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17/06/2015 12h:45 CET | Actualisé 17/06/2016 06h:12 CET

Raïs Hamidou, le 17 juin 1815: ''Quand je serai mort tu me feras jeter à la mer''

Domaine public

C'est avec un grand plaisir que j'ai lu l'évocation par mon confrère Fawzi Sadallah de la mort au combat, le 17 juin 1815, près d'Almeria en Espagne, lors d'une bataille inégale à Cap Gata, du célèbre Raïs Hamidou, un natif d'Alger, élevé au rang de chef de la flotte algérienne.

Cette figure mérite en effet d'être célébrée. Cet homme fier, fils d'un tailleur algérois aimait sa patrie, la mer et El Corso, la Course, d'où a été dérivé le terme de corsaire. Il est donc juste, aujourd'hui, deux siècles après sa mort, de lui rendre hommage. Et d'en profiter pour dénoncer la rupture peu diplomatique des États-Unis du traité de paix qui les liaient à l'Algérie.

Il est vrai aussi que le Dey Omar, dont le règne aura été funeste pour Hamidou, l'Algérie et les algériens, est également responsable de cette "trahison" des États-Unis...

C'était au temps de la régence turque, au 17e siècle. La course ou Corso (à mi-chemin entre la piraterie ou la flibuste) et les corsaires rythment la navigation maritime en Méditerranée.

Hamidou, fils d'un tailleur algérois, Ali, est né vers 1770 dans ce qui est actuellement la commune qui porte son nom, à quelques kilomètres de Bab El-Oued. Il n'a jamais été vraiment porté vers le métier de son père, la vie entre quatre murs d'un atelier de couture n'était pas ce qu'il désirait.

À dix ans, il abandonne donc les patrons de son père et s'engage comme mousse dans un chebec. L'archiviste Albert Devoulx, qui lui a consacré un livre écrit sur la base du Registre des prises d'Alger, le décrit comme un homme de taille moyenne ayant un teint blanc, les yeux bleus et le poil blond. C'était un Algérois, un natif d'Alger.

"J'ajouterai que Hamidou n'était ni turc, ni coulougli, il appartenait à cette classe d'arabes fixés dans les villes depuis plus ou moins longtemps, que les indigènes appellent citadins et nous maures. C'était, pour me servir de l'expression pittoresque des Algériens, un enfant d'Alger".

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Hamidou, la voile plutôt que le Saroual

Albert Devoulx le décrit comme "hardi, courageux, généreux, beau parleur, élégant dans sa mise, et avenant avec tout le monde, les petits comme les grands, ce qui le faisait généralement aimer". Et, "en grimpant dans la mâture, il voulait", disait-il, "délier ses jambes engourdies par la posture gênante des Khiat (tailleurs)".

Nommé par le dey Hassan Amiral de la flotte algérienne, il écumera la Méditerranée, capturera des dizaines de navires de "mécréants", partagera le butin des courses avec le dey et son équipage et se fera une grande réputation chez les algérois.

Mais, "il allait trouver la mort sur cette mer qu'il parcourait depuis si longtemps, mais cette mort fut glorieuse et digne d'un brave. Il expira sur son banc de commandement, calme et intrépide, sous le feu d'une division américaine, qui l'avait surpris et enveloppé, et à laquelle il tenait honorablement tête, malgré une disproportion de forces qui ne laissait aucun espoir de salut", écrit Devoulx.

Le parlement américain avait dénoncé unilatéralement le traité de paix avec la Régence d'Alger en envoyant une expédition pour faire cesser tout acte de piraterie contre les navires marchands américains.

Le traité de paix entre la Régence et les États-Unis a été signé à la demande des américains, excédés des agressions des corsaires algériens.

"Dès leur apparition dans la Méditerranée, les Américains reconnurent la nécessité de composer" avec la Régence d'Alger, écrit Devoulx.

Le traité avait été signé en 1795. Les américains s'engageaient à payer un tribut annuel de douze mille sulianis d'or, soit 64.800 francs.

"Il résulte de documents authentiques que j'ai été à même de compulser, que ce tribut fut servi sans interruption jusqu'en 1810, et que le paiement en ayant été suspendu en 1811, la guerre devint officielle entre les deux nations en 1812", rapporte encore l'archiviste français en 1848, qui s'était installé à Alger.

