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05/05/2015 08h:12 CET | Actualisé 05/05/2016 06h:12 CET

Faire face aux défis majeurs auxquels nous sommes confrontés: l'impératif du changement (PARTIE 1)

"La conscience ne peut jamais être autre chose que l'Être conscient et l'Être des Hommes est leur processus de vie réel". Karl Marx - Friedrich Engels (L'idéologie allemande)

La réalité de notre pays nous interpelle fortement. Ce n'est pas la réalité des apparences, de l'autosatisfaction ou des illusions, mais celle du vécu et des profondeurs de notre société, celle surtout du quotidien et des perspectives de ses travailleurs, de ses élites, de sa jeunesse, de ses femmes, de ses personnes âgées, celle essentiellement de nos capacités effectives de production matérielles et culturelles, celle du niveau de notre savoir et de notre savoir-faire individuel et collectif, celle de nos campagnes et de nos villes, etc.

C'est la réalité du système de pouvoir qui régit le pays depuis plus de quatre décennies, un système de type autoritaire, fondé sur la rente pétrolière, sur sa répartition clientéliste, régionaliste voire népotique et coercitive. C'est la réalité que notre pays présente face à un monde en mutations profondes depuis quelques décennies, mutations qui sont les produits de dynamiques complexes mais fortes et durables et qu'il est impérieux de repérer, d'en saisir la portée historique à tous les niveaux et les exigences qu'elles mettent à l'ordre du jour pour toute société et tout État.

Cette réalité exige de nous de saisir concrètement les processus internes et externes qui la travaillent et lui donnent les formes explosives que nous observons, impuissants, depuis plus de quarante années. Elle nous impose aussi d'y percevoir les facteurs à l'œuvre qui préservent encore certaines formes de stabilité et de cohésion de notre nation.

C'est la nature du système de pouvoir, c'est la forme de l'État qu'un tel système a édifié pour le servir qui bloquent aujourd'hui, à l'extrême, la mise en action et en mouvement de toutes les énergies vives, productives et créatrices ainsi que de toutes les richesses particulièrement humaines que recèle le pays.

Quels sont ces processus internes et externes?

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Les facteurs internationaux

Le train de l'Histoire roule à une vitesse vertigineuse. Il risque de passer sans que nous puissions contribuer à agir sur la force motrice qui le pousse, sur les formes qu'il reçoit, sur la ou les directions qu'il emprunte et à y prendre une place active, productive, efficiente et porteuse sur le long terme.

Les évolutions historiques mondiales actuelles sont d'une très forte intensité et marquées de complexité de même que de dangers majeurs pour l'humanité.

Le système capitaliste dominant, dans sa variante néolibérale, n'arrive plus, de part sa nature, à faire face aux processus déstabilisateurs déclenchés par les qualités qu'il a tenu à imprimer plus particulièrement, depuis trois décennies, aux multiples dynamiques lourdes de ce qui est communément appelée la mondialisation (sans que l'acception de ce concept soit nettement définie). Le capitalisme financier international spéculatif et férocement prédateur constitue l'une de ces dynamiques lourdes. Ses méfaits, que les puissances occidentales agissantes ont encouragés sans relâche depuis l'ère de Thatcher et de Reagan, plongent aujourd'hui le monde dans une crise multidimensionnelle d'une gravité sans précédent.

Cette crise est non seulement celle du système financier et bancaire international mais aussi de l'économie mondiale réelle, de la culture occidentale ambiante. Elle est celle de l'architecture, économique et financière mondialisée, complexe, flexibilisée et diabolique que le néolibéralisme conquérant a tenu, à rythmes forcés, à donner au monde pour maximiser et accélérer ses profits et rien que ses profits et les formes de sa domination. Elle est celle des nouvelles forces productives cybernétisées, émiettées et mises en réseaux souples, modulables, orientées vers le développement de la productivité, la réduction des coûts de production et principalement la réalisation à tous prix de l'avantage concurrentiel le plus fort.

Elle est celle de la surproduction comme de la surconsommation, rendant socialement et culturellement infernale l'équation offre-demande. Elle est celle de la problématique de la division internationale du travail, des organisations internationales et multilatérales qui s'y rattachent, à l'ère de la globalisation.

Cette crise, par ses caractéristiques et sa vigueur déstabilisatrices, frappe de plein fouet, certes à des niveaux différents, les pays dominants du capitalisme mais aussi tous les autres pays, le nôtre étant déjà fortement fragilisé par une crise nationale profonde qui perdure et par sa dépendance rentière.

L'élection d'Obama à la tête de la première puissance mondiale représente, sans conteste, une césure non seulement pour la nation multiethnique et multiculturelle américaine mais aussi pour le monde entier. Quelle orientations, quels contenus va entraîner une telle césure aux USA même comme dans les processus de restructuration internationale en cours? Il est encore prématuré de repérer, à partir de l'action sur le terrain d'Obama après son élection, et de formuler les fondements et les axes opérationnels de ce qui pourrait être la doctrine Obama.

