turquie.

Malgré le fait que le soutien militaire du Maroc soit relativement inférieur par rapport aux autres pays de la coalition (le Maroc a mobilisé 6 avions F-16 alors que des pays comme les Emirats Arabes Unis ont engagé 30 avions de combat), le Maroc semble se placer dans une position de soutien stricto sensu à l'Arabie Saoudite sans pour autant tenir de propos directs à l'encontre de la communauté houthi au Yémen - ni même vis-à-vis de l'ingérence de pays comme la République islamique d'Iran - comme semble le faire l'Arabie Saoudite.

Le Maroc, allié inconditionnel des monarchies du Golfe

La crise au Yémen est souvent illustrée comme une guerre de proximité entre l'Arabie Saoudite wahhabite, d'une part, et l'Iran chiite, d'autre part. Dans un article paru dans Courrier International, traduit du journal algérien "Liberté", l'auteur défend la thèse selon laquelle, l'identité arabe suppose d'adhérer à l'islam sunnite et la condamnation de l'Iran.

C'est donc une véritable guerre froide new age que se livrent l'Arabie Saoudite et la République islamique sur différents fronts tels qu'en Syrie ou encore au Liban par le biais du parti du Hezbollah, comme le prouvent les récents propos du Secrétaire Général du parti, Hassan Nasrallah, réitérant ses critiques envers l'Arabie Saoudite au Yémen.

L'annonce d'une trêve humanitaire et d'un cessez-le-feu, à compter du 12 mai, arrive au moment même où l'Iran décide d'envoyer un cargo de 2.500 tonnes d'aide humanitaire en direction du port de Hodeida à destination des milices houthis.

En prenant position avec l'Arabie Saoudite, le Maroc affiche clairement son ambition de contrer, aux cotés des pays arabes, la montée de la puissance iranienne dont l'avenir devient davantage certain par la réussite d'accords sur des points clés du nucléaire iranien, notamment avec les Etats-Unis.

Ces nouvelles mesures promettant la levée des sanctions à l'encontre de l'Iran ne manqueront pas de propulser la République islamique sur le devant de la scène économique régionale grâce aux multiples réserves d'hydrocarbures et de de gaz du pays, ainsi que les diverses promesses de retour de firmes étrangères telles que l'entreprises américaine Chrysler ou encore la française Renault.

Face à l'instabilité politique régnante au Moyen-Orient ainsi qu'à la pression de la demande quotidienne en hydrocarbures, de nombreux pays décident de se tourner vers un nouvel allié: l'Iran, de peur de voir des cas comme la Libye se multiplier, car même si l'avenir de l'Arabie Saoudite, forte de sa production de 10 millions de barils chaque jour, n'est pas fragilisé, de nombreux pays se questionnent sur le futur réel des pays arabes exportateurs de pétrole.

La visite du Secrétaire d'Etat américain, John Kerry, à Riyad durant la semaine du 7 mai, montre à quel point l'Arabie Saoudite cherche des alliés de taille dans sa lutte contre le chiisme iranien- au moment même où la monarchie du roi Salmane tente aussi une offensive de charme envers la France sur le nucléaire iranien.

Or, la non participation du souverain Salmane eu sommet Camp David, censé se tenir cette semaine du 11 mai, et organisé par le président américain Barack Obama dans le but de "réassurer les pays du Golfe quant à la position des Etats-Unis à l'égard de l'Iran", permet à la République islamique de critiquer l'attitude de Riyad et d'asseoir sa crédibilité sur la scène diplomatique internationale. Cela montre aussi que l'Iran est un allié de taille, à l'heure où des allégations sont faites quant à l'envoi de conseillers militaires iraniens au Yémen, qui participent au renforcement de l'ingérence iranienne dans le conflit.

Néanmoins, il n'en reste pas moins que ce conflit idéologique teinté d'interventions armées met en relief une bipolarité dans la région, à laquelle le Maroc a pris part, et dont l'issue dépend de la place future conférée à l'Iran, notamment pas les pays occidentaux.

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