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30/01/2018 06h:53 CET | Actualisé 30/01/2018 06h:53 CET

Francocacophonie

POOL New / Reuters

FRANCOPHONIE - On croyait la francophonie un sujet démodé, objet d'un débat éculé et rance. Or voici cette vieille Dame au charme désuet qui avance sur scène d'un pas assuré, suscitant les railleries des uns, l'enthousiasme des autres ou tout simplement l'indifférence de la majorité.

C'est à la faveur de l'initiative lancée par le président Emmanuel Macron de la consultation populaire du 26 janvier qui sera suivie par la conférence internationale les 14 et 15 février que le déclic a eu lieu. Après avoir nommé l'écrivaine franco-marocaine Leïla Slimani comme représentante personnelle pour la promotion de la francophonie, Macron voulait fédérer autour de son projet ou de son "grand plan" les grands noms de la francophonie parmi les écrivains et les intellectuels qui utilisent le français comme langue d'expression et d'écriture. Ils seraient en quelque sorte les ambassadeurs sans frontières de la langue française.

C'était sans compter sur le passé, voire le passif de la francophonie encore ancrée dans les esprits comme un pendant du néocolonialisme et de ses dégâts durs et durables en Afrique, au Maghreb et ailleurs. Au plus fort du débat sur la francophonie, à la fin des années 70 et début 80, (Macron n'était pas encore né!), Kateb Yacine considérait la langue française comme un "butin de guerre". "La francophonie est une machine politique néo-coloniale, qui ne fait que perpétuer notre aliénation, mais l'usage de la langue française ne signifie pas qu'on soit l'agent d'une puissance étrangère, et j'écris en français pour dire aux Français que je ne suis pas français".

Quatre décennies plus tard, la francophonie souffre toujours d'un déficit de sympathie. Pour preuve, la réponse cinglante de l'écrivain Alain Mabanckou à Emmanuel Macron lorsque ce dernier l'a invité à contribuer aux "travaux de réflexion" qu'il souhaite "engager autour de la langue française et de la francophonie". Dans sa réponse, l'auteur de Petit piment reprend les accents de Kateb Yacine pour donner une leçon d'histoire au président de la République:

"...Au XIXème siècle, lorsque le mot 'francophonie' avait été conçu par le géographe Onésime Reclus, il s'agissait alors, dans son esprit, de créer un ensemble plus vaste, pour ne pas dire de se lancer dans une véritable expansion coloniale. D'ailleurs, dans son ouvrage 'Lâchons l'Asie, prenons l'Afrique' (1904), dans le dessein de 'pérenniser' la grandeur de la France il se posait deux questions fondamentales: 'Où renaître? Comment durer?'"... Qu'est-ce qui a changé de nos jours, s'interroge Mabanckou? "La francophonie est malheureusement encore perçue comme la continuation de la politique étrangère de la France dans ses anciennes colonies. Repenser la Francophonie ce n'est pas seulement 'protéger' la langue française qui, du reste n'est pas du tout menacée comme on a tendance à le proclamer dans un élan d'auto-flagellation propre à la France. La culture et la langue françaises gardent leur prestige sur le plan mondial...", relève l'écrivain.

Seulement voilà: la langue et la culture françaises sont certes mondialisées, mais pour quel résultats et à quel prix? Les instruments de la mondialisation, tels Facebook, Twitter et autres réseaux sociaux, n'ont-ils pas affecté négativement la langue française? L'anglicisme, le darigisme ne sont-ils pas devenu des sabirs où tout est permis? Quant aux "analphabètes bilingues", ceux qui ne maîtrisent ni le français, ni l'arabe, ne sont-ils pas légion?

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