Cependant on peut remarquer, qu'au plan économique et financier, Obama est bien loin de vouloir remettre en cause la nature néolibérale du capitalisme dominant. Son traitement de la crise globale de ce système relève de la méthodologie du colmatage. Un tel traitement ne peut traiter le mal à ses racines.

Cela indique déjà que cette crise fera encore apparaître de nouveaux processus déstabilisateurs, aiguisant les conflits d'intérêts entre les puissances économiques, financières et politiques mondiales, régionales et même nationales, aggravant la situation des pays dits émergents et de ceux sous-développés.

Nous n'avons pas l'intention, dans cette contribution d'essayer d'analyser en profondeur cette crise. L'essentiel est de reconnaître sa nature réelle et celle du système et du modèle de société qui l'a enfanté.

Mais la question la plus importante est celle-ci: quo vadis Algérie?

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Considérations sur les facteurs nationaux et leurs causes

Que doit faire l'Algérie pour être dans ce monde et de cette humanité et y gagner une place satisfaisante, voire rayonnante? C'est cela l'impératif auquel nous sommes confrontés. L'impératif est un concept qui exprime en même temps la nécessité et l'urgence. La nécessité, s'agissant d'un État nation, émerge des dynamiques complexes du réel et se rattache, d'une manière ou d'une autre, à tout ce qui détermine et anime les facteurs constructeurs de la stabilité politique et sociale d'une nation et d'un État. L'urgence est dictée par l'intensité des éléments, de différentes natures, séparés ou conjugués, qui menacent sérieusement non seulement la stabilité de l'État et la cohésion de la nation mais mettent en péril, faute d'un sursaut collectif, l'existence de l'un et de l'autre ainsi que d'une vision cohérente portant l'avenir.

Cependant, chacun de nous, reconnaît, au fil du vécu au quotidien et des années qui passent, l'existence d'une réelle crise nationale et en ressent diversement la gravité.

Mais ceux qui dirigent notre État et ceux qui détiennent le pouvoir réel donnent l'impression, indépendamment de la forme de patriotisme qui peut animer leur action, de vivre et d'agir loin de la société, de ce qui se meut en son sein et des processus d'instabilités radicalisés multiples qui y prennent forme et menacent sa cohésion et son existence même. Ils semblent confortés dans un système qui les a produits et portés, qu'ils ont modelé ou modulé à leur convenance, se souciant d'abord d'assurer la pérennité du pouvoir et fort peu d'en faire un reflet de la projection, dans le temps et dans l'espace, de l'évolution de la société ainsi que de ses aspirations profondes au progrès et à la justice sociale.

L'évolution de la vie nationale montre à l'évidence que la nature du système de pouvoir autoritaire et populiste installé au lendemain de l'indépendance nationale n'a pas changé depuis, dans sa matrice essentielle, ceci indépendamment de la nécessaire analyse approfondie et objective des multiples facteurs historiques qui ont été à la base de son avènement et de son développement.

Dans une contribution publiée par le Quotidien d'Oran le 5 décembre 2003 et portant le titre "Cette crise qui nous ronge", nous avions écrit ce qui suit: "Nous semblons faire comme si nous étions une société à part, détachée de son environnement international et des lignes de forces lourdes qui déterminent l'évolution de ce dernier et qui ont une incidence décisive sur notre devenir.

Pourtant nous vivons, à l'échelle du monde, et chaque jour qui passe nous le montre avec force, des temps d'une très grande signification historique. Des événements et des évolutions d'une portée historique de long terme ont marqué fortement la dernière décennie du vingtième siècle. Ils continuent d'imprimer de leurs marques, avec une accélération renforcée, le millénaire qui commence. Nous assistons, défaits, impuissants et passifs à une recomposition globale des rapports de forces mondiaux, impulsés et modulés, aujourd'hui, au gré des évolutions, par la superpuissance militaire, économique, politique et culturelle des USA dominée présentement par l'idéologie du néo-conservatisme.

Nous subissons la fougueuse action des dynamiques de la mondialisation qui, détournées par l'action éhontée du capital financier spéculatif international et par les théories économiques néolibérales, mettent l'économie mondiale en réseaux sévèrement contrôlés par un nombre toujours plus réduit de multinationales géantes dont la structure et la répartition spatiale sont fonctions de leurs stratégies de long termes et de l'évolution de leurs avantages concurrentiels respectifs. Nous observons les coups féroces qui sont assénés à l'État-nation et à ses capacités de régulation, sous couvert de l'ouverture et de valeurs universelles devant être partagées, notamment par des organisations multilatérales sous contrôle comme la BIRD, Le FMI, L'OMC etc.

