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09/02/2018 09h:08 CET | Actualisé 09/02/2018 09h:08 CET

Jawad Bendaoud, Salah Abdeslam: un silence mortel

JUSTICE - Il y a différentes sortes de silence. Il y a le silence des philosophes, celui des poètes, le silence des vivants et celui des morts. A chaque silence sa logique, sa dynamique propre. Mais de tous les silences, celui de l'accusé ou du condamné est le plus cruel et le plus dévastateur. Il n'est pas exagéré de lui appliquer la fameuse sentence d'Alexandre Dumas: "Le silence est la dernière joie des malheureux."

Jawad Bendaoud, le "logeur de Daech", jugé pour "recel de malfaiteurs terroristes" à Paris, et Salah Abdeslam, jugé pour "tentative d'assassinat sur plusieurs policiers" et "port d'armes prohibées", tous deux impliqués dans les attentats de Paris et de Bruxelles, ont trouvé refuge dans le silence.

Après avoir fait le pitre au tribunal et s'être livré à un bavardage délirant, Jawad Bendaoud a finalement décidé de se taire. "Droit au silence! Droit au silence! Je ne parle plus avec vous!", a-t-il clamé. Beaucoup plus lacunaire et expéditif fut l'attitude de Salah Abdeslam.

En une minute, il a dit ce qu'il avait à dire. En une phrase dont la portée religieuse est frontale et sans ambiguïté, il a déclaré: "Je garde le silence, c'est mon droit. Cela ne fait pas de moi un coupable. Le silence est ma façon de me défendre." Il estime que la justice d'Allah et non celle des hommes, reste le recours et la référence. "Je n'ai pas peur de vous, je n'ai pas peur de vos alliés, de vos associés, je place ma confiance en Allah et c'est tout".

En gardant le silence les deux protagonistes privent les familles d'un acte cathartique: faire leur deuil. La parole est un processus qui mène vers l'accomplissement du deuil. La parole libère. C'est valable pour tous les silences et toutes les paroles. Le silence, au contraire ne fait que suspendre voire dissoudre le deuil.

La justice a horreur du silence; d'ailleurs au même titre que l'injustice qui force les inculpés par tous les moyens de coercition, à parler ou à faire acte d'aveu.

Salah Abdeslam ignore la psychologie de l'aveu, de la parole et donc de la vérité. Il y a déjà un décalage culturel entre sa culture faite de feinte, d'effacement qui ne laisse de place qu'au deuil du proche et la culture occidentale qui fait du deuil un paramètre voire un paradigme de la vie.

Les deux prévenus savent pertinemment que le silence fait mal et que sa blessure reste béante. C'est une double peine infligée aux familles des victimes. Les intégristes profitent de la marge que leur offre la loi pour se draper dans le silence. Ils savent qu'ils sont "protégés" par la loi même du silence. Situation on ne peut plus ubuesque.

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