Il ajoute: ''cette rupture amena une escadre américaine dans la Méditerranée en 1815, et un document algérien rapporte ainsi le résultat de cette expédition: Huit navires de guerre américains ont rencontré une frégate et un brick algériens et s'en sont emparés. Ils sont ensuite venus à Alger, et lorsque la nouvelle de cet événement s'est répandue, la paix a été conclue. 22 Redjeb 1230 (vendredi, 30 juin 1815)".

Le premier Consul général américain à Alger, M. Shaler, qui s'y est installé en juin 1815 après la défaite et la mort de Hamidou décrit le contexte. "Après la ratification du traité de Gand, le Congrès des États-Unis, alors en session, repoussant l'idée de payer plus longtemps tribut aux Algériens, leur déclara la guerre et prit les mesures qu'exigeait l'envoi dans la Méditerranée d'une force navale suffisante soit pour, forcer la Régence à conclure la paix, soit pour garantir le commerce de la République contre toute piraterie".

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raïs hamidou

La bataille du Cap Gata, mort de Hamidou

Mais, que s'est-il passé entre-temps? Raïs Hamidou était parti, sur ordre du dey Omar, capturer un navire américain. Il ignorait que les États-Unis avaient déjà envoyé une puissante armada pour faire respecter leur pavillon en Méditerranée, et plus spécialement amener la régence d'Alger à cesser toutes attaques contre les navires marchands américains qui traversent la Méditerranée.

Le combat entre l'escadre américaine, composée de neuf navires de guerre dont deux Sloop (Ontario et Épervier), trois frégates (dont Constellation) et deux brigantins, et la frégate de 40 canons de Hamidou, au Cap Gata, près de la ville espagnole d'Alméria, était inégal.

Les algériens y firent face cependant. Après avoir ordonné le branle-bas de combat, Hamidou dit à son second: "quand je serai mort tu me feras jeter à la mer. Je ne veux pas que les mécréants aient mon cadavre".

Et, la première bordée de l'ennemi le tua à son poste de combat. Conformément à ses instructions, le corps du Raïs Hamidou fut jeté à la mer, qui devint son tombeau.

Mais, la mort du Raïs n'a pas mit fin au combat, la frégate algérienne, démâtée, criblée de boulets, désemparée, ne fut bientôt plus qu'une ruine. L'équipage algérien pourtant refuse de se rendre, à l'invitation du commandant de l'escadre américaine, Stephen Decatur Jr., dont la frégate amirale Guerrière avait déjà démâté le Mashuda, le célèbre navire du Raïs.

Les frégates américaines passaient successivement devant elle en lançant leurs bordées.

"Enfin, au bout d'une heure, un boulet coupa la corne d'artimon et le pavillon algérien tomba à la mer. Le feu cessa. Des embarcations vinrent prendre possession du navire vaincu. En montant en bord, le chef du détachement demanda le commandant. Voici tout ce qu'il en reste, dit le second, en montrant une mare sanglante: un peu de sang", rapporte par ailleurs Albert Devoux sur la fin tragique du plus célèbres des Raïs algérien.

Son vaisseau amiral, la frégate Mashuda, complètement détruite, avec 30 morts, plusieurs blessés et plus de 400 prisonniers contre 4 morts et 10 blessés côté américain, est alors traînée comme un trophée vers Alger.

Voici quelques extraits des chants que lui avaient dédiés ses admirateurs, en son temps. Et à son vaisseau amiral, Mashuda:

Que tes yeux étonnés, voyageur, cessent de chercher le sombre nuage qui laisse échapper le tonnerre.

Ce n'est pas au firmament que tu trouveras ce formidable orage, c'est sur la mer.

Vois-tu là-bas? C'est la frégate du raïs Hamidou?

Sa majestueuse voilure, qui se gonfle légèrement sous l'effort de la brise, est dorée par le soleil.

Son pavillon et sa flamme flottent noblement dans les airs.

Elle fend les flots avec grâce.

De ses flancs redoutables jaillissent les boulets dévastateurs, les obus terribles, la mitraille meurtrière.

La mousqueterie pétille sur ses bastingages et dans sa mâture, et une épaisse fumée lui forme une auréole de gloire.

Galerie photoLa flotte algérienne et Raïs Hamidou Voyez les images

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