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14/12/2017 12h:33 CET | Actualisé 14/12/2017 12h:33 CET

Haro sur le kebab

Jean-Paul Pelissier / Reuters

FAST FOOD - Le 29 juin dernier, Benoît Hamon, candidat malheureux à la présidentielle française, avait créé le buzz en postant sur son compte Twitter la photo d'un kebab (des lamelles de viande grasse débordant d'un demi pain, accompagné de frites et de harissa), rehaussée du commentaire suivant: "j'ai craqué. #faim #Zéro Régime." La photo avait été "likée" et partagée plus que celle, officielle, d'Emmanuel Macron, fraîchement élu président de la République!

Qui n'a pas été tenté un jour par un döner kebab, dont la seule France consomme chaque année 300 millions de sandwiches par an? Aujourd'hui, surtout en Allemagne, le kebab façon turque, a supplanté le hamburger. Or ce met n'est pas et n'a jamais été du goût de l'extrême droite, partie en guerre contre un produit qu'elle considère comme un signe d'"islamisation " de la France et de l'Europe, friande, il faut le reconnaître, de kebabs et autres chawarmas.

A l'heure du bio et de l'empire du véganisme, le döner est associé dans l'esprit de nombreux consommateurs à la malbouffe. Une étude réalisée aux États-Unis et citée par la chaîne BFM, tisse un lien entre "les régimes alimentaires riches en phosphate et l'augmentation de la mortalité aux États-Unis". De même qu'en Europe, le phosphate utilisé dans la préparation des kebabs est mis à l'index pour sa responsabilité dans les maladies cardiovasculaires.

C'est dans ce sens que la commission santé du Parlement européen a annoncé "avoir rejeté une proposition de la Commission européenne visant à autoriser l'utilisation d'acide phosphorique, de diphosphates, de triphosphates et de polyphosphates dans toutes les viandes en broche surgelées - celles des döner kebab donc". Les eurodéputés verts et les associations de défense des consommateurs abondent dans le même sens en incriminant non pas la viande mais les additifs phosphatés qui y sont ajoutés.

Tel n'est pas l'avis de l'Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) qui doute de l'existence d'un lien entre la consommation des kebabs et les maladies cardiovasculaires; mais l'Autorité ne sera définitivement fixée sur les résultats attendus que d'ici le 31 décembre 2018, après une réévaluation de la sécurité des additifs autorisés jusque-là.

Outre l'aspect technique et juridique, le débat revêt un aspect économique et politique: si le kebab est interdit, c'est l'industrie de la fabrication des broches qui en prendra un coup. Par ailleurs, les courants conservateurs au sein du parlement européen ne se soucient nullement de la santé des consommateurs et n'en ont cure du "principe de précaution".

En tout cas, en attendant le 31 décembre 2018, les fans du kebab auront l'occasion de prendre encore quelques kilos et de doper leur cholestérol dans une ambiance où un peu partout on tire à boulets rouge sur la viande et ses méfaits sur la santé.

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