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07/08/2015 19h:39 CET | Actualisé 07/08/2016 06h:12 CET

La problématique de la stabilité politique et sociale et du renouveau patriotique (PARTIE III)

Lire les deux premières parties de la contribution ""La problématique de la stabilité politique et sociale et du renouveau patriotique":

2. Les facteurs de la stabilité politique et sociale et du renouveau patriotique:

La stabilité suppose par définition l'équilibre dynamique des systèmes complexes qui sont à la base de la vie et de l'évolution d'une société. Or l'équilibre d'une société doit être compris dans son sens large avec l'ensemble de ses déterminants, historiques, sociaux, économiques, culturels et politiques. Il est le produit de dynamiques complexes. La stabilité ne peut être un don de la nature. Elle ne peut être prédéterminée et encore moins imposée. Elle est dynamique et est mise en permanence à l'épreuve. Elle se construit donc. Elle doit être ainsi l'œuvre collective d'une collectivité nationale prenant toujours plus conscience de sa nécessité et de ses exigences, améliorant sans cesse sa consistance et sa solidité.

D'autre part, la stabilité d'un pays est insuffisante et fragile si les facteurs qui l'impulsent et la renforcent ne contribuent pas à édifier et renforcer les fondations et les dynamiques de la stabilité régionale et internationale.

Les sociétés, dans leur processus de formation en nations, ont fortifié leurs solidarités autour des facteurs qui rapprochaient objectivement et subjectivement les groupes sociaux qui les composaient. Ces facteurs étaient le produit de leur histoire et surtout de leurs actions propres. L'émergence du fait national et la formation de la nation est, dans le développement de toute société, un processus historique long et différencié qui traduit non seulement la consolidation des cohésions sociales mais aussi une profonde aspiration à l'indépendance nationale et une stabilisation sociétale, source du développement et du progrès au sens large.

L'aspiration à la stabilité est avant tout une aspiration à des rapports sociaux, économiques, culturels et politiques qui sauvegardent les équilibres et les solidarités relevant d'une appartenance à une même nation, où les citoyens, à notre époque, ne veulent plus être "considérés comme l'objet mais comme le sujet du pouvoir politique", puisque la nation est "l'objet voulu en commun"

Ainsi la nécessité de la stabilité politique et sociale ne peut signifier le dépassement ou l'étouffement des contradictions sociales et politiques. Ces dernières sont au contraire, par la dialectique qui les nourrit, la source du développement et du progrès réel si elles procèdent réellement d'une véritable culture démocratique sans cesse vivifiée et renforcée par les apports de l'expérience historique et de la science.

La stabilité d'une société ne peut être absolue. Elle ne peut être que relative. La forme et le contenu de cette relativité traduisent les évolutions de la nature de l'Etat et du caractère de l'organisation politique et sociale d'une société donnée. L'évolution des écarts des stabilités relatives vécues de même que les qualités de ces dernières indiquent les progrès ou les reculs réalisés par cette même société. C'est dire l'importance d'une stabilité dont la maintenance et la qualité sont une œuvre de plus en plus consciente d'une société mise en mouvement par un élan patriotique, de progrès, de solidarité, toujours plus déterminé par le savoir et le savoir-faire et mue par une pratique démocratique assumée. Car la stabilité qui relève d'un système de pouvoir autoritaire ne peut être durable parce qu'impulsée par une pensée unique étroite et, par définition indigente qui jugule la liberté individuelle et collective, détruit ainsi la conscience de la nécessité, aiguise le développement des radicalismes et mène aux instabilités historiques les plus sérieuses.

Un système de pouvoir autoritaire est en fin de compte, en dépit des progrès économiques, sociaux, de paix ou autres qu'il peut initier et enregistrer au cours d'une période donnée, producteur d'instabilités structurelles. L'histoire, y compris celle de notre pays, est tellement riche de tels exemples.

La stabilité ne peut se construire que par un déploiement continu et intégré de facteurs essentiels comme :

  • la liberté individuelle et collective,
  • la pratique démocratique,
  • le droit fondé sur la justice sociale,
  • le développement économique, social et culturel
  • la transparence,
  • et l'alternance.

La liberté, la démocratie, le droit, la transparence ou l'alternance ne s'octroient pas. Elles ne peuvent être imposées ou offertes par la magnanimité d'un pouvoir autoritaire. Elles s'acquièrent par une lutte politique, sociale et culturelle de tous les instants. Elles ne peuvent être que le fait conscient d'une société désireuse de se prendre en charge par le travail, le savoir et la culture. Elles sont et ne doivent cesser d'être des produits de la citoyenneté dont elles contribuent, par l'accumulation de l'expérience, à développer la qualité et l'efficience. Elles doivent procéder de la conscience des nécessités que dicte l'évolution de notre société.

