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27/01/2018 14h:07 CET | Actualisé 27/01/2018 14h:07 CET

MBS en Europe: la visite d'un mal aimé

Handout . / Reuters

Si tout se passe comme prévu, le prince Mohammed Ben Salmane, dit MBS, effectuera fin février, voire début mars, une tournée en Europe. Le principe de cette visite est acquis, mais la date officielle n'a pas encore été fixée. C'est connu, les déplacements des rois et des princes saoudiens en Europe, n'ont jamais manqué de soulever derrière eux des tempêtes d'interrogations et de protestations. Souvenons-nous de la privatisation de la plage de la Mirandole, à Vallauris (Alpes-Maritimes) par le roi Salmane et la polémique qui s'en est suivie.

Cette fois-ci et bien avant le déplacement de Mohammed Ben Salmane, les associations et les organisations humanitaires sont montées au créneau pour dénoncer cette visite et pointer du doigt MBS qu'ils qualifient de "criminel de guerre". À Londres, des voitures surmontées de panneaux publicitaires dénoncent cette visite. Huit organisations de défense de droits de l'homme ont remis à Theresa May une lettre dans laquelle elles l'exhortent à annuler cette visite. Contrairement aux dirigeants britanniques, les Allemands sont beaucoup plus exigeants et incitent les Européens à être plus fermes à l'égard de l'Arabie Saoudite. D'ailleurs les tensions entre Riyad et Berlin n'ont jamais été dissipées, mais seulement neutralisées. A Paris, les entretiens entre Macron et MBS (les deuxièmes, en l'espace de deux mois), risquent à leur tour d'être tendus.

Le nouvel homme fort de Riyad arrivera donc en Europe précédé par l'image d'un dirigeant qui manie davantage le bâton que la carotte. Un homme autoritariste. Il faut dire qu'entre Emmanuel Macron et Mohammed Ben Salman, les relations ne sont pas au beau fixe: l'affaire Saad Hariri avait créé une crispation entre les deux hommes. Sans l'intervention de Macron, Saad Hariri serait encore prisonnier dans une suite du Ritz ou aurait payé pour recouvrir sa liberté comme l'ont fait les autres princes dont la "libération" avait coûté la coquette somme de 100 milliards de dollars!

Le différend entre les deux hommes porte également sur l'attitude de la France vis-à-vis de l'Émirat du Qatar, qui fait l'objet d'un blocus de la part d'une coalition menée par l'Arabie Saoudite et qui tente de mettre le Qatar au pas. La France, qui abrite de nombreuses sociétés qataries, refuse de suivre l'Arabie Saoudite et ses alliés dans sa démarche belliqueuse.

Les autres dossiers chauds de friction sont l'Iran et l'intervention militaire de la coalition menée par l'Arabie Saoudite au Yémen. Si MBS a échafaudé une stratégie bâtie sur une confrontation militaire, confessionnelle (sunnites contre chiites) avec l'Iran, Macron voit plutôt en ce dernier un partenaire économique et une puissance régionale avec laquelle il faudra compter à l'avenir. D'ailleurs la visite qu'il s'apprêtait à effectuer en Iran n'a été annulée que par les manifestations ayant secoué dernièrement le pays. Pour se racheter une image auprès de certains dirigeants européens, MBS va donc allonger de gros chèques. Mais est-ce suffisant pour se faire aimer des Européens?

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