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03/02/2018 06h:28 CET | Actualisé 03/02/2018 06h:31 CET

Le Mai 68 arabe n'a pas eu lieu

HISTOIRE - Commémorer mai 68? Pour qui, et pour quoi faire? 50 ans après, de quoi mai 68 est-il le nom?

mai 68

Au moment où en France neuf institutions, de l'Université Paris-Nanterre jusqu'à la Bibliothèque nationale de France en passant par le Palais de Tokyo, la Cinémathèque ou le Centre Georges Pompidou, conjuguent leur efforts pour commémorer l'événement, des voix, parmi les intellectuels et les hommes politiques, s'élèvent pour fustiger ces célébrations et tirer à boulets rouges sur ce que certains appellent une "date-fiction".

Il faut dire que la polémique ne date pas d'aujourd'hui. Mais à la faveur de la montée du populisme, de la déconfiture du socialisme et des idées de gauche, ce moment révolutionnaire décapant fait l'objet d'attaques tous azimut.

En France, pour des philosophes comme Alain Finkielkraut, Luc Ferry et bien d'autres, mai 1968 n'est qu'une séquence sombre et nihiliste de l'histoire. Quant aux hommes politiques, notamment Nicolas Sarkozy, Laurent Wauquier, ils y voyaient une attaque violente des racines catholiques de la France et de l'Europe.

Ces détracteurs incarnent ce que le philosophe français Serge Audier appelle "La pensée anti-68", titre de son ouvrage (éd. La Découverte). L'onde de choc 68 a touché par ricochet le monde arabe, encore engoncé dans le traumatisme de la défaite de 67 face à Israël.

Mais les régimes nationalo-islamistes portés par des dirigeants omnipotents tels que Gamal Abdel Nasser, Saddam Hussein, Habib Bourguiba, Mouammar Kadhafi, Hassan II, Houari Boumediene..., ont verrouillé leur pays d'une main de fer.

Quelques uns de ces pays furent le théâtre de soubresauts réprimés dans le sang. Mai 68 arabe, si jamais il a existé, n'est qu'un lointain écho à un rêve où se sont mêlés espoir et peur. De même qu'il reste un rêve sans portée mémorielle. En effet, peu de travaux, pas d'archives, de rares témoignages font écho à cet événement; quant à la commémoration de son 50e anniversaire, personne n'y a pensé.

Même les Maghrébins qui se sont exilés en France et ailleurs, fuyant la répression, et participant à Mai 68, ont rarement témoigné par l'image ou par l'écrit de cette époque. Pas plus d'ailleurs que les universitaires ou les hommes politiques, à l'époque trentenaires à la Sorbonne ou à Nanterre.

C'est comme si "Mai 68 n'a pas eu lieu" pour ces personnes comme diraient Félix Guattari et Gilles Deleuze.

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