Une telle conscience se forme, s'aiguise, fixe les limites qu'impose la responsabilité individuelle et collective et développent les rapports sociaux, politiques, culturels en même temps que les cohésions et la stabilité de la nation. Elles sont l'humus qui fait fleurir notre jardin commun pour que nous puissions y vivre, y travailler dans la paix pour le rendre toujours plus beau et plus sensible à tous nos sens, et pour le transmettre dans un état prometteur aux générations qui suivent. Elles sont à la fois les matériaux et les instruments nécessaires à l'édification d'une modernité qui prend en charge et contribue à développer avec nos propres apports, de manière créatrice, les valeurs véritablement humaines forgées, au fil des âges, par une culture universelle basée sur les progrès des sciences et de la pensée.

La stabilité politique et sociale est en permanence une fonction directe des quatre niveaux complexes, dynamiques et interactifs suivants qui peuvent la forger, la renforcer ou créer les conditions de sa destruction lente ou brutale:

a) Les visions, les stratégies et les politiques portées et mises en œuvre par les centres de conception et de commandes des systèmes de pouvoir qui se succèdent et qui dirigent et conduisent la société par le biais de l'Etat, de ses organes et de l'organisation politique, économique, sociale, culturelle etc. qu'autorise la légalité qu'il met en place ou impose, mais aussi du positionnement, des forces, des compétences de l'opposition, indépendamment de son statut et de ses capacités à infléchir et moduler, dans l'intérêt de la stabilité de la société, les orientations mises en œuvre.

b) La configuration et le fonctionnement de l'ensemble de ce que l'on peut appeler les "sous-systèmes d'exécution" (au sens large) relevant de l'Etat et de ses institutions et organes, des systèmes économiques , sociaux, culturels et politiques. Ils constituent les interfaces entre le pouvoir et la société.

c) La fiabilité des instruments et des modalités de mesure et de contrôle au différents niveaux ayant la charge de l'évaluation et de l'appréciation des écarts entre ce qui a été fixé comme normes et objectifs par la politique, l'économie, le droit ... etc, et ce qui se présente dans la réalité.

d) Les capacités d'initiation et de diffusion des nécessaires feedbacks pour apporter les corrections, les adaptations ou les impulsions nouvelles requises au niveau du centre de conception et de commande, et des sous-systèmes d'exécution.

Ces quatre niveaux constituent les interfaces entre le pouvoir et la société. Ils reflètent donc la nature de l'Etat de même que la nature des rapports qui prévalent entre la société et le pouvoir. Ils représentent les espaces où prennent formes d'une part les politiques déclinées à partir des visions et des stratégies, quand elles existent, des tenants du pouvoir et d'autre part les niveaux qui marquent l'état des différentes classes et groupes de la société. Ils mettent, de ce fait, en relief les contradictions qui travaillent la société. Ils donnent la mesure de l'exercice de la liberté, de la démocratie, du droit et de la justice sociale, de la transparence... etc. Ils se trouvent, de fait, sur le terrain de la pratique politique, sociale, culturelle, c'est-à-dire de la vie réelle. Et c'est cette dernière qui, dans son évolution, laisse apparaître les facteurs qui renforcent ou qui affaiblissent ou détruisent la stabilité politique et sociale .

Dans ce cadre, par exemple, la loi fondamentale (ou la constitution) constitue un élément décisif qui détermine les contenus et les formes de tous les autres niveaux. Elle renforce la stabilité politique et sociale si son élaboration, ses modalités d'adoption et sa mise en œuvre procèdent d'un véritable exercice de la liberté individuelle et collective, de la démocratie ,du droit ,de la justice sociale, de la transparence qui consolide les rapports de confiance et la culture démocratique entre les forces politiques et sociales en présence qu'elles soient au pouvoir ou non. Elle détruit infailliblement cette stabilité si elle est le fruit d'une volonté hégémonique ou procède des subtilités du pouvoir.

La constitution de 1989 et celle qui l'a suivie ne pouvaient réellement être le résultat d'une pratique franchement démocratique ni installer la démocratie chez nous. Elles étaient taillées par et pour un système de pouvoir qui n'acceptait de processus ou de formes d'actions démocratiques que ceux qui cadraient avec son hégémonie et excluaient toute alternances de pouvoir ou sa remise en cause par une réelle pratique démocratique. Elles stipulaient, certes, la séparation des pouvoirs exécutifs, législatifs et judiciaires. Cependant ces derniers étaient réduits, dans la réalité de leur exercice, au rôle de courroies de transmission et d'exécution actionnées par les différentes forces liées directement ou indirectement au pouvoir réel.

De telles constitutions ne pouvaient, de ce fait, permettre l'émergence et la consolidation d'une véritable "classe politique", fondée sur des bases économiques, sociales et culturelles objectivement déterminées et portées par de véritables élites engagées autour de programmes politiques démocratiques visant la construction d'un véritable État républicain, démocratique et de droit.

