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15/01/2018 14h:06 CET | Actualisé 15/01/2018 14h:07 CET

La misère, mère de la révolte

Youssef Boudlal / Reuters

Se faisant philosophe, Jamel Debbouze a eu cette pensée altruiste pertinente: "La misère n'a pas de frontière. La misère, elle est in-ter-na-tio-nale". En effet, où que l'on se tourne, les poches de la misère ne cessent de grossir et de s'étendre à de nouvelles populations et à de nouveaux espaces. Des travaux décisifs en ont scruté la genèse et l'étendue dans des sociétés affectées directement par le virus de la mondialisation et du néo-libéralisme. "La misère du monde", travail collectif mené sous la direction de Pierre Bourdieu en offre la preuve. Dans cette approche, l'accent est mis entres autres aspects, sur la relation étroite entre misère et violence. Le nouveau modèle économique et social animé par un pouvoir vorace, finit par exercer sur une large partie de la société une violence permanente et sournoise. L'une des conséquences étant l'accentuation du processus de paupérisation.

Quatre pays arabo-musulmans parmi bien d'autres vivent aujourd'hui cette situation où des populations, notamment la jeunesse, sont confinées dans une situation de marginalisation. Il s'agit du Maroc, de la Tunisie, de l'Iran et du Soudan. Au Maroc, Al Hoceima et Jerada, sans parler de Khouribga, sont des villes riches de leur pauvreté. C'est ce paradoxe que dénonce une jeunesse laissée pour compte.

La misère consécutive entre autres aux injonctions du Fonds monétaire international est également au cœur du soulèvement de nombreuses régions en Tunisie. La dégradation des conditions de vie ne touchent pas uniquement la seule population démunie, mais affecte également la classe moyenne tunisienne. Cela se traduit par une paralysie du corps politique et une réactivation du corps répressif, notamment la police et l'armée. Cette situation renforce malheureusement dans une certaine tranche de la société le camp des nostalgiques de l'ère de Ben Ali.

L'Iran offre à son tour l'exemple d'un pays en butte à une misère rampante et latente. Les émeutes qui ont récemment secoué le pays ont fait remonter à la surface la face cachée d'une misère structurelle et durable. La jeunesse en est la première victime. Plus de 21 personnes y ont trouvé la mort depuis le début des ces émeutes. Ces émeutes sont un pain béni pour Trump, prompt à jouer au pyromane.

Misère et zèle de pouvoir sont également à l'origine de nombreuses manifestations qui secouent en ce moment le Soudan. Outre la hausse des prix des matières de première nécessité, les réseaux sociaux ont partagé la vidéo du président de l'Université de Khartoum en train de gifler deux étudiantes à la suite de manifestations contre la hausse du prix du ticket du restaurant universitaire. Les associations de défense des droits des femmes et des hommes ont appelé à des manifestations contre la misère dont sont victimes les femmes soudanaises.

Ces 4 pays ont connu pas le passé et sous d'autres formes ce genre de troubles; aujourd'hui, les réseaux sociaux aidant, elles sont beaucoup plus audibles et visibles. Elles traduisent une misère rampante et appellent à un traitement radical qui consiste en l'avènement d'une justice sociale, d'un esprit de partage, ou comme dirait Victor Hugo  à l'abolition de la misère.

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