Réfléchir sur la crise que connaît actuellement l'Algérie, nécessite, de ce fait , la prise en compte des tendances d'évolution historiques signifiantes, nationales et internationales, pour mieux saisir la densité et la complexité des dynamiques agissantes du passé et pouvoir doter, d'une pondération réaliste, les voies susceptibles d'ouvrir des perspectives capables d'intégrer avec efficience l'Algérie dans les challenges du 21e siècle.

Ce qui précède, nous l'écrivions fin 2003.

Les évolutions de ces dernières années confirment et soulignent même les éléments d'appréciation et d'analyse avancés.

Il est, d'autre part, utile d'observer et de prendre en considération que notre pays n'est pas le seul à connaître une crise d'une telle dimension. D'autres pays, du monde arabe ou de ce qu'on appelait le tiers-monde, plus particulièrement ceux issus d'un véritable mouvement de libération nationale, vivent des crises présentant des caractéristiques similaires. Quelles en sont les raisons? Nous en soumettons brièvement quelques-unes à l'examen et à la réflexion:

  1. Des systèmes de pouvoir autoritaires, parfois despotiques s'y sont installés, souvent en utilisant de différentes manières, dans des conditions historiques diverses, la force militaire, émoussant la conscience libératrice des combattants et de larges secteurs de leurs peuples et dont l'intelligence et la fougue avaient nourri la révolution de libération nationale. Ils y perdurent par la coercition et la "pensée" unique depuis de longues et usantes décennies.
  2. Des voies de développement économique et social y ont été empruntées qui ont en fait des pays rentiers, plutôt consommateurs que producteurs pour ne pas dire productifs, où la rente et l'économie virtuelle déterminent les rapports réels de même que les styles de direction ou de gestion.
  3. Ce sont des pays dépendants et réellement endettés, des pays développant plus de facteurs d'instabilités que de facteurs forgeant une cohésion nationale féconde de progrès et de productivité économique, sociale et culturelle et de justice sociale.
  4. Des pays où la jeunesse qui constitue leur composante majeure et pouvant être leur principale richesse, est livrée à elle-même, désorientée, désarmée, penchant parfois vers le suicide collectif, cherchant le sens qui lui est nécessaire pour la motiver et lui donner les impulsions utiles au déploiement de toutes ses énergies, de sa créativité et de son efficience.
  5. Des pays où le chaos ambiant et aux postes de commandes étouffe toute velléité d'organisation, de rationalité ou de cohérence, où l'exercice de la liberté individuelle, condition de toute pratique démocratique étouffe dans une atmosphère imposant la soumission et favorisant toutes les violences et les intolérances.
  6. Des pays soumis à des rentes minières que la nature a mis des millions d'années à constituer, épuisables à termes et que les maîtres du marché international et de la spéculation financière mondialisée régulent au gré de leurs intérêts immédiats et stratégiques. De telles rentes y produisent le luxe de mauvais goût d'une infime minorité de parvenus ainsi qu'une pauvreté aggravée et multidimensionnelle de la grande majorité de notre société principalement de sa jeunesse.

De telles caractéristiques, qui sont loin d'être exhaustives, exigent d'être fondées par une analyse plus approfondie des facteurs nationaux et particulièrement internationaux qui ont pesé sur les processus de leur formation au cours des différentes phases qui ont marqué le vingtième siècle. Ce dernier a été qualifié par le grand historien britannique Eric Hobsbawm de "siècle des extrêmes". Des évolutions diverses mais surtout à fortes orientations idéologiques et politiques antagoniques ont pesé, directement ou indirectement, sur les choix fondamentaux de ces pays. De telles évolutions se sont inscrites, dans les formes qu'elles prenaient, dans le long terme. Elles correspondaient, certes dans certaines mesures, aux conditions objectives telles qu'elles mûrissaient et étaient perçues à chacune des phases historiques par lesquelles les nations, les États et l'humanité ainsi que les rapports sociaux et les rapports de forces qui prévalaient en leurs seins et entre eux.

Eric Hobsbawn écrivait: "L'Histoire a été dissociée de la téléologie". La téléologie est une doctrine reposant sur l'idée de la finalité. Il ajoute: "Pour tous les historiens, l'historiographie est restée, et reste, ancrée dans une réalité objective, à savoir la réalité de ce qui s'est produit dans le passé. Toutefois, elle ne part pas de faits mais de problèmes et elle exige qu'on enquête afin de comprendre pourquoi et comment ces problèmes -paradigmes et concepts- sont formulés comme ils le sont dans des traditions historiques et des environnements socioculturels différents...

L'objet de l'Histoire devait être de poser les grandes questions du "pourquoi" selon la formule de Lawrence Stone (auteur de The Causes Of The English Revolution). L'Histoire mouvementée et riche du vingtième siècle a pesé et pèse toujours lourdement sur les évolutions historiques en cours. Examiner les lignes de forces de ce poids du vingtième siècle peut nous aider, au moins à avancer quelque peu dans le nécessaire effort pour rendre intelligible notre réel, pour pondérer au mieux les éléments d'analyses ou affirmations qui émergent.

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