L'édification historique des quatre niveaux définis plus haut ainsi que du caractère démocratique et dialectique de leurs rapports doit procéder d'une démarche foncièrement démocratique. Elle relève de la longue durée. L'histoire réelle des Etats-Nations modernes nous le montre. La démocratie est un apprentissage de tous les instants qui font la vie d'une société. Elle requiert, pour l'efficience de son exercice, une volonté commune de toutes les forces patriotiques et républicaines qui doivent s'engager à en faire un instrument pédagogique privilégié et une valeur sûre de notre culture et de notre identité, le garant de notre stabilité politique et sociale. Car une stabilité féconde ne peut exister que si elle est produite et porter consciemment par la société.

La crise qui nous ronge depuis plus d'une décennie a mis à nu les faiblesses congénitales du système politique économique, social et culturel, c'est-à-dire surtout de la nature du pouvoir qui prévaut dans notre pays depuis l'indépendance nationale. Elle a, comme toute crise de cette dimension, révélé la véritable nature des problèmes qui menacent sérieusement notre société. Ces derniers se rapportent aux besoins incompressibles de modernité et d'une adaptation créatrice et efficiente aux dynamiques du temps que manifestent de toutes parts, pour ne pas déboucher sur leur inéluctable dislocation, les piliers qui forment notre édifice sociétal.

Il existe une relation directe et forte entre une édification conséquente des facteurs de la stabilité politique et sociale et les dynamiques nécessaires au renouveau patriotique. C'est ce dernier qui peut agir comme un formidable catalyseur des processus devant refonder notre Etat en lui donnant son caractère démocratique et de droit. L'initiation du renouveau patriotique implique une acception moderne et largement partagée du concept de patrie.

La patrie, c'est une certaine forme de la nation. Elle est un produit de notre histoire commune que les générations successives qui, par leur labeur, leurs apports culturels divers et les rapports multiples exprimant un attachement à une même communauté, ont su développer, consolider et mettre à l'épreuve des dynamiques qui déterminent les évolutions historiques.

Le patriotisme, c'est un rapport citoyen à la nation et au mouvement complexe des processus qui la travaillent. C'est aussi un rapport citoyen à l'Etat, expression et source de formation de la nation. C'est une sorte d'attachement à la nation et aux facteurs, comme l'Etat, qui l'impulsent et l'entretiennent. C'est aussi un engagement de la société pour tenter de lui donner la signification et la forme correspondant le mieux aux avancées du savoir universel, du progrès social en général et surtout pour qu'elle devienne celle qui est activement et intelligemment portée par les générations successives qui prennent en charge son histoire et qui lui impriment leurs marques et cherchent à lui faire acquérir toute sa place dans le concert des nations.

Ainsi, patriotisme et citoyenneté se déterminent mutuellement. Ils sont un levain essentiel de l'Etat-Nation. Ce levain est particulièrement nécessaire dans cette époque historique où l'Etat-Nation subit les assauts destructeurs de l'idéologie et de l'action néo-libérales mondialisées. En effet, celles-ci visent à débrider les sociétés, à disloquer les cohésions qui fondent leurs nations respectives. Elles veulent laisser toutes les sphères de la vie et de l'action humaines totalement ouvertes à une compétitivité et à des jeux concurrentiels qui sont orientés vers une culture déshumanisée de la productivité et de la réduction des coûts de production, vers la maximisation des profits, la mise au ban de l'humanité des plus faibles et la propagation de la culture de l'individualisme américanisé et à terme nihiliste.

Le patriotisme, c'est cette disposition différenciée et vive de l'esprit, au niveau de l'individu et de la collectivité, nourrie par une conscience toujours plus aiguë et plus animée par le savoir et la rationalité, à suivre les mouvements objectifs et sourds qui se développent et travaillent la nation, à en saisir la portée historique, les besoins d'adaptation ou de transformation qu'ils expriment , les dangers qu'ils induisent et à s'engager, avec détermination, responsabilité et réalisme, à faire converger tous les efforts patriotiques vers un réel dépassement des crises et surtout vers les changements et les transformations qu'imposent ou que nécessitent, pour la pérennité et l'efficience de notre Etat-Nation et de ses intérêts de long termes, les mutations profondes qui marquent les évolutions historiques, sociales et culturelles.

Le patriotisme, ce n'est pas le nationalisme comme vision étroite et figée de la nation et de ses intérêts. Il est l'ouverture fondée sur l'exercice de la liberté, de la démocratie et le respect des droits de l'homme (femmes , hommes et enfants). Il est attachement réellement culturel aux sources et aux apports qui ont forgé, au fil des temps, les processus qui ont formé et forment encore notre nation et qui ont donné et donnent encore leurs caractéristiques aux traits essentiels de notre identité.

Cette contribution a été publiée le 12.01.2005

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