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02/02/2018 13h:34 CET | Actualisé 02/02/2018 13h:34 CET

Il est impensable que la France n'aide pas la Tunisie "comme on aide un frère ou une sœur"

POOL New / Reuters

A l'assemblée des représentants du peuple, Emmanuel Macron s'est adressé aux députés présents, avec humilité pour leur parler de la France et de la Tunisie, de bien d'autres sujets encore. En matière économique, le chef d'Etat a promis le doublement des investissements de la France en Tunisie d'ici la fin du quinquennat. Et alors ?

Examinons tout cela et ce qu'il en est de nos rapports bilatéraux.

De ce côté de la Méditerranée, vu de Paris ou de Montpellier, nous nous effrayons de ce qui se passe en Libye, nous craignons que les islamistes déstabilisent vos pays, que les pouvoirs sont/soient corrompus, que les migrants affluent, que l'Algérie bascule, que le Maroc sombre, que la Charia puisse régenter un jour vos vies et je ne sais quoi encore. La liste est longue des peurs réelles ou supposées, des clichés aussi.

Lorsque l'on vient/venait en Tunisie, de ce côté de la Méditerranée, c'était/c'est pour lézarder dans les beaux hôtels de Djerba ou de Monastir et pour le Maroc, de se fondre dans les souks de Marrakech ou d'aller à Agadir. De se faire bronzer, de manger le/du couscous, de boire un thé à la menthe, puis d'acheter des babioles ici ou là. C'est très folklorique tout cela. On y ajoute une balade/promenade en chameau dans le désert et la visite du souk local. Cela ne veut pas dire que nous soyons forcément méchants. Mais, l'on regarde les choses souvent de très haut et de très loin. Fut-ce à deux heures d'avion de Paris.

Mais, ce que l'on ne voit pas, ce sont les gens. Ce que l'on voudrait voir, c'est que nous leur parlions avec gentillesse, parce qu'ils sont proches de nous. Ce que l'on voudrait voir, c'est que l'on s'inquiète de savoir comment vivent les gens, de ce côté-ci de la Méditerranée. Ce que l'on aimerait notamment lorsque l'on parle de la révolution tunisienne, c'est d'en comprendre le sens, le pourquoi et le comment. Ce que l'on aimerait, ce n'est pas simplement de savoir que les conditions économiques et sociales sont difficiles et que c'est tant pis et que c'est dommage et qu'au final, les tunisiens se débrouillent entre eux. On a/aurait d'autres choses à faire et puis l'on a aussi nos problèmes, ma pauvre dame.

Ce que l'on ne comprend pas bien c'est que les tremblements de terre et les tsunamis ne s'arrêtent pas à la frontière. Lorsque la mer est déchaînée, les vagues ne connaissent pas de frontière. Lorsqu'un volcan entre en éruption, ses cendres se déversent partout. C'est un peu comme cela, en vérité. Les séismes politiques qui affectent le Maghreb peuvent nous affecter directement. Les difficultés économiques entraîneront des difficultés politiques qui entraineront des vagues de protestation, des instabilités chroniques. Les détresses économiques et le chômage vont susciter des désespérances telles que les flux de migrants vont grossir, les passeurs s'enrichir et la Méditerranée être une tombe. En Europe, vous savez, on n'aime pas trop les immigrés. On ne veut pas les voir débarquer.

Alors, il importe plus que jamais d'aider financièrement la Tunisie.

A plus d'un titre. Nous fûmes une puissance occupante et la Tunisie, un protectorat. Ne l'oublions, tout de même pas. Le peuple tunisien est un peuple ami, ne l'oublions pas. L'amitié n'est pas un dû, elle se gagne en gage d'amitié. Les relations bilatérales sont bonnes ? Alors, développons-les. Pourquoi se contenter du peu ou du pas assez ? La Situation en Tunisie est difficile, mais la Tunisie est/devient/se construit comme une démocratie, imparfaite peut-être. Mais, encourageons-les. L'économie tunisienne a besoin d'être boostée, alors aidons-là.

Macron l'a dit à Tunis: "le modèle tunisien" ne doit pas "échouer". Pour le chef de l'Etat, la Tunisie est le seul pays où le Printemps arabe de 2011 a fait naître la démocratie et il est impensable que la France n'aide pas la Tunisie « comme on aide un frère ou une sœur ».

Tout est dit.

Comportons-nous de ce côté de la Méditerranée en frères utiles. Investissons en Tunisie? Développons son économie, sous une forme participative. Cela boostera nos entreprises, cela boostera leur économie.

Et puis, lorsque l'on est un frère ou une sœur, on aime vraiment. Permettez-moi pour conclure de personnaliser ce texte. L'auteur de ces quelques lignes avait une mère juive de Tunisie. Elle m'a inculqué l'amour de votre pays. Lorsqu'elle parlait de la Tunisie, elle souriait. Parce qu'au fond, c'est cela la Tunisie, un sourire, une fleur de jasmin, la douceur, la tendresse, de la beauté qui fait chaud au cœur. Et lorsque l'on est un frère ou une sœur, l'on n'abandonne pas ses frères. On se réjouit de les voir sourire. Et si cela ne va pas, on vient les aider, on retrousse ses manches et au boulot.

L'amour, voyez-vous j'y crois encore.

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